Prix de l'eau: des profits critiqués

Le 31 janvier 2006 par Christine Sévillano
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L'UFC-Que choisir dénonce les marges nettes réalisées par les opérateurs de l'eau dans les grandes villes à partir d'une étude sur les coûts de revient des services de l'eau et la facture du consommateur. L'association s'attaque surtout à la nature duopolistique du marché de l’eauqui laisse peu de place à d'éventuels concurrents.

L'association de consommateurs l'UFC-Que Choisir poursuit sa croisade dans le domaine de l'eau et s'attaque désormais à la facturation de l'eau. Sur la base d'une enquête menée dans 31 villes de taille différente, l'UFC-Que choisir a comparé les prix de revient des services de l'eau et les prix facturés aux consommateurs. «Nous voulions vérifier si les prix constatés ont une justification économique sans forcément nous arrêter sur une comparaison entre les villes», explique Alain Bazot, le président de l'association. Et c'est la surprise: les grandes villes, dans lesquelles les économies d'échelle devraient jouer en faveur de tarifs moins élevés qu'en zone rurale, affichent «des taux hors normes». L'UFC-Que choisir a basé son analyse sur la base d'une cinquantaine de rapports des syndicats des eaux ou des collectivités locales. Elle s'est également renseignée sur des éléments empiriques comme le prix des canalisations et elle s'est entretenue avec des responsables de services des eaux.

«Notre premier étonnement a porté sur le traitement de l'eau, on le dit très cher, mais une usine alimente plusieurs milliers de personnes. Le coût s'échelonne entre 0,14 et 0,22 euros le mètre cube (m3) et ce quelle que soit la qualité de l'eau», affirme François Carlier, chargé de mission à l'UFC-Que choisir. Sur la phase de distribution, on constate une inégalité entre communes rurales et agglomérations: si dans le premier cas, on compte 22 mètres de canalisation par habitant, on en compte 3 mètres dans les grandes villes, soit un impact plus favorable à ces dernières. Le taux de renouvellement a été surestimé avec une hypothèse à 0,8%. Pour l'assainissement, l'UFC a constaté un coût assez élevé concernant les stations d'épuration, d'autant plus important quand elles sont très automatisées. «Pourtant les économies de densité ne jouent pas en faveur des agglomérations ce qui révèle donc d'importantes marges réalisées par les opérateurs», poursuit François Carlier.

Les taux de marge nette des agglomérations sont tous supérieurs à 25%: il est de 26% à Lille, 30% à Paris, 33% à Strasbourg ou 42% à Lyon, et même des villes moins importantes révèlent des taux impressionnants comme Angers avec 33% ou Reims à près de 42%. «Notre champion toutes catégories est le Syndicat des eaux d'Ile-de-France (Sedif) qui dégage une marge de 60%», souligne Alain Bazot. Ce qui signifie 60 euros de marge pour 100 euros facturés. Et ce alors que selon une étude de l'Insee, les marges nettes des entreprises se situent entre 4 et 18%, et que pour l'industrie, elles se chiffrent à 10%. Dans les villes moyennes, le constat est plus mitigé puisque Saint-Raphaël présente un taux de plus de 44% mais des villes comme Laval ou Aurillac sont davantage proches des taux évalués par l'UFC. Dans des petites communes, exceptées les villes de Juvisy et de Montbrisson, l'eau peut être parfois sous-facturée, ce qui s'explique selon François Carlier, par une absence de séparation d'avec le budget général.

L'association demande tout d'abord au Sedif de renégocier son contrat sans attendre son échéance prévue à 2011. «Si on prend une marge normale de 15%, les Franciliens pourraient faire une économie de 230 millions d'euros par an», s'insurge Alain Bazot. L'UFC-Que choisir demande que la problématique soit intégrée dans le projet de loi sur l'eau, qu'un Haut conseil de l'eau soit créé, afin qu'il donne des indicateurs de prix de l'eau en fonction de différents paramètres économiques et ce dans une plus grande transparence. Elle suggère également que le Conseil de la concurrence rende un avis à chaque contrat conclu dans les villes de plus de 100.000 habitants et que les parlementaires ouvrent une mission d'information sur la concentration industrielle. «Il faut réintroduire de la concurrence dans ce marché duopolistique et créer des alternatives comme la régie. Et pourquoi ne pas démanteler le duopole pour assainir le marché?», conclut le président. Seul problème: cette étude n'a pas pris en compte la destination réelle des marges et ne répond pas à la question de savoir quelle est la part de celles qui sont réinvesties. En particulier dans le cadre de la remise aux normes de l'assainissement…




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