Procès Eternit en Italie: verdict lundi prochain

Le 10 février 2012 par Geneviève De Lacour
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Maxi-procès de l'amiante en Italie
Maxi-procès de l'amiante en Italie

Lundi 13 février, le palais de justice de Turin retiendra son souffle. Le verdict tant attendu dans le maxi-procès italien de l’amiante, qui a débuté en 2009, sera rendu. Sur le banc des accusés deux hommes, les anciens responsables de la société Eternit. Mais ils ne seront malheureusement pas présents, face aux représentants des 6.000 parties civiles: les ouvriers des usines mais également les riverains contaminés par les poussières d’asbeste.

Le procès italien est le premier du genre au pénal. Pour les victimes de l'amiante qui demandent, comme par exemple en France, l'organisation de procès similaires, l’espoir qu’il puisse créer un précédent est immense.

Poursuivis, le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny et le baron belge Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne ne seront pas à Turin pour le verdict. Les deux hommes sont accusés d’être responsables de la mort d'environ 3.000 personnes, des anciens ouvriers ou de simples habitants de Casale Monferrato et Cavagnolo (nord), Rubiera (nord) ou Bagnoli (sud). 75% des familles qui se sont portées parties civiles au procès sont originaires de la ville de Casale Monferrato, dans le Piémont, où l’usine Eternit a produit des matériaux en amiante-ciment jusqu’en 1986, date à laquelle la société a fait faillite, soit 6 ans avant l'interdiction de l'amiante en Italie.

A l'issue d'une enquête de plus de 5 ans, Stephan Schmidheiny et Jean-Louis de Marchienne ont été considérés par le parquet comme les responsables effectifs de la gestion d'Eternit Italie. Ils sont accusés d'avoir provoqué une catastrophe sanitaire et environnementale permanente et enfreint les règles de la sécurité au travail.

Jean-Paul Teisssonnière, l’un des avocats des parties civiles attend beaucoup du verdict. «Avec ce procès, une nouvelle étape dans le droit de la sécurité au travail pourrait être franchie. Très souvent, le droit pénal du travail se borne à poursuivre les chefs d’établissement ayant des délégations de pouvoir, qui interdisent donc de remonter plus haut. Ici, la justice italienne est parvenue à toucher les dirigeants d’un groupe transnational. Il est clair qu’il s’agit d’un procès exemplaire.»

Le 4 juillet 2011, le parquet turinois a donc réclamé la peine la plus lourde possible pour ces délits, soit 12 ans, à laquelle il a ajouté 8 ans car les conséquences de ces actes délictueux se font encore sentir. Les personnes exposées peuvent en effet tomber malades plusieurs années après avoir inhalé des fibres d’asbeste.

Durant son réquisitoire, le procureur Raffaele Guariniello a souligné: «Je n'avais jamais vu une telle tragédie (...) Elle a touché différentes régions de notre pays, des salariés et des habitants. Elle continue à semer la mort et continuera à le faire, qui sait combien de temps».

Pour Bruno Pesce, coordinateur de l'association des familles des victimes de Casale Monferrato et Cavagnolo, le procès de Turin constitue un avertissement pour ceux qui utilisent encore ce matériau. Il l’affirme: «Il s'agit du plus grand procès en Europe relatif à des décès sur un lieu de travail et des morts dues à un environnement nocif».

Interrogé sur le futur verdict, Bruno Pesce répond: «Nous nous attendons à une sentence cohérente avec ce qui est ressorti durant le procès. Les documents et les témoignages fournis au cours du procès ont permis de dresser un tableau qui dépasse l'imagination, mettant en évidence une conduite criminelle planifiée de manière systématique. Nous espérons une sentence proportionnelle à l'immense désastre provoqué par Eternit». Mais Bruno Pesce fait remarquer que l'absence des accusés au procès «est certainement une fausse note, qui résulte d'un comportement caractérisé par le refus de débattre et d'affronter à visage découvert ses propres responsabilités».

Interrogé sur d’éventuels recours, le coordinateur répond: «Je pense qu’il y aura certainement des appels parce que, d'une façon ou d'une autre, il n'y aura pas de résignation face à la décision en première instance. C'est inévitable».

Un second procès sera également inéluctable selon lui: «On pourrait l’appeler Eternit-bis, pour les dizaines de nouveaux cas découverts et qui ne sont pas concernés par le procès actuel. Il ne s'agit pas d'un acharnement judicaire, l'amiante continue malheureusement à faire des ravages, complète le représentant des victimes. Cette affaire a aussi un relief international pour deux raisons: c'est le premier procès fait à une multinationale de ce niveau, et on continue malheureusement d'extraire et d'utiliser l'amiante dans 70% des pays de notre planète».

En 2007, selon les données de l'Institut d'études géologiques des Etats-Unis, plus de 2 millions de tonnes d’amiante ont été consommées dans le monde. La Chine est le principal consommateur (30%), suivie de l'Inde (15%), de la Russie (13%), du Kazakhstan et du Brésil (5%).

Des dizaines de milliers de personnes meurent chaque année d’un cancer de la plèvre ou d’une autre maladie respiratoire liée à l’amiante. En France 35.000 personnes en sont mortes entre 1965 et 1995, et entre 50.000 et 100.000 nouveaux décès sont à prévoir au cours des 20 prochaines années malgré l’interdiction de toute importation ou commercialisation depuis 1997. L'amiante a été interdite définitivement dans toute l'Union européenne en 2005, plusieurs pays ayant pris les devants dans les années 1990.

«Ce procès devrait contribuer à une meilleure prise de conscience et constituer un avertissement pour ceux qui continuent à travailler avec l'amiante. Ces décès doivent enseigner quelque chose au reste du monde, où l'on envoie à la mort des milliers de personnes», conclut Bruno Pesce.

 

Sur le même sujet:

http://www.journaldelenvironnement.net/article/eternit-ou-en-est-on-du-proces-italien-de-l-amiante,23000

http://www.journaldelenvironnement.net/article/proces-eternit-italie-la-defense-des-deux-ex-dirigeants-demande-l-acquittement,25366

 

 

 



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