Quand les agriculteurs sud-africains s’expatrient

Le 03 mai 2011 par Geneviève De Lacour
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Le nouveau grand trek a commencé. 200 ans après la grande migration des Boers vers l’intérieur du continent africain qui a abouti à la création de la République sud-africaine, les agriculteurs du pays migrent à nouveau vers le nord.

De nombreux pays africains courtisent les agriculteurs du sud du continent. Ils croient en leur expertise en matière agricole et veulent utiliser leurs compétences pour entreprendre leur révolution agraire. Ces Etats africains offrent donc des millions d’hectares de forêt vierge et de savane, mais aussi des terres déjà cultivées par de petits exploitants ou des éleveurs.

A ce jour, le contrat le plus important a été signé entre le Congo-Brazzaville et l’Afrique du Sud pour une location à long terme de 10 millions ha dans une zone de brousse située dans le sud-ouest du pays qui comprend des fermes abandonnées. Les premiers contrats ont été signés le mois dernier comme le précise un article publié le 1er mai dans le journal britannique The Guardian. Ils attribuent 88.000 ha de terres à 70 agriculteurs sud-africains.

Dans le même temps, au Mozambique, 800 fermiers sud-africains ont acquis un million ha dans la province de Gaza au sud du pays grâce à un compromis obtenu par Charl Senekal, un collaborateur du président Jacob Zuma. L’accord sera célébré à Pretoria le mois prochain.
«L’Afrique du Sud exporte ses agriculteurs, mais aussi son savoir-faire, au reste du continent», déclare Ruth Hall de l’Institut de la pauvreté, du territoire et des études agraires à l’université du Cap.
 
Ce mouvement de fond est organisé par une association, Agri South Africa (Agri SA), qui représente 70.000 agriculteurs. Son président, Johanne Moller, a fait une annonce pour de nouveaux contrats lors d’une conférence qui s’est tenue au Caire en avril dernier. «Du coup, Agri SA a reçu des offres de 22 pays africains», précise Ruth Hall. Avec cet accès aux terres, sont négociés un droit de libre exportation sans limite de profits, une promesse de nouvelles routes et de raccordements électriques, ce qui met en colère les fermiers locaux qui n’ont jamais eu droit à de tels avantages.
 
La Zambie souhaite que les pionniers sud-africains cultivent du maïs alors que le Soudan offre des terres et propose d’irriguer pour faire pousser de la canne à sucre. Un autre accord, suspendu actuellement, concernerait 35.000 ha en Lybie.
Avec un tiers des fermes appartenant aux Sud-africains blancs qui vont être redistribuées aux noirs d’ici 2014, beaucoup de propriétaires blancs recherchent de nouvelles terres même si la plupart souhaiteraient rester sur leurs propriétés.
 
Les Etats africains estiment que les fermiers blancs les aideront à ne plus dépendre des importations alimentaires. Mais les fermiers et leurs financiers ont d’autres plans. D’après le vice-président d’Agri SA, Theo de Jager, les agriculteurs du Congo-Brazzaville souhaitent faire pousser des fruits tropicaux de qualité pour les exporter vers les supermarchés européens plutôt que pour le marché local.
 
Un autre souci concerne les terres accordées à ces pionniers blancs. Selon les gouvernements, les terres proposées sont inoccupées. Lorsque c’est véritablement le cas, cela laisse supposer qu’il s’agit de forêts ou de territoires riches en biodiversité.
Mais en réalité, la plupart des terres agricoles sont déjà occupées par des fermiers ou des éleveurs de bétail. Alors que le gouvernement du Congo-Brazzaville déclare que la terre donnée aux blancs sud-africains est vide depuis la fermeture de l’Etat il y a plus de 10 ans, Ruth Hall assure que les anciens agriculteurs sont retournés sur leurs terres et qu’ils cultivent du manioc et de l’arachide.
 
Comme le grand trek des Boers, la nouvelle invasion risque de rencontrer quelques résistances.


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