Pripiat, ville symbole

Le 25 avril 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pripiat, désormais capitale de la zone interdite de Tchernobyl.
Pripiat, désormais capitale de la zone interdite de Tchernobyl.
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Cité prospère abritant les opérateurs de la centrale de Tchernobyl, Pripiat n’est plus que la capitale fantôme de la zone interdite.

C’est la ville deux fois maudite. Pripiat est la ville abandonnée dont les photographies illustrent tous les reportages consacrés à la catastrophe. Pourtant, c’est le nom de sa petite voisine, Tchernobyl, dont tout le monde se souvient. Mais le monde entier garde encore à l’esprit les images de la grande roue abandonnée, des auto-tamponneuses arrêtées à tout jamais, des barres d’immeubles vidées, des grandes avenues Lénine ou des héros de Stalingrad qui ne voient plus passer que cerfs et hardes de sangliers. Tout cela est Pripiat, la ville modèle de l’Union soviétique.

Chantier de choc

Construite pour abriter le personnel pléthorique de la centrale nucléaire Lénine, Pripiat a été achevée en 1970. «Ce fut un chantier de choc du komsomol», rappelle la journaliste-essayiste Galia Ackerman. On dirait ici un chantier de jeunesse, où les jeunes pionniers soviétiques allaient, l’été, donner un coup de main aux terrassiers, maçons et autres ouvriers. Histoire d’accélérer, patriotiquement, la cadence.

A 500 km de Tchernobyl, dans la grande plaine russe de Koursk, les Soviétiques ont construit en même temps la centrale jumelle de celle de Tchernobyl et une ville en tout point semblable à Pripiat. Deux différences cependant, et non des moindres: nombre des habitants de Kourchatovium continuent de travailler dans la centrale nucléaire, récemment modernisée, et la ville est désormais affublée d’une église orthodoxe flambant neuve.

Sortie de cette terre de marais et de bois, Pripiat est la ville-modèle de l’Union soviétique. Elle abritera jusqu’à 49.000 habitants, dont la moyenne d’âge ne dépassera pas 30 ans. Située à 2 kilomètres de la centrale nucléaire, mais à 120 km de Kiev, la capitale de l’Ukraine, elle est dotée de tous les équipements dont rêvent les peuples soviétiques: maternités ultramodernes, jardins d’enfants, centres culturels et sportifs, restaurants, hôtels, appartements confortables, night club. Le tout à proximité immédiate de belles forêts et de la tranquille rivière Pripiat, aux nombreuses plages.

Au matin du 26 avril 1986, les habitants découvrent avec étonnement les lueurs d’un incendie nappées d’un important panache de fumées. Les pompiers et les secouristes ont quitté leur logement et la caserne. Mais personne ne semble s’en soucier. Fruit du génie soviétique, la centrale Lénine est la plus sûre du monde. Plus important que l’incident, il faut poursuivre les préparatifs des festivités du 1er mai, fête nationale en URSS. Projeté aux visiteurs du musée de la catastrophe, à Kiev, un film amateur montre la population de Pripiat vaquant tranquillement à ses occupations en ce dimanche ensoleillé. Dans les jardins publics, les enfants jouent, alors que s’abat sur eux une pluie de particules radioactives, invisibles à leurs yeux bien qu’elles aient fortement impressionné la pellicule.

Sur la région de Pripiat pèse une terrible réputation. Durant la ‘grande guerre patriotique’, les troupes nazies ont sauvagement massacré partisans, civils, ainsi que les juifs, nombreux alors. Dans les ruines de la ville de Tchernobyl, on devine, rue Spasskaya, les restes de la synagogue. A proximité du cimetière juif, un petit monument de ciment blanc rappelle les atrocités commises en novembre 1941 par les soldats allemands. Jusqu’à la fin des années 1990 vivait, à proximité de la centrale, le Chêne des partisans, où les Allemands pendirent de nombreux résistants.

Il faudra attendre le lendemain, 11 h, pour que tombe l’ordre d’évacuation de la ville, désormais très contaminée. Durant tout l’après-midi, 1.200 bus emmènent plus de 40.000 personnes. Il n’est alors question que de quitter la ville pour trois jours. Trente ans plus tard, Pripiat n’est plus que la capitale fantôme de la zone d’exclusion. Etablie dès 1986, cette ‘zone’ s’étend sur 2.600 km2. Elle n’est, en principe, ouverte qu’aux personnels œuvrant au démantèlement des installations nucléaires et à la décontamination. Dans les faits, elle abrite encore plusieurs dizaines d’irréductibles qui ont refusé de quitter leur maison ou y sont revenus par la suite. Malgré eux, ces samosely cohabitent parfois avec des trafiquants de bois, de métaux ou des braconniers.



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