Quand la Chine dévore ses oiseaux jusqu’à l’extinction

Le 10 juin 2015 par Romain Loury
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Le bruant auréole n'est pas dans son assiette
Le bruant auréole n'est pas dans son assiette
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En 25 ans, les Chinois ont quasiment fait disparaître le bruant auréole, espèce d’oiseau qui abondait de leur littoral pacifique jusqu’à la Finlande, et donc ils sont très friands. Si un tel déclin massif est rare, il n’est pas sans rappeler la disparition du pigeon migrateur au début du 20ème siècle.

On s’imagine souvent que ce sont les espèces les plus rares, dont l’habitat est le plus réduit, qui sont les plus sujettes à l’extinction. A raison, mais la réalité est plus complexe: fin 2014, une étude britannique révélait que, parmi les 421 millions d’oiseaux que l’Europe avait perdus depuis 1980, la plupart appartenaient à des espèces abondantes, dont le moineau et l’étourneau, les plus importantes d’un point de vue écologique.

Cas extrême, celui livré par Johannes Kamp, de l’université de Münster (Allemagne), et ses collègues dans la revue Conservation Biology: les chercheurs y montrent que 84,3% à 94,7% des bruants auréoles (Emberiza aureola) ont disparu entre 1980 et 2013, bien que l’oiseau était estimé à environ 100 millions d’individus. Son talon d’Achille? Reliant la Finlande à la côte pacifique chinoise, sa route migratoire passe par le Guangdong, province méridionale dont les habitants raffolent de sa chair.

Pour parvenir à un tel déclin, les chercheurs estiment qu’il aurait fallu un taux de capture de 2% en 1980, suivi d’une augmentation de 0,2% par an pour atteindre 8,6% en 2013. L’idée n’a rien de farfelue, au vu des saisies gigantesques effectuées par les autorités chinoises, suite à l’interdiction de sa consommation en 1997: en 2013, elles ont ainsi mis la main sur plus de deux millions de ces oiseaux en un seul coup!

Un luxe écologiquement coûteux

Selon les chercheurs, «le bruant auréole, et d’autres oiseaux [capturés pour leur chair], ne sont pas consommés afin de survenir aux besoins nutritionnels d’une population principalement pauvre et en forte croissance, mais au contraire comme un mets raffiné par des personnes relativement aisées», de plus en plus nombreuses avec le développement économique du pays.

Phénomène rare, la chute d’une espèce aussi abondante n’est pas inédite: elle est survenue il y a un siècle, avec la disparition du pigeon migrateur en 1914, oiseau chassé de manière industrielle tout au long du 19ème siècle. Et c’est encore la disparition d’un oiseau courant, le moineau domestique, qui serait en partie à l’origine de l’une des pires catastrophes qu’ait connu la Chine, à savoir la famine qui a fait plus de 30 millions de morts entre 1958 et 1961.

Le moineau domestique fait en effet partie des quatre nuisibles (avec les rats, les mouches et les moustiques), au sujet desquels Mao Zedong a lancé une campagne massive de destruction en 1958. Si son objectif était de protéger les graines semées par les agriculteurs, il en était résulté un déséquilibre écologique majeur, avec des cultures ravagées par les criquets, et un effondrement des rendements dans la riziculture.



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