Quand les “biodiversiteux“ rencontrent les climatologues

Le 06 octobre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Jean-François Silvain: "Les climatologues ont besoin des “biodiversiteux“.
Jean-François Silvain: "Les climatologues ont besoin des “biodiversiteux“.
VLDT

La fondation pour la recherche sur la biodiversité organisait, il y a quelques jours, une rencontre entre climatologues et spécialistes de la biodiversité. L’occasion de lancer quelques passerelles entre deux mondes qui partagent quelques problématiques.

L’arrivée au grand galop de la COP 21 et de son cortège de débats climatiques réjouit toute la communauté scientifique. Toute? Peut-être pas. Il existe un groupuscule (4.300 chercheurs en France, tout de même) pour lequel la grande affaire reste la préservation de la biodiversité au sens le plus large du terme, du gène à l’espèce en passant par le biome.

Complexes

A l’échelle internationale ou nationale, ces chercheurs se sentent un peu dévalorisés en comparaison de leurs confrères climatologues. Les médias leur prêtent souvent moins d’attention qu’à Jean Jouzel[1] et ses collègues. Ridicule, le budget de la plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) peine à être bouclé. Sur les 50 millions d’euros nécessaires au fonctionnement de ce Giec[2] de la biodiversité pour la période 2012-2020, seule la moitié a été versée, dont une large part provient des caisses norvégiennes. Dans l’Hexagone, le report à 2016 du projet de loi Biodiversité ne fait rien pour rassurer les chercheurs. Lesquels réagissent en tentant de se rapprocher des problématiques «mainstream», climatiques, vous l’aurez compris.

Légitime démarche

Scientifiquement, la démarche est légitime. «Les climatologues ont besoin de données plus fines sur la biodiversité pour évaluer, par exemple, la capacité des sols ou des forêts à stocker le carbone. Les 'biodiversiteux' recherchent les scénarios climatiques les plus précis pour évaluer les impacts du réchauffement sur l’évolution de la répartition des espèces», souligne Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB).

Les deux mondes se rencontrent pourtant rarement. La semaine passée, la FRB a abrité, à Paris, la deuxième rencontre entre représentants du Giec et de l’IPBES. L’occasion de travailler sur les scénarios, objet du second rapport de l’IPBES[3]. Mais aussi d’essayer de faire converger problématiques climatiques et écosystémiques. «Les scénarios du Giec ne prennent pas en compte les impacts probablement très négatifs sur la biodiversité et les services rendus à l’homme par les écosystèmes. Il est essentiel d’étudier les interdépendances entre biodiversité et climatique quand on se fixe des objectifs d’atténuation du climat», a d’ailleurs rappelé la semaine passée Paul Ledley, professeur d’écologie à l’université Paris Sud, contributeur au dernier rapport du Giec et membre du groupe d’experts multidisciplinaires de l’IPBES.

Transmission aux politiques

Autre problématique commune: la transmission des «sorties» (le résultat des études) aux dirigeants politiques. Avant de publier leur rapport d’évaluation, Giec et IPBES doivent d’ailleurs négocier, ligne par ligne, avec les représentants des Etats les fameux «rapports pour les décideurs». Tout n’est pas qu’une question de vocabulaire ou de style. «Le climat, comme la biodiversité, peut être traité à l’échelle planétaire ou continentale. Mais pour être compris par nos interlocuteurs, nous devons ramener au niveau du territoire -là où se prend la décision- les grandes évolutions des végétaux», explique Jean-François Silvain. D’où l’adoption récente, sur le modèle du Giec, d’une stratégie de communication, ciblant les relais d’information. En clair, IPBES et FRB préfèrent distiller leur venin «bio» chez les membres de conseil scientifique ou d’orientation d’institutions plutôt que de bombarder le grand public de message abscons. Les dirigeants de la future agence française de la biodiversité sont prévenus.

Suivi politique

Souhaité par les scientifiques, ce rapprochement n’est pas toujours du goût des Etats qui surveillent attentivement les possibles répercussions pour l’économie ou la géopolitique des travaux des «biodiversiteux». Dans les réunions de l’IPBES, la déforestation est devenue un terme pratiquement tabou: la Malaisie, grande déforesteuse de forêts primaires, «y veille attentivement», se désole Pierre-Edouard Guillain, le directeur de la FRB. Ironie de l’histoire, c’est la capitale de ce royaume des plantations industrielles de palmiers à huile qui accueillera la prochaine réunion plénière de la plate-forme, en février prochain.

 



[1] vice-président du Giec

[2] Giec: Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat

[3] Le premier, consacré aux pollinisateurs et à l’agriculture, doit être finalisé en février 2016.

 



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