Prévoir les rejets industriels

Le 17 novembre 2004 par Claire Avignon
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noaa pollution
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L'université technique de Madrid a développé avec l'Institut de physique lituanien un logiciel de prévision des pollutions qui fonctionne 24 heures sur 24. Son utilisation par des villes a prouvé sa fiabilité. En France, le marché des applications frémit dans l'attente d'un effet de levier réglementaire.

Les logiciels de prévision de dispersion des polluants atmosphériques pourraient s'ouvrir à un autre marché que celui des collectivités territoriales et des associations de surveillance de la qualité de l'air de type Airparif. Les industriels sont de plus en plus intéressés le suivi en temps réel et la prévision des impacts de leur rejets atmosphériques. «Je suis en négociation avec plusieurs entreprises, notamment deux gros producteurs d'électricité espagnoles», annonce Roberto San José, chercheur à l'Université madrilenne. Ce physicien espagnol a développé avec l'Institut de physique lithuanien et la société Indra un logiciel de simulation de la dissémination des polluants dans le cadre d'un projet Eureka. Le résultat, nommé "Teap" pour Tool evaluating air quality impact of air pollution, permet de mieux prévenir les pics de pollution. Elaboré à partir de modèles climatiques et de dispersion développés en partie par l'Agence de protection de l'environnement américaine (EPA), le logiciel calcule pendant 18 heures à partir des conditions initiales différents scénarios pour les 48 à 72 heures suivantes. Un système d'alerte par e-mail ou SMS peut être mis en place, ce qui permet de prendre des mesures préventives. Jusqu'à présent, Teap était utilisé par une dizaine de villes telles que Madrid, Leicester (Royaume-Uni) et Quito (Equateur).

Les industriels n'ont pour le moment aucune obligation de connaître le devenir de ce qu'ils rejettent: «Mais la législation risque de changer dans les prochaines années», estime Armand Albergel, directeur général et cofondateur d'Aria technologies (2,7 millions d'euros de chiffre d'affaires). L'entreprise qui appartient à Air liquide développe depuis plus de dix ans des modèles de prédiction utilisés par les industriels uniquement pour l'étude d'impact de leurs installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). Aujourd'hui, la société partage ses activités sur trois marchés de taille égale: les industriels, les collectivités territoriales et les bureaux d'étude. Mais depuis un an, Aria technologies cherche, à l'instar de Roberto San Jose, à développer ses compétences pour les industriels.

Deux prototypes ont été mis en place, l'un dans une usine de Doubaï (Emirats arabes unis), l'autre dans un incinérateur parisien. «C'est une aide au dimensionnement des systèmes de surveillance. Le logiciel montre les endroits qui méritent un plus grand contrôle», explique Armand Albergel. En outre, au-delà d'une meilleure gestion des épisodes de pollution, la généralisation de ces systèmes permettrait de mieux comprendre l'impact des sources de pollution sur son environnement, et ce pour une seule usine et non la zone industrielle ou la ville dans son ensemble.

Dans certains cas, une étude approfondie clarifirait les responsabilités des émetteurs de rejets. «Je prends souvent l'exemple des oxydes d'azote (NOx) émis dans la ville de Rouen, continue le directeur d'Aria technologies. On y accuse perpétuellement les usines car, sur la moyenne annuelle, leurs émissions s'avèrent plus importantes que celles liées au transport. Mais si l'on y regarde de plus près, les pollutions industrielles ne sont pas aussi dangereuses qu'on veut bien le faire croire puisque les cheminées les rejettent très haut et donc permettent une meilleure dispersion. Au contraire, les émissions dues aux véhicules sont directement localisées à l'intérieur des agglomérations et sont très concentrées dans le temps, le matin et le soir.»

Les logiciels de prévision scientifiquement et techniquement sont aboutis pour être commercialisés à grande échelle. Les modèles physiques ont atteint un grand niveau de précision, tout en ayant un rayon d'action large, de l'ordre de 400 kilomètres. Les ordinateurs sont devenus suffisamment puissants. Les marges d'erreur sont principalement liées à la difficulter de modéliser les aléas météorologiques.


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