Qualité de l’air: le casse-tête de l’évaluation sanitaire

Le 26 août 2016 par Romain Loury
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New York
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Etudier l’impact sanitaire de la pollution de l’air n’est pas chose aisée. D’autant que la population, loin d’être statique, se déplace constamment au cours d’une journée, ne serait-ce que pour aller au travail. Une donnée rarement prise en compte lors des études épidémiologiques, ce qui pourrait minorer les risques sanitaires, relèvent des travaux publiés dans la revue Environmental Science & Technology.

C’est désormais un fait acquis: la pollution de l’air entraîne des maladies respiratoires et cardiovasculaires, et serait à l’origine, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de 3,7 millions de morts par an dans le monde. Mais les chercheurs parviennent-ils réellement à évaluer l’exposition de la population? Pas si certain.

Dans la quasi-totalité des études, l’exposition des personnes est estimée selon leur lieu d’habitation, par exemple leur code postal ou, pour celles menées à échelle plus fine, leur adresse postale. C’est oublier un fait majeur: les gens demeurent rarement cloîtrés à domicile. Que ce soit pour aller au travail, faire des courses ou aller boire un verre, ils sont même très fréquemment amenés à changer de quartier au cours de la journée.

Or il est très difficile, voire impossible, de retracer les déplacements quotidiens de chaque personne au sein des études menées sur la pollution de l’air, dont les effectifs s’élèvent, pour les grandes villes, jusqu’à plusieurs millions d’habitants. Dans son étude, l’équipe de Carlo Ratti, du Massachusetts Institute of Technology à Cambridge (près de Boston) a testé une nouvelle approche, qui pourrait ouvrir une nouvelle ère dans la recherche épidémiologique sur la pollution de l’air.

Des données collectives de téléphonie mobile

Dans leur analyse de la population new-yorkaise (8,5 millions d’habitants à New York City en 2010), les chercheurs ont utilisé les données de localisation issues de la téléphonie mobile, qu’ils ont croisées avec les relevés locaux de pollution de l’air d’avril à juillet 2013. Non pas les données individuelles, ce qui soulèverait des problèmes éthiques d’accès aux informations personnelles, mais les données collectives.

Pour chacun des 71 districts new-yorkais, les chercheurs ont analysé la population totale à un instant t, calculant ainsi, à chaque heure et chaque jour de la semaine, la contribution de chacun en termes d’exposition des New-Yorkais aux particules fines inférieures à 2,5 micromètres (PM2,5). Des résultats qu’ils ont comparés avec le modèle classique, qui ne tient compte que du lieu d’habitation.

Les deux cartes d’exposition à la pollution révèlent de nettes différences. Exemple à Manhattan, quartier où l’on travaille bien plus qu’on ne loge: sa contribution à l’exposition totale est beaucoup plus forte lorsqu’on tient compte des déplacements que lorsqu’on ne s’attache qu’au lieu d’habitation.

Une exposition sous-estimée?

Finalement, 57 des 71 districts new-yorkais présentaient des différences statistiquement significatives, en termes de contribution à l’exposition de la population, entre les deux modèles. Selon les chercheurs, la seule prise en compte du lieu d’habitation sous-estimerait l’exposition réelle de la population: dans le modèle basé sur les déplacements, l’air respiré dépasse plus souvent la valeur seuil défini par l’OMS, de 10 µg/m3 d’air en moyenne annuelle.

«Cette étude constitue une nouvelle contribution aux sciences de l’exposition environnementale et à la recherche épidémiologique, et mérite d’être prise en compte lors de futurs études portant sur l’impact sanitaire de la qualité de l’air», concluent les chercheurs.

Toutefois, cette approche, basée sur les données de téléphonie mobile, ne serait pas non plus exempte de critiques: outre les questions éthiques, du moins en cas de données individualisées et non plus collectives, elle exclurait de l’analyse toutes les personnes non équipées d’un téléphone portable. Parmi eux, de nombreux enfants et personnes âgées, les plus vulnérables à la pollution de l’air.



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