Quand la société civile s’en mêle

Le 30 novembre 2018 par Stéphanie Senet
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La société civile climatique s'est retrouvée en septembre dernier à San Francisco
La société civile climatique s'est retrouvée en septembre dernier à San Francisco
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N’en déplaise aux gouvernements, la lutte contre le réchauffement n’est pas seulement une négociation menée depuis un quart de siècle par les Etats. De plus en plus, les territoires, les entreprises, les citoyens s’engagent. Avec des résultats à la clé.

Les deux tiers des émissions anthropiques de gaz à effet de serre étant d’origine urbaine, il semble naturel que les gouvernements locaux soient en première ligne de la lutte contre le réchauffement climatique. C’est tout le sens de l’accord de Rouen. Le 28 novembre, 71 communes de la métropole rouennaise ont signé une déclinaison de l’accord conclu lors de la COP 21. Objectif: réduire de 70% les consommations énergétiques d’ici 2050[1] et de 80% les émissions de GES. Si ces objectifs font déjà partie du PCAET (Plan climat air énergie territorial), c'est la première fois qu'ils engagent aussi près de 1.000 entreprises, commerçants et artisans, et plus de 550 citoyens. Un travail mené en partenariat avec l’Ademe[2] et le WWF.

13.000 acteurs sur la scène / Côté collectivités, 7.378 villes dans 133 pays et 245 régions dans 42 pays ont pris des engagements climatiques précis. Côté business, c’est le cas de 6.225 entreprises de 120 pays, représentant un chiffre d’affaires de 36 milliers de milliards de dollars US (32 milliers de Md€).

Puissance politique

Depuis la COP 23, les engagements des acteurs non étatiques (ANE) ont fleuri à travers le monde. En particulier au sommet de San Francisco, en septembre dernier, où plus de 100 dirigeants ont engagé leur entreprise à atteindre la neutralité carbone en 2050. Certains résultats s’avèrent par ailleurs enthousiasmants. Aux Etats-Unis, deuxième émetteur mondial de GES, les engagements pris par les membres de la coalition America’s Pledge[3] devraient infléchir de 17% les émissions de GES nationales entre 2005 et 2025. 27 des plus grandes métropoles au monde, dont Paris, Londres, New York et Copenhague, ont par ailleurs déjà atteint leur pic d’émissions. C’est bien, mais ce n’est pas assez pour enrayer la montée en température. Selon le rapport Emissions Gap publié le 27 novembre par l’ONU Environnement, toutes ces promesses affectent moins de 20% de la population mondiale. Elles n’en sont pas moins efficaces au plan politique, «contribuant grandement à l’action climatique en renforçant la confiance des gouvernements dans leur stratégie climatique et en accentuant l’ambition des engagements», estiment les experts onusiens.

Deux défis

Aujourd’hui, ce mouvement du terrain doit relever deux défis. Celui de la généralisation, d’abord. Initialement portée par les grandes métropoles et les multinationales, cette dynamique doit maintenant engager les zones rurales et les TPE-PME. Deuxième challenge: tous les engagements doivent faire l’objet d’un suivi et d’une évaluation répondant à des critères standardisés. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Car il existe de bonnes et de mauvaises pratiques, comme l’a montré le premier rapport de l’observatoire Climate Chance publié le 19 novembre. La mise en place de réseaux de chaleur s’avère particulièrement efficace. A Copenhague, le déploiement du chauffage urbain a permis, à lui seul, de réduire de 40% les émissions de GES entre 2005 et 2015. Et la capitale danoise est en passe d’atteindre la neutralité carbone en 2025. Le développement de la mobilité individuelle électrique n’a, en revanche, pas produit de résultats significatifs sur les émissions de GES.

Aux tribunaux

L’année 2018 a confirmé le succès d’un autre type de mobilisation climatique de la société civile: le recours à la justice. Dopées par le succès de l’ONG néerlandaise Urgenda contre les Pays-Bas, confirmé en appel le 9 octobre dernier, collectivités et associations passent à l’action judiciaire pour accélérer l’action gouvernementale. Le premier recours climatique français a été engagé par le maire écologiste de Grande-Synthe (Nord). Il devrait être suivi par l’action en justice d’un collectif d’associations d’ici la fin de la COP 24.

 

NAZCA / 19.136 engagements en tous genres ont été enregistrés, au 1er octobre 2018, sur la plateforme Nazca lancée lors de la COP 20 de Lima. Cet outil relève toutefois de la foire, s’abstenant de tout suivi et de toute analyse de leur pertinence. 

 



[1] Par rapport à 2007

[2] Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

[3] Qui regroupe aujourd’hui plus de 3.000 villes, régions, Etats et entreprises américains représentant 53% de la population américaine et 37% des émissions nationales

 



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