Puberté précoce: l’hypothèse perturbateurs endocriniens sur le grill

Le 31 mai 2017 par Marine Jobert
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Se raser dès 8 ans, c'est désormais possible!
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On saura dans 5 ans si les cas de puberté précoce sont en augmentation, après la publication de premiers chiffres solides sur l’incidence de ce trouble du développement, qui toucherait quelque 1.173 filles et 117 garçons chaque année.

Des poils avant 9 ans pour eux. Des seins et des poils avant 8 ans pour elles. Ainsi se définit l’apparition précoce de la puberté chez les enfants, quand les premières manifestations se font jour, en moyenne, autour de 10,5-11 ans chez les filles et 12-13 ans pour les garçons. Combien sont-ils à connaître ces premiers signes avant leurs camarades? Présentés par l’épidémiologiste Joëlle Le Moal lors des rencontres organisées par Santé publique France les 30 et 31 mai et 1er juin, les résultats consacrés aux indicateurs de santé reproductive et perturbateurs endocriniens montrent que 1.173 filles et 117 garçons auraient débuté leur puberté avant l’heure. Soit respectivement un taux d’incidence moyenné (sur trois ans) de 2,7 pour 10.000 cas et de 0,24 pour 10.000 cas.

A comparer dans 5 ans

Est-ce beaucoup? Ces chiffres évoluent-ils dans le temps? Mystère, puisque c’est la première fois que de tels constats sont réalisés en France, sur la base de données médico-administratives, c’est-à-dire la consommation de médicaments et les hospitalisations. «Nous avons bien l’intention de maintenir cette observation à échelle 5 ans pour objectiver les tendances», précise au Journal de l’environnement Sébastien Denys, le directeur de la direction Santé et Environnement à Santé publique France. Un coup d’œil à des données similaires collectées au Danemark et en Corée du Sud (dont certaines remontent à 2005) montre une augmentation du nombre de cas dans ces pays.

Chez les enfants de moins de 7 ans, les cas de cryptorchidie (non-descente des testicules) sont à la hausse: +2,64% par an, soit 2,57 cas pour 1.000 naissances, ce qui représente 7.000 nouveaux cas par an. L’hypospadias (mauvais positionnement de l’urètre sur la verge) est stable, avec 1,01 cas pour 1.000 naissances, ce qui représente 3.000 nouveaux cas par an. Une évolution jugée défavorable par Santé publique France.

 

 

Rhône-Alpes, terre de perturbation

Autre enseignement: la localisation de ces cas de pubertés précoces, concentrées autour de Rhône-Alpes et dans le Sud-est du pays. Si la sur-incidence varie chez les garçons de 1 à 1,8 pour 10.000 cas en Rhône-Alpes à 0 à 0,3 pour 10.000 cas en Bretagne, elle est autrement spectaculaire pour les petites filles. En Rhône-Alpes, le nombre de cas grimpe de 10 à 12 pour 10.000 cas, alors qu’il est de 2 à 4 pour 10.000 cas en Bretagne et de 0,95 dans le département du Nord. «Une hétérogénéité géographique marquée et structurée», commente Sébastien Denys. Identique chez les filles et les garçons, elle suggère des facteurs de risques communs, comme les pratiques médicales, le surpoids, l’exposition au soleil, mais aussi l’exposition aux perturbateurs endocriniens. «Ce rôle est plausible» chez les filles, estime Joëlle Le Moal, car elles y sont plus exposées que les garçons par le biais des cosmétiques ou des soins pour cheveux qui contiennent des œstrogènes. Le facteur pesticides est également évoqué.

 

 

Cancers pédiatriques causés par les pesticides

Mais attention, rappelle Sébastien Denys, «il ne s’agit pas d’une étude de corrélation». Autrement dit, pas question d’incriminer des expositions à tel ou tel produit. Nous complétons nos alertes aux pouvoirs publics sur la dégradation de ces indicateurs par des études de biosurveillance, comme celle menée sur l’imprégnation de toutes les femmes enceintes à plusieurs perturbateurs endocriniens. Ces travaux doivent nous amener à construire des messages de prévention en direction des plus vulnérables.» Santé publique France collabore à deux études lancées récemment. La première tentera d’établir si les enfants qui vivent dans des zones viticoles ont un risque accru de déclencher une leucémie ou un autre cancer par rapport à ceux qui vivent hors de ces zones où sont abondamment employés des pesticides. La seconde permettra de caractériser l’exposition des personnes vivant dans les zones viticoles à partir d’analyses d’urine et de cheveux. Les premiers résultats de l’étude sur les cancers pédiatriques sont attendus, au mieux, dans trois ans.

 



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