«Promouvoir un système de santé basé sur la précaution»

Le 09 avril 2013 par Marine Jobert
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Jean-Louis Roumégas, co-présidant du groupe d’étude «Santé environnementale» à l’Assemblée nationale.
Jean-Louis Roumégas, co-présidant du groupe d’étude «Santé environnementale» à l’Assemblée nationale.
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Jean-Louis Roumégas, député Europe Ecologie-les Verts, est élu dans la première circonscription de l'Hérault. Il co-préside depuis aujourd’hui le groupe d’étude «Santé environnementale» à l’Assemblée nationale avec Sophie Errante, députée socialiste de Loire-Atlantique. Un groupe jusqu’ici présidé par le député de Haute-Garonne Gérard Bapt, à qui a été confiée une mission ministérielle sur la préparation du plan national Santé-environnement 3.

JDLE – Quelles sont vos ambitions, à l’heure où vous prenez la tête de ce groupe d’étude?

Nous n’allons pas débattre «en l’air»: notre groupe d’étude souhaite être en phase avec ce qui fait l’actualité. Pour ce faire, nous allons suivre le calendrier gouvernemental, pour porter la thématique environnementale jusque dans les prochains projets de loi. Nous allons commencer, dès juin, avec la loi sur la consommation défendue par Benoît Hamon. L’avant-projet de loi ne comporte malheureusement pas de dimension environnementale. Nous voudrions qu’y soient inclues des informations sur la composition, les risques sanitaires et la traçabilité des produits. En outre, nous voudrions que l’action de groupe, envisagée pour les consommateurs, soit étendue aux aspects sanitaires.

 

JDLE - Puis viendra le projet de loi Santé publique de Marisol Touraine, à la rentrée. Que comptez-vous proposer?

C’est «le» gros morceau… à titre personnel, c’est à un changement de paradigme que j’appelle en matière de santé publique. Aujourd’hui, tout est basé sur le curatif et le tout-médicament (avec tout ce qui va avec: les effets secondaires, l’abus de médicaments, les scandales en lien avec l’industrie pharmaceutique, etc.). Ce qu’il faut, c’est promouvoir un système de santé basé sur la prévention, voire sur la précaution. On se situe alors en amont du dépistage. C’est sur les causes environnementales, qui produisent les épidémies (obésité, cancer, diabète), qu’il faut agir. Nous plaiderons donc pour l’interdiction totale des perturbateurs endocriniens, pour la suppression des toxiques les plus dangereux dans l’alimentation et l’habitation et pour la lutte contre les pesticides les plus toxiques, dont la liste reste à définir. Sans compter les politiques d’éducation à la santé, à l’alimentation, etc. Dans le projet de loi de finances de la sécurité sociale 2014, il faudrait qu’enfin on puisse flécher un pourcentage significatif d’actions tournées vers la prévention et la précaution, alors qu’aujourd’hui on est presque à 100% dans le soin. Certes, les dépenses augmentent parce qu’il y a des dérapages, mais aussi parce que le nombre de maladies augmente. N’oublions pas que le déficit de la sécurité sociale est à peu près égal au surcoût dû aux affections de longue durée, qui elles-mêmes représentent 60% des dépenses de santé. Ce qui est dommage, c’est que la Cour des comptes n’envisage pas qu’on puisse investir dans des politiques de prévention pour faire diminuer les besoins, et donc faire diminuer le nombre de diabètes ou de cancers. Ce sont des politiques à long terme: les politiques de précaution vont faire reculer ces maladies.

 

JDLE – La loi de programmation agricole pourrait-elle aussi vous mobiliser?

Bien sûr, à travers deux problématiques. Il s’agit d’une part de faire reconnaître les maladies professionnelles liées à l’usage de pesticides; d’autre part, de porter des politiques d’interdiction et de substitution des produits phytosanitaires les plus dangereux. Et bien sûr, de promouvoir l’agriculture biologique. Il y a aussi quelques initiatives parlementaires à suivre, tant au Sénat qu’à l’Assemblée nationale. Comme le travail de Laurence Abeille (EELV) sur les ondes électromagnétiques ou l’initiative de Chantal Jouanno (UDI) sur la notion de crime écologique. Sans oublier la mise en œuvre de la loi sur les lanceurs d’alerte; ou la question des moyens affectés au Pôle judiciaire de santé publique. On s’attend à une charge de travail importante.

 

JDLE – Quelle est la méthode de travail retenue, dans un groupe qui rassemble toutes les sensibilités politiques?

J’espère que les clivages politiques ne sont pas indépassables, mais il est certain que face aux sujets relatifs à la santé publique ou à la protection du consommateur, les élus UMP sont plus prompts à opposer la question de l’emploi et de la compétitivité. Chez les socialistes, le réflexe n’est pas non plus automatiquement en faveur de la santé… disons qu’il y a plusieurs sensibilités… Au moment de la discussion sur l’interdiction du BPA dans les contenants alimentaires, on trouvait des alliés dans les rangs socialistes, comme Gérard Bapt, et puis d’autres qui, au nom de la défense de l’emploi dans leur circonscription, tentaient d’obtenir des délais. En tout état de cause, ce groupe d’étude n’a pas de poids institutionnel; c’est un lieu de débat, un réservoir d’idées issues de tous les groupes et qui peuvent déboucher sur des projets législatifs. Une trentaine de députés y sont inscrits, ce qui témoigne de son succès. La loi interdisant le bisphénol A dans les contenants alimentaires en 2015 est d’ailleurs venue de l’ancien groupe d’étude.

 

 



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