Produits chimiques: un salarié sur trois est exposé

Le 13 septembre 2019 par Romain Loury
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Une exposition stable (plus ou moins)
Une exposition stable (plus ou moins)
© IRSN - Recoquillé-Bression

Un tiers des salariés du secteur privé demeurent exposés à des produits chimiques, selon de premiers résultats de l’enquête Sumer 2017 publiés lundi 9 septembre par le ministère du travail. Un chiffre en légère baisse, très variable selon les secteurs, qui repose sur une simple déclaration des salariés.

Menées par la Dares, les études Sumer[i] font le point sur diverses expositions des travailleurs, qu’elles soient physiques, chimiques, biologiques, liées au bruit, à l’intensité du travail, aux agressions par le public ou aux contraintes horaires. Quatre d’entre elles ont été menées à ce jour (1994, 2003, 2010 et 2017).

Publiée lundi 9 septembre, la dernière révèle une stabilisation de l’exposition aux produits chimiques: 32,2% des salariés se disaient exposés à au moins un produit en 2017, soit 1,3% de moins qu’en 2010.

En 2003, ce chiffre avait atteint 37%, en hausse par rapport aux 33,8% de 1994. «Cette évolution se retrouve quels que soient les secteurs d’activité, les catégories socioprofessionnelles, les distinctions de durées (10 heures ou plus) et les familles de produits (solvants, cancérogènes)», note la Dares.

Moindre exposition aux produits cancérogènes

La baisse est encore plus prononcée pour les produits cancérogènes, avec 9,7% des salariés exposés en 2017 contre 13,8% en 2003. Idem pour la proportion de travailleurs exposés plus de 10 heures par jour à un produit chimique, passée de 12,5% à 8,5% entre 1994 et 2017. Quant à la multi-exposition (au moins trois produits chimiques), la tendance est stable, avec 14% des salariés en 2017.

Les plus exposés aux produits chimiques demeurent les ouvriers, avec 61% pour les qualifiés et 56% pour les non qualifiés, des chiffres en baisse par rapport à 2003, mais supérieurs à 1994. Une même tendance est observée dans les métiers de la construction, où 58% des travailleurs sont exposés.

Dans le secteur des services, la Dares observe une hausse (25,4% en 1994, 27,9% en 2003, 28,6% en 2017), qu’elle impute en partie au «développement important de professions comme ‘agents de nettoyage’ et ‘aides à domicile, aides ménagères, travailleuses familiales’».

Les agriculteurs moins exposés aux pesticides?

Plus étonnant, la forte baisse d’exposition aux produits chimiques dans l’agriculture: en 2017, seuls 33,7% des agriculteurs se disaient exposés à un produit chimique, contre 48,9% en 1994 et 57,9% en 2003, soit une baisse de 24% en 14 ans!

A moins d’un boom des équipements de protection, cette baisse paraît difficilement compréhensible, alors que l’utilisation agricole de pesticides est en hausse d’environ 20% depuis 2008. Ce qui a signé l’échec du plan Ecophyto, qui prévoyait une réduction de 50% entre 2008 et 2018 (objectif désormais ramené à 2025).

«Cette diminution peut s’expliquer par la prise de conscience des conséquences de l’utilisation des pesticides pour la santé des agriculteurs, pour l’environnement et pour les consommateurs avec la mise en œuvre du plan Ecophyto», assure pourtant la Dares.

A noter que les chiffres reposent sur une déclaration des travailleurs, épaulés par les médecins du travail: «ce dispositif repose sur l’expertise de médecins du travail volontaires. Ceux-ci remplissent, avec le salarié, pendant l’examen médical, un questionnaire sur les expositions professionnelles. Le médecin reprend les dires du salarié concernant les contraintes organisationnelles et relationnelles. Ils s’appuient par ailleurs sur leurs propres connaissances du poste de travail pour les expositions aux risques physiques, chimiques et biologiques», explique la Dares.

Rayonnements ionisants: hausse de la dose collective

Pas déclaratif celui-ci, mais basé sur de réelles mesures de l’exposition des salariés, le bilan 2018 des expositions professionnels aux rayonnements ionisants a été publié jeudi 12 septembre par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Reposant sur 390.633 salariés (nucléaire, médical, personnel navigant, etc.), il révèle une hausse de 3% de la dose collective reçue en 2018, du fait d’«une reprise d’activité dans le domaine du nucléaire (notamment un plus grand volume de travaux de maintenance sur le parc électronucléaire qu’en 2017, d’après EDF)».

La dose individuelle moyenne est elle aussi en légère hausse, de 0,8 milliSievert (mSv) en 2018 contre 0,72 mSv en 2017. Si plus de 96% des travailleurs ont reçu une dose inférieure à 1 mSv (limite réglementaire de dose pour le public), 19% de ceux dépassant ce seuil ont reçu plus de 5 mSv, et dix personnes ont même dépassé la limite réglementaire de dose pour les travailleurs (20 mSv).



[i] Dares: direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques. Sumer: Surveillance médicale des expositions des salariés aux risques professionnels.

 



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