Puberté précoce: les perturbateurs endocriniens aussi suspectés

Le 12 avril 2011 par Geneviève De Lacour
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Environ 15% des jeunes filles américaines atteignent l’âge de la puberté à 7 ans, selon une étude réalisée aux Etats-Unis sur 1.239 enfants et publiée l’année dernière dans la revue Pediatrics. Chez une jeune fille blanche sur 10, la poitrine commence à se développer à la même période. Ce chiffre a doublé depuis 1997, comme le relate un article publié le 11 avril dans USA Today.

Parmi les jeunes filles noires, la proportion est encore plus élevée: 23% d’entre elles entrent dans cette période de transformation à l’âge de 7 ans.

«Sur les 30 dernières années, l’enfance des jeunes filles s’est raccourci d’un an et demi», explique Sandra Steingraber, auteure d’un rapport sur la puberté précoce, publié en 2007 par le Fond de cancer du sein. «Ce n’est pas une bonne chose», précise-t-elle, car ces jeunes filles sont catapultées dans l’adolescence alors que leur cerveau n’est pas prêt pour de telles transformations physiques.

Les scientifiques ne comprennent pas entièrement le phénomène, ni les raisons pour laquelle l’âge de la puberté a chuté. La plupart s’accordent pour dire qu’il s’agit d’une conjonction de facteurs: de l’obésité aux perturbateurs endocriniens.

«Pour les garçons, aucune évidence de puberté précoce n’a été démontrée», précise Paul Kaplowitz, auteur de l’article «Puberté précoce chez les filles» et endocrinologue au Centre médical national pour enfants à Washington.

En 1840, par exemple, les jeunes Scandinaves n’avaient leurs premières règles pas avant 16 ou 17 ans. Avec l’amélioration des conditions de vie et de l’alimentation, l’âge des premières menstruations a été avancé d’environ 2 ou 3 mois tous les 10 ans.

En 1900, les jeunes Américaines atteignaient la puberté à 14 ans.

Si l’âge de la puberté n’a cessé de chuter au fil des ans, celui où les seins se développent a décru de manière encore plus importante.
 
Ce phénomène de puberté précoce accroît les risques de dépression, d’alcoolisme, d’addiction aux drogues, de troubles alimentaires et du comportement et augmente les risques de tentative de suicide, selon un rapport de 2007. Quand elles grandissent ces jeunes filles sont plus à même de développer un cancer du sein ou de l’utérus, probablement parce qu’elles ont été exposées aux œstrogènes sur une plus longue période de leur vie.
 
Mais quelles sont les causes potentielles de ce phénomène?
La plus probable, selon Sandra Steingraber, semble être l’obésité. Le nombre de jeunes filles en surpoids augmente aux Etats-Unis, pour représenter 30% de la population selon les centres de contrôle et de prévention des maladies. L’obésité augmente le taux d’hormones dans le corps, notamment l’insuline qui régule le taux de glucose dans le sang.
 
Mais «les scientifiques ne sont pas sûrs que le facteur-clé de la puberté soit le taux d’insuline ou bien des difficultés physiologiques à fabriquer cette hormone», explique Sandra Steingraber.
 
Autre facteur pointé du doigt récemment, les perturbateurs endocriniens semblent jouer un rôle encore mal défini. Les pesticides, les retardateurs de flamme ou même les parfums peuvent interférer avec le système hormonal. Comme par exemple les phtalates mimant l’action des hormones. Dans une petite étude réalisée sur 76 jeunes filles portoricaines, les chercheurs ont mis en évidence que 68% de celles qui avaient connu une puberté précoce avaient été fortement exposées aux phtalates, par rapport aux 3% de jeunes filles dont le développement avait été normal.
 
Selon Sandra Steingraber, le Bisphénol A, présent dans de nombreux produits de consommation comme les plastiques durs, peut aussi être en cause en agissant comme un œstrogène. Si le rôle du BPA dans la puberté précoce des animaux a été prouvé, son action sur les humains n’est pas encore très claire.
 
«L’institut national de la santé américaine finance la recherche pour répondre aux questions des causes environnementales en matière de puberté précoce et de changements hormonaux», déclare Franck Biro, directeur du service de médecine pour adolescents au centre hospitalier pour enfants de Cincinatti. Biro et ses collègues évaluent actuellement l’exposition aux phtalates, au BPA, aux pesticides et aux retardateurs de flamme de 1.200 jeunes filles. Une autre étude devrait être menée sur 100.000 enfants, de la phase in utero à l’âge de 21 ans en examinant différents facteurs d’exposition environnementales.
 


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