Quand l’ETS plombe les comptes de l’Australie

Le 15 mai 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La taxe carbone pourrait coûter sa place au premier ministre Gillard.
La taxe carbone pourrait coûter sa place au premier ministre Gillard.

La dégringolade du prix du quota européen réduit presque à néant les espoirs de l’Australie de constituer une économie du carbone vertueuse. Explications.

3,47 euros sur la bourse allemande de l’énergie et du carbone (EEX). 3,6 € sur l’ICE, sa concurrente britannique.

La division par trois des cours des quotas européens d’émission de gaz à effet de serre en deux ans s’avère plus dévastatrice que prévu. En Europe, elle annihile toute incitation pour les exploitants des 11.000 sites industriels soumis à la directive Quotas d’investir dans l’abattement des émissions de leurs installations. Ce qui pénalise aussi des activités connexes comme le développement du captage-stockage géologique de CO2.

Quelle que soit la façon dont on prenne le problème, il est infiniment moins cher, pour les industriels, d’acheter, si besoin, des quotas supplémentaires que de changer de combustible ou de processus de fabrication. A fortiori en période de récession économique.

Les Etats ne seront pas gagnants dans l’affaire non plus. Au cours actuel, la mise aux enchères des quotas français ne devrait pas rapporter plus de 200 M€ par an. Or une bonne partie de cette manne doit financer le programme de rénovation thermique du bâtiment. A ce rythme, sa réalisation sera des plus lentes.

Les plus optimistes se souviendront que l’Union européenne et l’Australie ont conclu, l’an passé, une convention liant leurs deux marchés du carbone [JDLE]. Cet accord ouvre l’accès, dès 2015, aux quotas européens pour les industriels des antipodes. En attendant, les gros émetteurs frappés du kangourou paient une taxe de 23 dollars australiens par tonne de CO2 (17€).

En 2015, le système sera transformé en un système de quota échangeable, comparable et lié à l’ETS européen. Une véritable aubaine: les 370 grands émetteurs australiens ont rapidement compris qu’il leur serait bien moins coûteux de satisfaire à leurs obligations en achetant des quotas européens que de s’acquitter d’une taxe.

A la signature de l’accord, fin août 2012, le prix du quota européen se négociait aux alentours de 8 €: deux fois moins que la taxe carbone aussie. Ces derniers jours, le quota ETS valait 5 à 6 fois moins.

Ce retournement n’est pas sans poser des problèmes au gouvernement de Canberra. Jusqu’à présent, l’administration Gillard estimait que le prix des quotas qui seront échangés à partir de 2015 atteindrait, en moyenne, 29 $ (22 €) en 2015, et 38 $ (29 €) 4 ans plus tard. De quoi lui procurer 6 Md$ de recettes.

Prenant acte de la dégringolade européenne, les projections officielles ont été revues à la baisse. Désormais, estime le ministre du changement climatique Greg Combet, le prix du quota australien ne devrait pas dépasser les 12 $ (9,2 €) en 2015.

Cette révision est déchirante pour le gouvernement travailliste. Car avec le produit de la vente de quotas, Canberra avait prévu de financer des aides fiscales aux ménages et à certaines entreprises, des programmes de recherche sur les technologies «bas carbone», des soutiens à l’agriculture et à la production d’énergies renouvelables. Sans oublier le fonds de protection de la biodiversité, initialement doté d’1 Md$ (768 M€) sur 8 ans.

De l’aveu de Wayne Swan, le vice-premier ministre en charge des finances, les revenus que l’Etat fédéral peut attendre de la vente de quotas devraient passer de 6 à 2 Md$ (4,6 à 1,5 Md€) d’ici à 2020. Bon nombre de programmes de décarbonisation de l’industrie et de l’agriculture de l’île-continent risquent d’en subir les conséquences.

A moins, bien sûr, que les conservateurs australiens (donnés gagnants des élections générales de septembre prochain) n’abrogent, une fois le pouvoir conquis, la taxe carbone et le marché de quotas, comme ils le promettent depuis des mois.



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