Quand l’agrochimie fait plébisciter le glyphosate par des fermiers fantômes

Le 17 octobre 2018 par Marine Jobert
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Le logo de l'association créée par un cabinet de lobby de l'agrochimie.
Le logo de l'association créée par un cabinet de lobby de l'agrochimie.

Des agriculteurs rassemblés dans une association pour défendre le glyphosate? Existent-ils seulement, s’interroge Greenpeace, qui publie une enquête sur le cabinet de lobbying qui a essaimé des associations de ce type dans 8 pays Européens, quand la bataille pour le renouvellement de l’herbicide faisait rage.


Qui sont-ils? Sous couvert de protection de leurs données personnelles, il n’aura pas été possible de connaître l’identité des membres du «groupe d’agriculteurs français qui se sont unis pour protéger notre mode de vie et nos moyens de subsistance» sous la bannière de l’association ‘Agriculture et liberté’. Et pour cause. Car selon une enquête de Greenpeace, il s’agit tout bonnement de ‘fermiers fantômes’, dont l’existence a été créé de toutes pièces par Red Flag, un cabinet irlandais de lobbying rétribué par des industriels de l’agrochimie. Sollicité par Le Journal de l’environnement, son PDG précise une partie de la liste que le contraint à dévoiler le registre de transparence de l’Union européenne: l’Américain Albaugh, l’Irlandais Barclay Chemicals, l’Australien NuFarm et l’Américain Monsanto. Tous ont en commun la production d’un herbicide: le glyphosate.
L’Allemagne change la donne
«Nous avons travaillé pour réunir un certain nombre de nos clients et contacts afin d'aider les personnes les plus touchées par une éventuelle interdiction du glyphosate –les agriculteurs qui produisent la nourriture en France– à se réunir, à comprendre ce qui se passe et à faire entendre leur voix», précise Karl Brophy, le PDG de Red Flag dans un courriel. Sept autres associations du même type ont aussi vu le jour dans toute l’Europe. Et ce à un moment crucial pour l’avenir de l’herbicide, quand se jouait le renouvellement, maintes fois ajourné, de l’autorisation de mise sur le marché. Grâce à la volte-face de l’Allemagne, elle avait finalement été accordée de justesse fin novembre 2017.
«Alliés non traditionnels»
Est-ce à ce rebondissement de dernière minute que Red Flag fait référence quand, dans une brochure, le cabinet se targue d’avoir remporté «la plus grande campagne de réglementation et d'affaires publiques de l'Union européenne» en utilisant des «alliés non traditionnels» pour tenter de modifier les positions de 8 pays de l'UE? Et de poursuivre: «Red Flag a mobilisé ses efforts sur les cibles identifiées par le biais des médias et d'un engagement direct pour finalement changer les votes au sein d'un comité clé à Bruxelles afin d'apporter une victoire à notre client», indique une brochure. La société n’aurait pas confirmé si ces affirmations faisaient référence aux travaux de Monsanto, précise Greenpeace.
Instrumentalisation par l’agrochimie
«Il faut que les voix qui, dans le monde agricole, n’acceptent pas l’instrumentalisation de la profession par l’agrochimie se fassent entendre, s’indigne la députée Delphine Batho, qui organise le 20 octobre un séminaire sur les lobbies. Car cette affaire porte préjudice à la profession. Ça suffit!» Ce n’est pas la première fois qu’une multinationale des pesticides est prise la main dans le sac en train de tenter d’influencer le cours réglementaire et l’opinion publique. Le Monde avait révélé il y a quelques mois comment Monsanto avait notamment favorisé la publication d’articles scientifiques rédigés par ses soins et qui validaient l’innocuité du glyphosate. Le Centre international sur le cancer (qui dépend de l’OMS) a classé l’herbicide comme cancérogène probable, à rebours des avis de l’agence sanitaire européenne (Efsa) et de l’agence américaine de l’environnement (EPA). L'eurodéputé Eric Andieu, qui a récemment fait part de pressions exercées à son encontre et à l'égard de son assistant suite à la mission d'information sur les procédures d'autorisation des pesticides, n'est pas étonné par cette affaire. Il met toutefois en garde contre la différence qui peut exister entre la violence qui s'exprime sur les réseaux sociaux et la réalité. Sur le terrain, conclut-il, les agriculteurs «sont plus allants sur le changement de modèle et conscients de l'enjeu.»

 



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