Prévoir l'évolution du climat, c'est (presque) possible

Le 18 juin 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Représentation de oscillation atlantique multidécennale.
Représentation de oscillation atlantique multidécennale.
van Oldenborgh et al

En intégrant les effets sur le climat des grandes oscillations océaniques, des chercheurs français avancent sur la voie de la prévision, à 10 ans, des changements climatiques. Une petite révolution.

C’est l’une des principales demandes des décideurs en matière de climatologie.

Politiques, entrepreneurs, urbanistes ou planificateurs de grandes infrastructures n’ont cure de savoir si la température moyenne grimpera, dans le monde, de 1,5°C ou de 2°C d’ici 2050. Pour savoir où et comment construire (adaptation), les bâtisseurs de la France de demain veulent savoir comment évaluera le climat dans les années qui viennent et à l’échelle la plus réduite possible. Hélas, les efforts des climatologues et des modélisateurs n’ont pas été couronnés de succès.

Jusqu’à présent (et le prochain rapport du Giec le redira), ils peuvent «tout juste» annoncer les évolutions plausibles de certains grands phénomènes régionaux (les moussons, par exemple) ainsi que les possibles changements de régime de précipitations. Un laboratoire privé français est en train de changer la donne.

Peu connu du grand public, le Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique (Cerfacs) est un labo privé développant, pour le compte d’industriels, des simulations numériques complexes: combustion, comportement d’aéronefs, etc. Comptant parmi ses dirigeants le climatologue Laurent Terray, il travaille aussi sur la modélisation du climat, l’une des plus complexes qui soient.

Adossé à Météo France et aux universités de Reading et de Toronto, et financé par la fondation BNP Paribas, le labo toulousain vient d’achever la première phase de son programme Preclide de prévisibilité du climat à court terme.

Prévoir les changements climatiques, rappelle Laurent Terray, suppose bien sûr de connaître le système climatique global, les effets des forçages naturels (variations du rayonnement solaire, éruptions volcaniques) et anthropiques (accroissement des concentrations de gaz à effet de serre, usages des sols), ainsi que leurs interactions.

Par exemple, les émissions de polluants atmosphériques russes assombrissent la glace arctique qui, réfléchissant moins la lumière solaire, contribuent à réchauffer (et à faire fondre) les glaciers. De quoi alimenter le moteur de l’élévation du niveau des mers.

La mer, c’est justement la grande préoccupation des chercheurs du Cerfacs. Les autres climatologues n’ont jamais mis de côté cet acteur majeur de notre système de climatisation planétaire. Mais ils ne l’ont sans doute pas suffisamment pris en compte. C’est du moins l’avis de Laurent Terray, dont la méthode tient compte de la capacité des oscillations océaniques, atlantiques et pacifiques à moduler le réchauffement climatique. Ce qui n’est pas sans effet local.

Intégrer au «reste» du système climatique et de ses interactions la variabilité interne de l’océan permet de modéliser l’évolution du climat à 10 ans. «Nous avons ainsi mis en évidence une anti-corrélation entre l’oscillation atlantique multi-décennale et le débit du Salat, un petit affluent de la Garonne», indique Laurent Terray.

Les premiers résultats de Preclide montrent qu’en intégrant dans les modèles l’état de l’océan réel aux dates de démarrage de la prévision, la prévisibilité du climat à 10 ans est de qualité, notamment sur l’Atlantique Nord et l’Europe, et en particulier pour les températures. Pour se faire la main, les chercheurs ont simulé l’évolution du climat pour la période 1960 à 2005, bien documentée.

Même si beaucoup reste à faire avant de classer Preclide dans la catégorie des outils de prévision, Laurent Terray estime que si nous ne réduisons pas nos émissions, la température augmentera, en France, de 1,5 à 2°C d’ici 2050. Bien plus que l’évolution enregistrée entre 1750 et 2000.



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