Qu’attendre de Doha?

Le 26 novembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A Doha, les négociateurs sont accueillis par Maman, sculpture monumentale de Louise Bourgeois.
A Doha, les négociateurs sont accueillis par Maman, sculpture monumentale de Louise Bourgeois.

La 18e conférence des parties à la convention de l’ONU sur les changements climatiques ne changera pas la donne. Mais elle pourrait faire avancer quelques petits dossiers qui ne sont pas sans importance. Revue de détail.

Le 18e sommet climatique de l’ONU, qui s’est ouvert aujourd’hui à Doha, est celui de tous les paradoxes.

C’est dans le pays où les émissions de CO2 par habitant sont les plus importantes du monde (49 tonnes/an, soit 8 fois celles des Français) que l’on va parler des meilleurs moyens d’alléger notre bilan carbone. Bien vu, l’ONU.

C’est aussi au moment où l’organisation météorologique mondiale relève les plus fortes concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère que piétinent comme jamais les tractations portant sur un futur accord international. Alors que les mécanismes économiques de lutte contre le changement climatique se délitent les uns après les autres, les climatologues nous donnent à peine 5 ans pour infléchir durablement nos rejets carbonés. Faut-il en rajouter? Sans doute pas, la liste serait trop longue.

Dès lors, qu’attendre de cette quinzaine de négociations? Peu de choses, même si le programme est lourdement chargé.

Sachant que la première période d’engagement du protocole de Kyoto (2008-2012) prend fin le 31 décembre, la première des urgences est de se mettre d’accord sur un texte qui ouvrira une seconde période. Ce texte est essentiel. Sans lui, les objectifs de réduction infligés aux pays développés et les mécanismes de flexibilité (mise en œuvre conjointe, mécanisme de développement propre, échange de quotas d’émission), déjà anémiques, n’auront plus de base légale.

Un accord pourrait être trouvé à l’issue de la quinzaine. Mais, préviennent les diplomates français, il n’entrera pas en vigueur au 1er janvier 2013. D’une part, parce que le Canada, le Japon, la Nouvelle-Zélande et la Russie ont déjà fait savoir qu’ils ne voulaient pas d’un «Kyoto II». Il faudra user de trésor de diplomatie pour les convaincre, au moins, de ne pas s’opposer au processus en cours. D’autre part, il faudra aussi que les pays favorables à ce nouveau dispositif le fassent ratifier par leur parlement respectif. Ce qui ne prendra pas moins de deux à trois ans. Les Etats-Unis n’étant toujours pas dans la boucle, cet accord transitoire (qui couvrira probablement la période 2013-2020) n’impliquera concrètement que les pays de l’Union européenne et l’Australie, soit 35% des émissions des pays initialement soumis au protocole de Kyoto.

Diplomates et experts devront commencer d’esquisser (surtout ne précipitons pas les choses) l’accord international qui, normalement, doit être conclu d’ici à 2015, pour une entrée en vigueur en 2020. Ceci implique quelques dépoussiérages. A commencer par une refonte du processus de… négociations. La demi-douzaine de comités ad hoc devraient être fondus en une seule instance de discussion. Fort utile pour discuter efficacement des choses qui fâchent.

A commencer par les financements. Aux termes des accords passés ces dernières années, les pays les plus industrialisés ont dû mobiliser 30 milliards de dollars (23 milliards d’euros), entre 2010 et 2012, pour financer atténuation et adaptation des pays les plus vulnérables. Objectif atteint.

A partir de 2020, ce montant doit, contractuellement, passer à 100 Md$ (77 Md€) par an. Cette manne devra être gérée par le Fonds vert. Or, pour le moment, nul ne sait d’où viendra cet argent. Personne n’est en mesure non plus de dire combien d’argent sera consacré au climat entre 2013 et 2020. «Le contexte économique et la dégradation des ambitions climatiques de la plupart des pays rendent les choses difficiles», reconnaît un négociateur français. Une seule chose est sûre: l’essentiel des financements viendra du secteur privé.

Autre sujet de friction annoncé: le niveau des engagements qui devront figurer dans le futur accord international. L’Union européenne mise à part (qui rappelle les objectifs de son paquet Energie-climat, soit -20% de GES entre 1990 et 2020), aucun pays ne s’est fixé, pour le moment, d’objectifs contraignants de réduction de ses émissions.

Petit sujet «touchy»: le devenir de l’«air chaud». Les pays à économie en transition (comprendre ceux de l’ancien bloc soviétique) détiennent environ 13 milliards de crédits carbone qu’ils entendent utiliser dans les prochaines années. Un tel afflux de monnaie carbone est susceptible de perturber tout système économique basé sur l’échange de ces quotas nationaux. Comme c’est actuellement le cas dans l’ETS européen, il faudra trouver un moyen de réduire ce surplus considérable d’allocation d’émission. Ce qui ne se produira sans doute pas à Doha.

Tout n’est pourtant pas sombre au pays de l’or noir. Doha pourrait accoucher de quelques décisions utiles. Comme la confirmation du siège du Fonds vert, à Songdo, en Corée du Sud. Il n’est pas impossible non plus que la conférence des parties valide son mode de gouvernance, ainsi que son processus d’abondement. Et en toute logique, le pilotage du réseau de centres des technologies climatiques devrait échoir au Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue). Pas si mal pour une conférence de transition.



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