Quand la biodiversité disparaît, les langues meurent…

Le 18 mai 2012 par Geneviève De Lacour
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50 à 90% des langues de la planète auront disparu d'ici 2100.
50 à 90% des langues de la planète auront disparu d'ici 2100.

Pour la première fois, une étude fait le lien entre perte de biodiversité et déclin de la variété culturelle et linguistique au niveau planétaire.

Publiée dans les annales de l’Académie américaine des sciences (PNAS), l’étude permet de corréler assez finement, grâce au traitement des données par un système d’informations géographiques, les zones riches en biodiversité et la répartition des langues sur la planète.

Les scientifiques se sont concentrés sur les langues qui possèdent peu de locuteurs, et notamment celles en voie de disparition. Ils ont écarté celles qui sont utilisées par les migrants et donc parlées dans le monde entier comme l’anglais ou l’espagnol.

Depuis déjà quelques années, les linguistes prédisent la disparition de 50 à 90% des langues d’ici la fin du 21ème siècle. Ce travail permet de comprendre le lien qui existe entre ces langues et le milieu dans lequel elles sont apparues, comprendre aussi les phénomènes qui régissent leur disparition. Car quand l’habitat naturel disparaît, les populations migrent et perdent, au contact des populations voisines, leur langue d’origine.

Ainsi, sur les quelque 6.900 différentes langues parlées dans le monde, 4.800 sont situées dans des régions riches en biodiversité. En Amérique, par exemple, au cours des 35 dernières années, 60% des langues ont disparu.

Larry Gorenflo, de l’université de l’Etat de Pennsylvanie, l’auteur principal de l’étude, a examiné différents types d’habitats riches en biodiversité. Il s’est penché sur les «points chauds», c’est-à-dire des milieux qui abritent une forte concentration d’espèces endémiques, et qui ont perdu jusqu’à 70% de leur habitat naturel. Couvrant 2,3% de la surface de la terre, 35 points chauds contiennent 50% des espèces végétales et au moins 43% des espèces endémiques de vertébrés.

Ainsi 3.202 langues différentes sont localisées au niveau des 35 points chauds de la planète situés: dans les îles de l’est de la Mélanésie, les forêts guinéennes d’Afrique de l’ouest, l’Amérique centrale, la zone indo-birmane et l’Indonésie. Ces zones abritent plus de 250 langues indigènes chacune.

1.622 différentes langues se situent dans les 5 «aires riches en biodiversité». De larges zones de plus de 10.000 km2, faiblement peuplées mais qui renferment 17% des espèces végétales et 8% des espèces endémiques de vertébrés. Des zones qui ont perdu jusqu’à 30% de leur habitat naturel. La Papouasie-Nouvelle Guinée abrite, par exemple, à elle seule 976 langues différentes.

Enfin restent 2.166 langues, endémiques de régions isolées. Dans la zone indo-birmane, les îles de l’est de la Malaisie, le Sondeland et l’Indonésie, le taux d’endémisme linguistique est particulièrement fort. Ces zones abritent plus de 220 langues chacune.

Nombre de ces langues possèdent très peu de locuteurs. Ce sont donc celles les plus à risque, les plus vulnérables face aux pressions extérieures.

«Une chose est sûre, c’est que, maintenant avec cette étude, biologistes et écologues devront concevoir les populations comme des éléments à part entière des écosystèmes», conclut Larry Gorenflo.



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