Pyrénées: nouvel hiver meurtrier pour les abeilles?

Le 02 décembre 2014 par Romain Loury
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Les apiculteurs pyrénéens inquiets pour l'avenir
Les apiculteurs pyrénéens inquiets pour l'avenir

Dans l’Ariège et les Pyrénées-Orientales, les apiculteurs craignent un nouvel hiver terrible pour leurs abeilles, dont ils imputent la forte surmortalité à une intoxication par les pesticides. Leur demande d’indemnisation pour l’hiver 2013-2014 est au point mort, déplorent plusieurs d’entre eux.

 

Une mortalité allant de 80% à 100%, plus de 5.000 ruchers touchés sur les deux départements: l’hiver 2013-2014 restera marqué d’une pierre noire pour les apiculteurs de l’est des Pyrénées. Alors que  «les apiculteurs n’ont pas pu reconstituer leur cheptel dans l’année», les premiers signes de l’hiver qui arrive sont déjà inquiétants, constate Jean Adestro, président du groupement de défense sanitaire apicole des Pyrénées-Orientales (GDSA 66), au JDLE.

En cause selon les apiculteurs, l’intoxication par les pesticides, dont des analyses qu’ils ont fait réaliser par l’Institut des sciences analytiques (CNRS, Villeurbanne) démontre la fréquence dans les échantillons analysés.

Selon ces résultats, 81% des échantillons analysés, aussi bien de miel que de «pain d’abeille», sont positifs pour au moins un composant analysé. Notamment des insecticides d’usage phytosanitaire ou vétérinaire, dont  des néonicotinoïdes tels que l’acétamipride, l’imidaclopride et le thiaclopride.

Une discorde «multifactorielle»

L’hypothèse de maladies de l’abeille dans cette hécatombe est à écarter, estime Jean-Marc Colin, retraité d’une carrière de chercheur en pathologie et toxicologie de l’abeille, auprès du JDLE. D’où l’incompréhension devant les explications avancées par le ministère de l’agriculture, selon lequel la surmortalité de l’hiver dernier serait «multifactorielle».

«Il est évident que la surmortalité des abeilles [observée bien au-delà de ces deux départements, ndlr] est multifactorielle [1]. Mais les insecticides rendent les abeilles plus fragiles, plus facilement attaquables par les parasites. Il n’y aucun doute : nos abeilles sont bien mortes suite à des intoxications», affirme au JDLE Jean-Philippe Antoine, porte-parole des apiculteurs sinistrés, exerçant lui-même près de Perpignan.

Les apiculteurs ont rencontré en novembre des représentants des ministères de l’écologie et de l’agriculture. Sans grand succès selon Jean Adestro: «dire qu’il s’agit d’un phénomène multifactoriel, c’est nier l’évidence, mais c’est surtout le meilleur moyen de ne rien faire sur le terrain». Et surtout de ne pas indemniser les apiculteurs, qui estiment les besoins à 1 million d’euros rien que pour les Pyrénées-Orientales. Un «sujet au point mort», renchérit Jean-Philippe Antoine.

Selon l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), «il est inenvisageable pour un apiculteur déjà fortement impacté dans son activité, de s’endetter davantage, d’acheter des essaims qui ne produirons pas dans l’année et qui pourraient périr avant même d’avoir été rentabilisés».

Dans un projet d'arrêté mis en consultation lundi 1er octobre, le ministère de l'agriculture précise de nouvelles modalités d'application d'insecticides et d'acaricides sur les cultures. Pour certaines d'entre elles, le traitement ne sera plus autorisé que dans les 3 heures qui suivent le coucher du soleil, ou dans les 2 heures qui précèdent son lever. Des modifications qui visent à «renforcer la protection des abeilles domestiques», assure le ministère.

Une étude épidémiologique annoncée

Seule avancée selon les personnes interrogées, le ministère de l’agriculture a présenté mi-novembre ses propres analyses [2], qui confortent une imprégnation par les insecticides, avec 18 molécules identifiées parmi 52 apiculteurs, sur les 58 ayant déclaré des pertes. Une nouveauté, puisque le ministère était revenu à trois reprises avec des résultats négatifs! Contacté à plusieurs reprises, le ministère n’a pas donné suite aux demandes d’interview du JDLE.

Afin d’éclaircir la situation, il s’est engagé à mener une enquête épidémiologique d’une durée de deux ans. Pour l’Unaf, «il est plus que probable que cette étude très coûteuse ne puisse rien démontrer de nouveau, surtout si les apiculteurs locaux, riches de leur expérience, ne sont pas impliqués activement dans son élaboration ni dans sa mise en application».

[1] Selon une étude néerlandaise publiée fin novembre, les abeilles sont très affectées par la perte de biodiversité, notamment de la raréfaction de leurs plantes favorites. Et une autre étude, britannique celle-ci, révèle qu’elles ont tout à craindre du réchauffement climatique, qui va favoriser l’extension de certains parasites vers le nord, notamment Nosema ceranae.

[2] Des analyses réalisées par le Groupement interrégional de recherche sur les produits agropharmaceutiques (Girpa) à Angers, dont les apiculteurs n’ont toujours pas obtenu copie, affirment-ils.



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