Quand la Chine reforestera, la biodiversité tremblera

Le 08 septembre 2016 par Romain Loury
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Les nouvelles forêts chinoises ne comportent souvent qu'une seule espèce d'arbre.
Les nouvelles forêts chinoises ne comportent souvent qu'une seule espèce d'arbre.
OISCA

Depuis la fin des années 1990, la Chine s’est livrée à d’importants efforts de reforestation, notamment afin de lutter contre l’érosion. Or ces forêts, le plus souvent restreintes à une seule espèce d’arbres ont souvent amoindri la biodiversité, révèle une étude publiée dans la revue Nature Communications.

Après une série d’importantes d’inondations dans les années 1990, la Chine s’est résolue à replanter des forêts, offrant pour cela des subventions aux agriculteurs qui y consacreraient tout ou partie de leurs terres. Dénommé Grain-for-Green, ce programme, le plus important mené à ce jour en matière de reforestation, a permis de replanter près de 30 millions d’hectares de forêts depuis 1999, dans 26 des 31 provinces que compte le pays.

Forêts monospécifiques

Or ces nouvelles forêts ressemblent bien peu à celles d’origine, pour la plupart arrachées lors du «Grand bond en avant» (1958-60), lorsqu’il s’agissait de pousser la production agricole nationale. Dans une étude publiée dans Nature Communications, l’équipe de David Wilcove, de l’université de Princeton (New Jersey), révèle que la plupart d’entre elles ne se composent que d’une seule espèce d’arbre, en général du bambou, de l’eucalyptus ou du cèdre du Japon.

Sur les 202 sites que les chercheurs ont analysés, via la littérature scientifique, 82,2% contiennent de telles monocultures forestières, tandis que seules 38,6% comportent des forêts ayant entre deux à cinq espèces –chaque site peut compter plus d’un type de forêt. Et il n’y a que dans trois de ces sites que des forêts proches de celles d’origine ont été replantées.

Une chute des pollinisateurs

Résultat, la biodiversité ne s’est pas vraiment relevée avec le Grain-for-Green, et elle a même fait un «grand bond en arrière». Même par rapport aux zones cultivées préexistantes: selon des analyses de terrain menées au centre du Sichuan, le nombre d’espèces d’abeilles s’est effondré de 87% à 92% dans ces forêts monotones -à l’exception de celles à base d’eucalyptus, où elle est restée stable. Idem pour les oiseaux, dont la diversité d’espèces est au mieux identique, au pire très inférieure.

En toute logique, le bilan est encore moins glorieux lorsque les chercheurs comparent ces forêts n’ayant qu’un type d’arbre aux forêts natives, celles épargnées par l’agriculture maoïste: entre 17% et 61% moins d’espèces d’oiseaux, entre 49% et 91% moins d’espèces d’abeilles.

Pertes d'oiseaux

Les forêts mixtes s’en sortent mieux, avec un gain par rapport aux zones cultivées en matière d’oiseaux, et sans perte pour les abeilles. Pour ces dernières, c’est probablement le fait d’une plus grande abondance florale, favorisée par la diversité d’arbres.

Pour David Wilcove, qui recommande d’abandonner ces monocultures forestières, «la restauration des forêts est une chose très positive pour l’environnement, mais on peut en obtenir bien plus d’avantages en sachant comme s’y prendre, c’est-à-dire en se basant sur des données biologiques».



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