Production illégale de CFC: la Chine reconnue coupable

Le 23 mai 2019 par Romain Loury
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Les CFC-11, interdits d'usage depuis 2010
Les CFC-11, interdits d'usage depuis 2010

La couche d’ozone n’est pas encore tirée d’affaire: bien que sa production soit interdite depuis 1995, du CFC-11 continue à être émis dans l’atmosphère. Plus de doutes sur le coupable, il s’agit bien de la Chine, confirme une étude publiée mercredi 22 mai dans Nature.

Impliqués dans le mitage de la couche d’ozone, les CFC ont été interdits par le protocole de Montréal, signé en 1987, qui prévoit l’arrêt de la production en 1995 et de leur utilisation en 2010, excepté pour quelques usages indispensables –par exemple en médecine. Quant aux HCFC, leur utilisation est interdite depuis 2017.

Les résultats ne se sont pas fait attendre: depuis les années 1990, la présence atmosphérique des trois principaux CFC (CFC-11, CFC-12 et CFC-113) a fortement diminué, tandis que la couche d’ozone s’achemine vers une cicatrisation complète. Dans un monde où tout le monde respecterait les accords onusiens, les dernières émissions, passives, ne proviendraient que des produits commercialisés avant l’interdiction de 2010.

Une production qui repart à la hausse

Or en mai 2018, une étude publiée dans Nature révélait que les émissions de CFC-11 s’étaient élevées depuis 2012, ralentissant la baisse de la teneur atmosphérique. Seule explication possible, une reprise de production illégale, et massive. De premiers éléments d’analyse suggéraient que la Chine en était à l’origine, un soupçon qui a jeté un froid lors de la 30e réunion des parties au protocole de Montréal, en novembre 2018 à Quito (Equateur).

Dans une étude publiée mercredi 22 mai dans Nature, Matt Rigby, de l’université de Bristol (Royaume-Uni), et ses collègues enfoncent le clou. Selon une analyse de la teneur atmosphérique en CFC-11 de type ‘top-down’ (descendante), menée depuis les stations de Hateruma (Japon) et Gosan (Corée du Sud), ce surplus de CFC-11 provient bien du nord-est de la Chine.

La Chine a doublé ses émissions

Selon les chercheurs, cette production aurait principalement lieu dans les provinces du Shandong et du Hebei, dans une moindre mesure aux environs de Shanghai. Et elle n’est pas anodine: entre 2014 et 2017, l’est de la Chine a émis 13.400 tonnes de CFC-11 par an, contre 6.400 t d’émissions annuelles sur la période 2008-2012.

Ce surplus annuel de 7.000 t expliquerait, selon le modèle atmosphérique choisi, entre 41% et 64% de la hausse des émissions mondiales de CFC-11 observée depuis 2012. Ces dernières pourraient toutefois être surestimées, ce qui impliquerait une part encore plus importante de la Chine, notent les chercheurs.

D’autres producteurs honteux?

A moins que la Chine ne soit pas le seul coupable, hypothèse que l’équipe n’exclut pas. Si les observations menées en Europe, en Amérique du Nord et en Australie excluent toute production locale, d’autres régions, dont le reste de l’Asie (en particulier d’autres provinces chinoises), l’Afrique et l’Amérique du Sud, pourraient être en cause.

Après avoir nié sa responsabilité, la Chine a finalement fait son mea culpa lors de la réunion des parties du protocole de Montréal. Son représentant a fait état de plus d’un millier d’inspections à travers le pays, avec plusieurs entreprises traduites devant la justice. L’incident a toutefois remis sur la table la possibilité de rendre le protocole plus contraignant.



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