Présidentielles: deux visions opposées de l’écologie

Le 20 février 2012 par Stéphanie Senet et Geneviève De Lacour
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Corinne Lepage et Corinne Morel-Darleux
Corinne Lepage et Corinne Morel-Darleux

Après avoir présenté de façon expresse leur programme sur l’environnement au cours du colloque organisé par France Nature Environnement le 28 janvier, les candidats détaillent actuellement leur feuille de route. Ce 20 février, ce fut le tour de l’avocate centriste Corinne Lepage et de Corinne Morel-Darleux, secrétaire nationale à l’écologie du Parti de Gauche et conseillère régionale du Front de Gauche en Rhône-Alpes.

Corinne Lepage a fait de l’énergie le cœur de son programme, en rappelant que l’heure était à la «troisième révolution industrielle (1)», c’est-à-dire celle de la convergence des énergies renouvelables (ENR) avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Sa transition énergétique, elle l’imagine «avec une sortie du nucléaire», «toutefois impossible à réaliser avant 20 à 25 ans», a-t-elle estimé. La construction d’un nouvel EPR n’a aucun sens à ses yeux, à cause de son coût pharaonique de 6 à 8 milliards d’euros, d’autant plus que «cette installation sera obsolète dès le milieu du XXIe siècle». Elle propose donc d’arrêter la construction de tout nouveau réacteur, y compris celui de Flamanville.

Quant aux centrales anciennes, «les stress tests communautaires indiqueront quelle centrale fermer en priorité, à commencer par Fessenheim», a précisé Corinne Lepage. Curieusement, elle nuance toutefois ce projet ambitieux en proposant d’organiser un référendum pour demander aux Français «s’il faut construire de nouvelles centrales».

Sur la même longueur d’onde que Jean-Luc Mélenchon, la représentante du Front de Gauche se déclare, quant à elle, pour la sortie du nucléaire même si elle avoue que le sujet ne fait pas l’unanimité au sein de sa formation. Favorable à un grand débat citoyen, elle souhaite qu’il soit conclu par un référendum. «On ne nous a jamais demandé notre avis sur le nucléaire, il serait temps que le débat ait lieu», précise-t-elle avant d’ajouter: «Le Parti de Gauche est pour la sortie du nucléaire avec une fermeture progressive des centrales en fin de vie (30 ans).» Mais lorsqu’il s’agit de préciser la question qui serait posée lors de ce référendum, Corinne Morel-Darleux avoue qu’elle n’a pas encore été définie au sein de sa formation.

Corinne Lepage base sa transition énergétique sur un développement rapide des énergies renouvelables, avec l’objectif d’atteindre 25% de la consommation en 2020 et 34% en 2030. L’investissement s’élève à 70 Md€, qu’elle souhaite répartir entre les entreprises, les consommateurs et les fonds publics. Selon elle, cela devrait créer 130.000 emplois directs et indirects d’ici 2020. Au cœur de ce projet se trouve le programme Soleil (SOLutions Energétiques d’Investissements de Long terme) regroupant un plan d’action et un fonds à hauteur de 300 Md€. Celui-ci servira à financer en priorité le solaire photovoltaïque, thermique et thermodynamique, une vraie filière éolienne offshore, le développement du stockage massif de l’électricité, les smart grids, les matériaux innovants pour l’efficacité énergétique et la rénovation des habitations anciennes, la biomasse de 2e et 3e génération, enfin le soutien à la recherche sur le CO2 comme source d’énergie.

Concernant le financement, il serait alimenté par la réaffectation des subventions publiques aux industries pétrolières et gazières (19 Md€ selon la Cour des comptes), l’affectation des recettes des enchères de quotas d’émission et la création de la fameuse taxe carbone, dont «Sarkozy s’est fait le fossoyeur», a rappelé Corinne Lepage, qui a précisé qu’elle ne rallierait aucun candidat au premier tour et que sa consigne pour le second serait le non à Sarkozy. Autres mannes financières: la création d’un livret Soleil pour l’épargne des ménages, qui serait centralisé à la Caisse des dépôts. L’avocate veut aussi augmenter les taux de la future taxe française sur les transactions financières de façon à dégager 3 Md€ contre 1,1 telle qu’elle est prévue actuellement.

En matière d’énergie, l’élue Front de Gauche préconise un plan massif d’économie d’énergie basé sur l’isolation des logements et la réalisation d’efforts en matière d’efficacité énergétique. Elle préconise aussi l’interdiction des surconsommations inutiles comme les panneaux publicitaires. A un terme non esquissé, la production énergétique serait fournie par les énergies renouvelables: géothermie de surface, éolien, solaire, géothermie profonde, technique qui semble beaucoup séduire Jean-Luc Mélenchon. Et pour accélérer la transition du modèle énergétique français, le Front de Gauche propose la renationalisation d’EDF, de GDF Suez et Areva et la nationalisation de Total pour créer un grand pôle public de l’énergie. Son rôle sera de gérer les centrales nucléaires jusqu’à leur fermeture et de mettre en œuvre le scénario Negawatt.

Pour financer le programme du Front de Gauche, Corinne Morel-Darleux propose une imposition du revenu du capital au même niveau que le revenu du travail mais avec un impôt plus progressif divisé en 14 tranches. Les revenus supérieurs à 360.000 € annuels seront imposés à 90%. Le Font de Gauche se déclare pour la sortie des marchés concurrentiels de l’énergie et de l’eau avec un retour à la gestion de l’eau en régie.

Après l’énergie, l’économie. Corinne Lepage privilégie le «produire local» qu’elle différencie du «produire français» en insistant sur la production locale d’électricité (ou décentralisation énergétique), les activités agricoles biologiques (objectif de 10% de la surface agricole utile dans 10 ans) ou «à haute productivité environnementale» (avec suppression de toutes les aides défavorables à la nature), et les circuits courts. Elle veut aussi encourager l’économie circulaire par la création d’une nouvelle fiscalité en faveur de la réutilisation des matières premières. A noter qu’elle s’est clairement engagée en faveur de l’abandon progressif de l’incinération au profit de la méthanisation (dans un premier temps dans les exploitations agricoles), ainsi que pour la redevance incitative (paiement selon la pesée embarquée).

Autre axe prioritaire: la santé, en particulier celle des enfants, qui donnera lieu à un plan national de prévention ainsi qu’au renforcement des moyens de la médecine scolaire. «Il faut aussi être plus sévère au niveau des normes sur la qualité de l’eau, de l’air et sur la toxicité des produits chimiques», a-t-elle précisé.

Concernant l’habitat, elle compte construire 500.000 logements en France par an et rénover le bâti ancien, en donnant la main aux communes pour piloter ces grands chantiers. Autre idée: créer une législation encourageant la remise en l’état des friches urbaines, grâce à leur dépollution, «afin d’éviter la dispersion urbaine».

Enfin, Corinne Lepage a détaillé son nouveau modèle de gouvernance «pour sortir du bonapartisme actuel, en rendant leurs voix aux syndicats et aux associations», a déclaré l’ancienne ministre de l’environnement. Au programme, un doublement paritaire au sein du gouvernement (aussi bien homme-femme que société politique–société civile), un grand Conseil de la société civile et des générations futures (sorte de Conseil économique, social et environnemental renforcé), l’entrée de la société civile au sein des conseils d’administration des banques, le renforcement des moyens d’instruction du pôle financier et du pôle environnemental au niveau judiciaire. Sans oublier la création d’un tribunal pénal international en charge des crimes environnementaux.

En matière de politique européenne, Corinne Morel-Darleux a fustigé l’effet néfaste de certaines directives dont certaines «ne devraient pas être suivies», tout en soulignant dans la même phrase l’intérêt de la réglementation Reach sur les produits chimiques. Elle évoque une certaine «désobéissance» européenne et la sortie de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Et lorsqu’elle parle du Grenelle de l’environnement, l’élue Front de gauche, condamne «la contradiction permanente qui existe entre les bonnes intentions affichées et le manque de moyens pour les appliquer».

Si Corinne Lepage occupe pleinement le chapitre environnemental de cette campagne, elle n’a toujours pas recueilli les 500 signatures nécessaires. Quant aux intentions de vote, elles sont encore plus faibles que celles allant à Eva Joly: 0,5% selon le sondage Opinionway du 20 février contre 2% pour la candidate d’Europe-Ecologie-les Verts.

 

 

 



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