Produire autant, mais avec deux fois moins d’herbicides

Le 27 juin 2012 par Geneviève De Lacour
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L'expérience a été menée sur le site Dijon Epoisses de l'Inra
L'expérience a été menée sur le site Dijon Epoisses de l'Inra

Le plan Ecophyto 2018 vise à réduire de 50% l’utilisation des pesticides d’ici 2018 et cela au niveau national. Un plan aux objectifs ambitieux mais loin d’être atteint par les agriculteurs. L’Institut national de recherche agronomique (Inra) n’a pas attendu Ecophyto pour lancer une expérimentation de réduction des pesticides sur des parcelles cultivées. Depuis 10 ans, il tente de maîtriser la flore adventice sans utiliser d’herbicides.

L’expérimentation a été initiée en 2000 sur le site de l’Inra à Dijon Epoisses. L’Inra a testé 5 systèmes de culture différents sur des parcelles de 2 hectares. La première parcelle, celle de référence, correspond au système traditionnel local bourguignon (culture du colza, de blé et d’orge). Le système de protection intégrée (PI) sans labour a été appliqué sur une deuxième parcelle mais a été changé en cours d’expérience pour devenir un système de «semis direct sous couvert végétal»*. Sur une troisième parcelle a été mis en place un système de PI sans désherbage mécanique, sur une quatrième parcelle, un système de PI typique et enfin, sur la dernière parcelle, un système sans herbicides.

La protection intégrée est un concept qui repose sur une combinaison de modes de gestion de la flore adventice. «Nous n’aimons pas le terme de mauvaise herbes, nous préférons celui de flore adventice», précise Nicolas Munier, ingénieur de recherche à l’Inra. «Car la biodiversité végétale bénéficie à la biodiversité animale», complète celui qui est à l’origine de l’expérimentation.

La protection intégrée correspond donc à un mode de production agricole intermédiaire entre la production intensive à fort niveau d’intrants et l’agriculture biologique qui s’interdit tout usage de pesticides ou fertilisants. «Il s’agit d’employer des méthodes de gestion valorisant les régulations physiques et biologiques pour maîtriser les infestations de bioagresseurs en agissant à différentes étapes de leur cycle de vie», explique l’Inra dans son communiqué. La PI ne s’interdit pas pour autant l’usage ponctuel de produits chimiques si nécessaire. Prises individuellement, les différentes méthodes ne permettent pas d’égaler en efficacité les herbicides. Il faut donc combiner les techniques et bien connaître les interactions entre celles-ci pour valoriser d’éventuelles synergies.

La protection intégrée utilise donc la diversification des cultures, avec introduction de cultures de printemps (orge, tournesol, soja, maïs, sorgho, lupin) et de cultures étouffantes en plus du colza, du blé et de l’orge d’hiver, c’est-à-dire la rotation du système de référence.

Les résultats obtenus après 10 années d’essais montrent, selon l’Inra, «la maîtrise de façon satisfaisante» des infestations, tout en réduisant de façon importante la dépendance aux herbicides. En fait, le système de PI sans labour a permis de réduire d’un tiers l’usage des herbicides; pour le système de PI sans désherbage mécanique la réduction est de 50%; pour le PI typique les quantités de pesticides ont été divisés par 3. L’Inra a également fait attention à réduire les impacts environnementaux associés. Ainsi les émissions de gaz à effet de serre ou la consommation d’énergie n’ont pas augmenté avec les changements de culture. Elles ont même légèrement baissé par rapport au système de référence, grâce à la diversification des cultures et notamment l’emploi de légumineuses qui n’ont pas besoin de fertilisants azotés.

Seul bémol selon l’Inra: la protection intégrée complexifie les systèmes. Certains modes de gestion de la flore adventice sont «délicats à mettre en œuvre en pratique, pour des raisons d’organisation du travail à l’échelle de l’exploitation, notamment», explique l’Inra.

L’Institut souligne également que la protection intégrée entraine une légère baisse de rentabilité économique (de l’ordre de 100 euros de moins par hectare, pour un contexte de prix moyen), liée essentiellement à la faible productivité des cultures de «diversification» incorporées dans le système. «Les cultures traditionnelles d’hiver comme le colza, le blé ou l’orge sont des cultures d’hiver qui possèdent un cycle long et donc un potentiel de rendement élevé. Plus le rayonnement solaire est important et plus la biomasse l’est également», commente le chercheur de l’Inra avant de rajouter: «Il faudrait réussir à concilier productivité et réduction des pesticides en raccourcissant les cycles de cultureMais cela va contre les pratiques agricoles adoptées depuis plusieurs dizaines d’années».

L’expérience va maintenant se poursuivre avec pour objectif la vérification des tendances observées. C’est-à-dire vérifier que la modification des communautés d’adventices par sélection d’espèces plus adaptées à la protection intégrée ne constitue pas sur le plus long terme un risque de perte de contrôle des infestations. «Il faudra vérifier nos résultats dans 4 ou 5 ans, voir comment les nouvelles espèces de flores adventices apparues colonisent le milieu», précise Nicolas Munier.

Par ailleurs, l’Inra prévoit d’évaluer aussi les effets sur la biodiversité (vers de terre, carabes, microflore du sol, etc.) et sur les transferts de pesticides vers les eaux souterraines. «On nous pose souvent la question de l’efficacité de ces réductions», explique l’ingénieur. «Est-ce qu’en réduisant de 50% l’usage de pesticides, on réussit à réduire d’au moins 50% la présence de ces produits dans les nappes phréatiques?». Il va maintenant falloir le vérifier.

Les scientifiques cherchent enfin depuis quelques années à évaluer le potentiel de la stratégie de «semis direct sous couvert» pour concilier réduction d’usage d’herbicide, maîtrise des infestations et amélioration du bilan énergétique. Il s’agit en fait du seul système mis en place qui n’atteint pas les objectifs d’Ecophyto 2018, puisque cette pratique ne permet de réduire que d’un tiers les pesticides utilisés.

L’expérience suscite beaucoup d’intérêt de la part des agriculteurs à la recherche de nouvelles solutions pour produire mieux. Ils sont en effet nombreux à venir visiter le site de l’Inra de Dijon.

 

*Le «semis direct sous couvert végétal» consiste à travailler le sol pour empêcher la germination de la flore adventice et maintenir un couvert végétal permanent pour étouffer les mauvaises herbes. 

 



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