Produits chimiques: l’Efsa veut évaluer sans tester

Le 31 août 2011 par Geneviève De Lacour
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Les tests actuels seront remplacés par une dose d'exposition fixe
Les tests actuels seront remplacés par une dose d'exposition fixe

L’Agence européenne de sécurité alimentaire, (EFSA, selon l’acronyme en anglais), propose de remplacer le système de test actuel des produits chimiques présents dans l’alimentation par une « dose d'exposition tolérée fixe ». Cette nouvelle approche nommée SPT viendrait, selon les associations de défense de l’environnement, de l'industrie des pesticides. Une proposition qu’elles accusent donc d’être peu scientifique dans la méthode et à terme dangereuse pour la santé humaine.

Le Comité scientifique de l'Efsa a lancé une consultation publique qui concerne un projet d'évaluation de la pertinence et de la fiabilité d'une nouvelle approche appelée: seuil de préoccupation toxicologique : SPT (en anglais TTC pour Threshold of Toxicological Concern). Il s'agit d'un outil permettant d'évaluer l'exposition à de faibles concentrations en produits chimiques dans l'alimentation.

Ce nouveau « niveau seuil »devrait être calculé en excluant les produits chimiques les plus toxiques. Selon l'Agence européenne, un adulte pourrait donc manger en toute sécurité 90 microgrammes (µg) d'un produit chimique tous les jours durant sa vie entière. Cela signifie que les effets toxiques se situeraient en dessous de ce niveau «sécuritaire» SPT pour beaucoup de substances chimiques, d'après les données même de l'industrie. C'est le cas, par exemple, d'un pesticide : la dieldrine.

Cette molécule a des effets toxiques à des niveaux 30 fois inférieurs au niveau calculé selon l'approche SPT. «Si la SPT était appliquée à la classe la plus dangereuse de produits chimiques, alors presque tous les pesticides seraient soudainement classés «sûrs» pour les humains et aucun test ne serait plus nécessaire » déclare François Veillerette, porte-parole de Générations Futures.

Il est donc reproché à l'approche SPT d'employer de très vieilles données de référence. Ce qui semble donc fixer un niveau extrêmement élevé d'exposition, permettant à tous type de produits chimiques non testés un accès facile au marché. A noter que les nourrissons, qui sont connus pour être plus vulnérables, ne sont pas protégés par cette valeur. De plus, l'effet cocktail des produits n'est pas pris en compte. «L'approche SPT est scientifiquement injustifiable, elle expose ainsi les adultes, les bébés et les enfants à un risque et sert uniquement à obtenir un accès illimité au marché pour les produits chimiques » complète le porte-parole de Générations Futures.

Toujours selon les associations de défense de l'environnement, les conclusions de la littérature scientifique indépendante ne sont pas prises en compte dans l'établissement de cette valeur. «On pourrait facilement abaisser le seuil extrêmement élevé de la SPT en prenant en compte des données scientifiques indépendantes de celles de l'industrie», complète le réseau européen d'action pesticide (PAN, selon l'acronyme en anglais).

En ce qui concerne les perturbateurs endocriniens, des doses de 10 jusqu'à 7.500 fois plus faibles que la valeur de la SPT ont ainsi été révélées toxiques dans des études indépendantes. «Cela signifie que permettre aux gens d'être exposés à ces produits chimiques au niveau de la valeur SPT va directement causer des effets indésirables chez ces personnes », puisque l'étude ne prend pas en compte le mode d'action particulier des perturbateurs endocriniens.

Pour l'instant, l'Efsa ne propose l'utilisation de l'approche SPT que pour les impuretés chimiques et les métabolites. Mais elle souhaiterait étendre son application dans toutes les directions.

«Il est incroyable que l'EFSA, qui prétend être un Institut scientifique de haut niveau, soit sur le point d'adopter cette proposition dangereuse issue de l'industrie chimique et non fondée sur la science. La confiance aveugle de cette agence européenne pour l'industrie a également permis à des lobbyistes de l'industrie et d'autres promoteurs connus de la SPT d'intégrer le panel d'experts chargé d'examiner cette nouvelle approche. C'est inacceptable !» ajoute François Veillerette.

L'Efsa est régulièrement soupçonnée de conflits d'intérêts (voir le JDLE). C'est pourquoi nombreuses sont les voix qui s'élèvent pour demander une réforme de l'Agence lui garantissant plus d'indépendance.



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