Quand l’homme détruit les plantes médicinales

Le 14 novembre 2011 par Geneviève De Lacour
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Le taxol utilisé en chimiothérapie est extrait de l'if.
Le taxol utilisé en chimiothérapie est extrait de l'if.

Chaque année, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publie la Liste rouge des espèces animales ou végétales les plus menacées de la planète. En 2011, elle annonce entre autres, dans un communiqué publié le 10 novembre dernier, la disparition du rhinocéros noir d’Afrique de l’Ouest mais souligne une menace bien plus inquiétante pour l’homme: celle qui pèse sur des plantes médicinales utilisées pour le traitement du cancer.

Une espèce d’amphibien sur trois, plus d’un oiseau sur huit, plus d’un mammifère sur cinq et plus d’une espèce de conifère sur quatre sont menacés d’extinction à l’échelle mondiale. Ces chiffres inquiétants sont le résultat d’un gigantesque travail de recensement. La Liste rouge de l’UICN est l’étude la plus exhaustive qui existe sur les espèces en danger. Elle a été retenue par la Convention sur la diversité biologique comme un indicateur privilégié pour suivre l’état de la biodiversité dans le monde. Et pour la première fois, en 2011, plus de 61.900 espèces ont été passées en revue. Résultat? 801 espèces sont déclarées éteintes, 64 disparues à l’état sauvage et 9.568 en danger critique d’extinction ou en danger. 10.002 espèces seraient vulnérables pour des causes aussi variées que la surexploitation, la pollution, la perte d’habitat ou leur dégradation.

«Ressources essentielles pour le bien-être des hommes», selon l’UICN, les plantes étaient jusqu’à présent sous-représentées dans la fameuse Liste. Mais plusieurs groupes de plantes sont aujourd’hui en cours d’évaluation. Parmi eux, les conifères, dont le recensement a été achevé cette année. «On en compte environ 620 espèces dans le monde, soit un chiffre relativement faible. Beaucoup sont déjà connus. Autres avantages: les conifères sont largement répartis sur la planète et nombre de scientifiques y consacraient déjà leurs recherches. C’est pourquoi ce groupe a été retenu comme prioritaire», précise Jean-Christophe Vié, de l’UICN. Parmi ces 620 espèces, 28% ont été classées comme «menacées» et 14% comme «quasi menacées».

Taxus contorta, une espèce d’if de l’Himalaya, est utilisé pour la production de Taxol, un médicament utilisé en chimiothérapie. Surexploitée à des fins médicinales ou pour le bois de chauffage et le fourrage, cette espèce présente en Afghanistan, en Inde et au Népal, a changé de statut cette année puisqu’elle est passée de «vulnérable» à «en danger». Le Taxol, découvert dans les années 1960 par l’Institut américain de lutte contre le cancer, a été isolé dans l’écorce d’un if du Pacifique: Taxus brevifolia. Et depuis, les 11 espèces d’if existantes sur la planète ont montré qu’elles contenaient toutes cette molécule. Le problème, c’est que collecter l’écorce est fatal pour l’arbre. L’UICN souhaite rappeler que d’autres techniques peuvent donc être employées sans tuer l’arbre et surtout en évitant d’exploiter les individus sauvages.

L’Union internationale révèle ainsi des tendances troublantes parmi les espèces étudiées. Comme le sapin d’eau chinois (Glyptostrobus pensilis), qui était jadis très répandu en Chine et au Vietnam, et dont le statut est passé de «en danger» à «en danger critique d’extinction». Un déclin dû à la perte d’habitat au profit de l’agriculture intensive. Fait aggravant, il semblerait qu’aucun plant sauvage ne subsiste en Chine. La plus grande des populations, récemment découverte au Laos, a été détruite par inondation lors de la construction d’un barrage. Autre problème, très peu d’arbres sur le sol vietnamien produisent encore des semences viables, ce qui signifie que cette espèce se dirige rapidement vers le statut «éteint à l’état sauvage».

Selon la liste de l’UICN, de nombreuses autres espèces végétales tropicales courent aussi un risque. La majorité des plantes à fleurs endémiques des îles granitiques des Seychelles ont été évaluées et, sur les 79 espèces étudiées, 77% font face à un risque d’extinction. Ainsi, le fameux coco de mer (Lodoicea maldivica), connu pour ses propriétés supposées aphrodisiaques, a vu son statut passer de «vulnérable» à «en danger». Le coco de mer est également menacé par les feux et la collecte illégale de ses noix. Actuellement, toute collecte et vente des sont fortement réglementées, mais le marché noir demeure important.

Autre constat important, en ce qui concerne la faune: malgré les actions des programmes de conservation, 25% des mammifères sont actuellement menacés d’extinction. Le rhinocéros noir d’Afrique de l’Ouest (Diceros bicornis longipes) est désormais officiellement déclaré éteint. La sous-espèce de rhinocéros blanc d’Afrique centrale, le rhinocéros blanc du Nord (Ceratotherium simum cottoni), est à la limite de l’extinction et a été classée parmi les espèces «peut-être éteintes à l’état sauvage». Le rhinocéros de Java (Rhinoceros sondaicus) livre lui aussi sa dernière bataille: la sous-espèce Rhinoceros sondaicus annasmiticus s’est probablement éteinte au Vietnam, en 2010, suite au braconnage de ce que l’on pense avoir été le dernier spécimen. «Même si cela ne signe pas la fin du rhinocéros de Java, cela réduit néanmoins l’espèce à une unique population minuscule et toujours en déclin sur l’île de Java, précise le rapport. Les menaces majeures qui pèsent sur ces animaux sont le manque de volonté et de soutien politique en faveur des efforts de conservation dans de nombreux habitats de rhinocéros, les groupes criminels internationaux organisés qui les ciblent, la demande illégale sans cesse croissante de corne de rhinocéros et le braconnage.»

Pourtant, la conservation a connu plusieurs succès, comme pour la sous-espèce de rhinocéros blanc du Sud (Ceratotherium simum simum) dont on estime que la population sauvage est passée de moins de 100 individus à la fin du XIXe siècle à plus de 20.000 aujourd’hui. Le cheval de Prjevalski (Equus ferus) est aussi une belle réussite: son statut est passé de «en danger critique d’extinction» à «en danger». En 1996, il était classé comme «éteint à l’état sauvage», mais grâce à un programme de reproduction en captivité et à un programme réussi de réintroduction, on estime que la population sauvage compte aujourd’hui plus de 300 individus.

40% des reptiles terrestres de Madagascar sont menacés. 22 espèces comprenant des caméléons, comme le caméléon au nez bizarre (Calumma hafahafa) ou le caméléon Tarzan (Calumma tarzan), des geckos comme le gecko Paroedura masobe et Uroplatus pietschmanni, sont «en danger»; des scinques tels que le scinque apode (Paracontias fasika) et des serpents ont été identifiés comme «en danger critique d’extinction».

La Liste rouge de l’UICN suit de près les découvertes scientifiques. Par exemple, jusqu’à il y a peu, on ne connaissait qu’une espèce de raie Manta, mais de nouvelles comparaisons des observations de terrain révèlent aujourd’hui qu’il y en a en fait deux espèces: la raie Manta de récif (Manta alfredi) et la raie Manta géante (Manta birostris). Toutes deux sont maintenant classées «vulnérables». La raie Manta géante est la plus grande raie vivante; elle peut atteindre plus de 7 mètres d’envergure. Les produits tirés de cette raie ont une grande valeur sur le marché international, et des pêches ciblées la chasse pour ses branchies filtrantes utilisées en médecine traditionnelle chinoise. L’UICN estime donc qu’«il est indispensable d’instaurer d’urgence un suivi et une réglementation de l’exploitation et du commerce des deux espèces de raies Manta, mais aussi de protéger leurs principaux habitats».

Autre espèce utile mais des plus menacées, les amphibiens jouent un rôle vital dans les écosystèmes. Ces indicateurs de la bonne santé de l’environnement sont également de réelles pharmacies ambulantes utilisées dans la recherche de nouveaux médicaments. D’ailleurs, le groupe est suivi de près par l’UICN, et 26 amphibiens récemment découverts ont été ajoutés à sa Liste rouge. La grenouille bénite (Ranitomeya benedicta) est actuellement classée comme vulnérable et la grenouille de Summers (Ranitomeya summersi) est en danger. Les deux espèces sont menacées par la dégradation de leur habitat et par le commerce illégal, étant utilisées comme animaux de compagnie.

«Cette mise à jour nous apporte de bonnes et de mauvaises nouvelles sur le statut de nombreuses espèces du monde entier», conclut Jane Smart, directrice du programme mondial de l’UICN pour les espèces, avant d’ajouter: «Nous savons que les efforts de conservation donnent des résultat s’ils sont mis en œuvre à temps, mais sans un ferme soutien politique associé à des efforts ciblés et à des ressources suffisantes, les merveilles de la nature et les services qu’elle nous offre pourraient être perdus pour toujours».

 


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