Prosecco: les coulisses environnementales d’un succès vinicole

Le 25 juillet 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Prosecco, l'un des vins les plus bus dans le monde.
Prosecco, l'un des vins les plus bus dans le monde.
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L’industrialisation de la vitiviniculture de cette région du nord-est de l’Italie menace la qualité des sols agricoles.

 

«Une victoire pour la Vénétie et l’Italie», a réagi Luigi Di Maio, le vice-président du conseil des ministres d’Italie. «Le triomphe du Prosecco», s’est enflammé Il Gazzettino, le quotidien local. Et de fait, les habitants des collines du Prosecco de Conegliano et Valdobbiadene ont de quoi être fier. Leurs vallons aux pentes abruptes, les petites parcelles de vignes installées sur des terrasses herbeuses et étroites, les ciglioni, les forêts, les petits villages et les terres agricoles ont été inscrits, au début du mois, au patrimoine mondial de l’humanité. A elle seule, la Botte dispose de 55 sites remarquables labellisés par l’institution onusienne. Chapeau bas.

23.000 hectares

Indirectement, la sélection onusienne rend aussi hommage à la formidable industrie locale: le Prosecco. Essentiellement pétillant, ce vin blanc (parfois tranquille) a connu une seconde jeunesse avec le récent succès mondial du spritz, apéritif d’origine vénitienne, devenu le must drink mondial. L’an passé, sur les 23.000 hectares du vignoble, 3,7 millions d’hectolitres ont été produits. De quoi mettre sur le marché 600 millions de bouteilles : quatre fois plus qu’en 2008. Sur une surface bien plus importante (34.000 ha), les Champenois ont produit, en 2018, 362 millions de cols.

terre et pesticide

Dans le Prosecco, on fait pisser la vigne. On fait chier la terre, aussi. Avec son équipe, Salvatore Pappalardo (université de Padou) a évalué l’érosion des terres plantées en vignes de la région. Un sujet environnemental majeur. Moins de terre, c’est une moindre productivité des cultures. C’est aussi des collines dont la stabilité faiblit. C'est une biodiversité qui se réduit un peu plus. C’est enfin, des pesticides qui, entraînés par la terre et les cailloux, finissent dans la plaine et les cours d’eau.

En se basant sur des relevés du sol réalisés par un Lidar, 10 années de relevés de pluviométrie et un modèle mathématique, l’équipe de chercheurs transalpins a évalué l’ampleur des dégâts dans la seule région d’appellation contrôlée (DOCG). Récemment publiés dans Plos One, leurs résultats sont sidérants.

90 millions de bouteilles

Les chercheurs ont donc passé au crible les 215 km2 de collines de la seule DOGC, zone du nord-est de l’Italie d’où sont sorties, en 2017 (dernières statistiques disponibles au moment de la rédaction du papier), 90 millions de bouteilles de vin pétillant ou perlé.

Soumise à une viticulture industrielle et aux pluies torrentielles de l'automne et de l'hiver: les collines ont potentiellement perdu, cette année-là, 411.000 de tonnes de terre et d’humus. En moyenne, chaque hectare peut donc s’alléger de 19 tonnes de substrat chaque année. Chiffre qui peut atteindre les 400 tonnes par hectare dans les vignobles les plus pentus.

3 kg par bouteille

Aussi effrayants soient-ils, ces chiffres ne parlent pas d’eux-mêmes. A moins de les comparer à ceux d’autres régions. Dans les vignobles de la vallée d’Aoste, (à la topographie comparable à celle du Prosecco), les vignobles ne perdent, en moyenne, qu’une quinzaine de tonnes de terre par hectare et par an.

Peut-on réduire pareil impact? Sans aucun doute, répondent les auteurs. En plantant simplement de l’herbe entre les rangs de vigne, les vignerons pourraient diviser par trois l’érosion tellurique. Cela ne dégraderait pas la qualité du spritz. Mais cela préserverait la beauté, les sols (et leur productivité) et la nature de cette magnifique région.



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