Quand l’Opecst esquisse notre avenir énergétique

Le 27 octobre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Depuis le mois de mars, c’est le sujet de réflexion favori des politiques, des prospectivistes, des économistes et des énergéticiens: après la catastrophe de Fukushima, quel doit être notre avenir énergétique?
 
L’interrogation est on ne peut plus légitime. Globalement, la demande va croître de près de 50% d’ici 2030, et 90% de cette croissance sera le fait de la Chine, de l’Inde et du Moyen Orient. Si les Etats se considèrent liés par leur parole ou leur signature, cette croissance sera encadrée par l’objectif, gravé dans le marbre de Copenhague et de Cancun, de limiter à 2°C le réchauffement climatique entre l’ère pré-industrielle et la fin de ce siècle.
 
Encadrée aussi par l’impératif de sécuriser les approvisionnements énergétiques afin de ne plus subir les conséquences gazières, par exemple, des bisbilles russo-ukrainiennes. Encadrée, enfin, par l’impérieuse nécessité de mettre l’énergie à la disposition du plus grand nombre. Un seul chiffre: les 8 millions de New-yorkais consomment autant d’électricité que les 800 millions d’habitants de l’Afrique sub-saharienne.
 
En France, la réflexion s’est, comme partout, engagée. Mais, comme souvent dans l’Hexagone, c’est surtout du nucléaire dont on va parler. Récemment installée par le ministre en charge de l’énergie, la commission Energie 2050 est, en principe, chargée d’imaginer la politique énergétique française pour les 40 prochaines années, en testant différents scénarios nucléaires: maintien au niveau actuel, accélération du passage à l’EPR, voire au retour des surgénérateurs que l’on appellent désormais les réacteur de 4e génération. Pourquoi pas? mais c’est oublier que l’énergie nucléaire ne produit que 15% de l’énergie effectivement consommée en France (soit 288 térawattheures par an). Quid du biogaz, du charbon, de la biomasse, des hydrocarbures, des énergies renouvelables, de l’hydrogène, et j’en passe?
 
Ce n’est, à l’évidence, pas le problème. Dirigée par l’ancienne présidente de l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), Michèle Pappalardo, une mission de la Cour des comptes est en train de chiffrer le coût du… nucléaire. Les tractations politiques entre écologistes et socialistes butent, en ce moment, sur… le nucléaire. Bref, les discussions sur l’atome éclipsent 85% du problème. Problème qui, faut-il le rappeler, consiste à réduire des trois quarts nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. C’est du moins ce que nous commande la loi Pope du 13 juillet 2005 et, accessoirement, les engagements pris par les gouvernements Raffarin et Fillon.
 
Un coin de ciel a semblé s’ouvrir, ce jeudi 27 octobre, par un séminaire organisé au Sénat par l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, l’imprononçable Opecst. La réunion avait, en effet, pour thème: les politiques de l’énergie en Europe. On allait enfin parler de l’essentiel. Grave erreur…
 
L’économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie n’y est pas allé par 4 chemins: «donner à l’énergie nucléaire un rôle plus modeste que celui qu’elle joue aujourd’hui serait une mauvaise nouvelle économique, un mauvais coup porté à la sécurité de l’approvisionnement énergétique et une mauvaise nouvelle dans notre combat contre le changement climatique», a lancé Fatih Birol.
 
Pour étayer son discours, l’ancien économiste de l’Opep a rappelé que la mise à l’écart de l’atome allait renchérir le prix de l’électricité (c’est déjà vrai avec l’atome) et nécessiterait un plus important recours aux centrales à gaz et aux charbons. Ce qui alourdirait sensiblement notre bilan carbone, déjà détestable. «Nous sommes déjà sur une tendance qui nous mène vers un réchauffement de 6°C vers la fin du siècle», a-t-il asséné. Une estimation qui devrait laisser dubitatif bon nombre de climatologues. Mais passons…
 
Le second intervenant laissait peu d’espoir au public ouvert à toutes les énergies. Daniel Iracane étant directeur adjoint des relations internationales du Commissariat à l’énergie atomique. Sans surprise, ce spécialiste de l’entreposage des déchets nucléaires s’est escrimé à montrer que, malgré Fukushima, la plupart des programmes électronucléaires restait d’actualité. Hormis les contre-exemples allemand, italien et suisse (quoi que), ni le Japon, la Corée du sud, l’Afrique du Sud, la Russie, la Chine, la Pologne n’ont abandonné leurs projets. «Même l’Inde, où pourtant grossit la contestation locale, veut toujours quadrupler la puissance de son parc», précise l’ancien constructeur du réacteur de recherche, Jules Horowitz.
 
Dans la foulée, Casimir-Pierre Zaleski s’est livré à un invraisemblable plaidoyer en faveur des réacteurs qu’il connaît si bien. «Au Japon, ce n’est pas la technique qui est en cause, mais ce sont les hommes», lance le père du réacteur G1, où furent produits une partie du plutonium militaire tricolore. «Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima ont permis à la sûreté de progresser, aux exploitants de mieux se préparer et l’on a gagné en transparence.»
 
Bon connaisseur des questions énergétiques, Christian Bataille enchaîne alors sur le compte rendu de sa mission en Allemagne. Rappelant que nos voisins ne réussiront leur sortie du nucléaire qu’au prix d’un développement des centrales au gaz, au charbon et au lignite, le député du nord se montre dubitatif sur leurs chances de réussite. «Pour relier les 25 gigawatts de champs d’éoliennes offshore qui sont en projet, il faudra tirer des milliers de kilomètres de lignes THT.» Le spécialiste de la sûreté nucléaire souligne aussi que le recours massif au «thermique à flamme» imposera aux électriciens d’outre-Rhin d’acheter d’importants volumes de quotas d’émission de gaz à effet de serre, «ce qui aura des conséquences pour l’industrie des pays voisins». «La France est sortie du charbon, l’Allemagne est sortie du nucléaire, chacun sa réalité», résume-t-il. Reste que l’énergie, ça n’est pas que l’électricité. Mais rares sont les politiques à ne pas faire l’amalgame. Dommage.


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