Présidentielle: la société civile veut (vraiment) lutter contre la précarité énergétique

Le 21 février 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La pauvreté énergétique coûte plus de 600 M€ par an à la sécurité sociale
La pauvreté énergétique coûte plus de 600 M€ par an à la sécurité sociale
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Un collectif d’associations et d’entreprises propose de relancer la lutte contre la précarité énergétique, en la ciblant prioritairement sur les logements occupés par les foyers les plus modestes. Un programme aux bénéfices sociaux, économiques et environnementaux, estime-t-il.

A chaque jour, son interpellation des candidats à la présidentielle. Ce mardi 21 février, ce sont leurs (supposées) fibres environnementales, sociales et économiques que des représentants de la société civile ont tenté de faire vibrer.

A l’initiative de la fondation Abbé Pierre, une demi-douzaine d’ONG, d’entreprises et de bailleurs ont présenté leur scénario ‘Rénovons’[1]. Le sujet n’a rien de neuf, malheureusement. Il s’agit du énième plan depuis des lustres visant à lutter (on n’ose parler d’éradication) efficacement contre la précarité énergétique.

 

7,4 millions de passoires énergétiques

Les chiffres sont connus. La France compte environ 7,4 millions de ‘passoires énergétiques’. C’est-à-dire des logements dont la consommation énergétique est supérieure à 331 kilowattheures par mètre carré et par an (classes F et G du diagnostic de performance énergétique). Parmi les occupants de ces appartements et maisons individuelles: 2,6 millions de ménages modestes, qui représentent près de la moitié des 5,8 millions de ménages en situation de précarité énergétique, rappelle l’Observatoire de la précarité énergétique.

 

Urgent d’attendre

Pour réduire la précarité énergétique (qui touche un ménage sur 10), réduire les consommations d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre du secteur résidentiel, il est donc urgent d’engager une politique efficace de rénovation desdites passoires énergétiques. Consensuel, cet objectif était déjà au cœur de la loi Pope de 2005, de la loi Grenelle I et, bien sûr, de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte de 2015 (LTECV).

 

Années-lumière

Ce dernier texte impose la rénovation des logements les plus énergivores à l’horizon 2025, notamment par la rénovation «performante» de 500.000 logements par an, dès 2017. Nous en sommes à des années-lumière. En 2014, souligne l’étude Open, 288.000 rénovations «performantes ou très performantes» ont été réalisées, dont 19% sur des passoires. A ce rythme, 500.000 de ces logements engendrant la pauvreté énergétique auront été traités en 2025: 7% de l’objectif fixé par la LTECV.

 

Détecter les précaires

Comment expliquer pareil échec? Par une accumulation de difficultés et de barrières que les pouvoirs publics n’ont pas pu éviter. «Il reste très difficile de détecter les personnes en situation de précarité énergétique», reconnaît Bernard Thibaud, secrétaire général du Secours catholique. De plus, les solutions à apporter varient selon que l’on souhaite donner un coup de pouce à des propriétaires occupants sans difficultés, des propriétaires modestes ou des locataires.

 

Sécuriser les investissements

Autre problème: le manque de ressources. Le produit de la mise aux enchères des quotas français d’émission de gaz à effet de serre finance, en principe, 40% (pour 2017) du budget d'intervention de l’Agence nationale de l’habitat (Anah). Or ce revenu est, par définition, fluctuant. Et voilà de nombreuses années que les cours du carbone européen se traîne à des niveaux très inférieurs à ceux escomptés par les promoteurs de l’ETS.

Les rédacteurs du scénario Rénovons fustigent aussi l’inadaptation de l’Etat («dont les services fonctionnent en silo»), et le désintérêt total des banques («qui ne promeuvent par l’éco-prêt à taux zéro»).

Réduire à néant le nombre de passoires énergétiques permettrait de réduire de 41 térawattheures la consommation énergétique nationale et de diminuer de 6 millions de tonnes par an les émissions de gaz à effet de serre.

 

 

Sortir de l’impasse

Comment faire pour sortir de l’impasse? Le collectif propose une dizaine de mesures visant, d’une part, à améliorer la gouvernance de la politique étatique, d’autre part à améliorer l’efficacité des aides aux travaux (quitte à mettre un peu plus au pot), et à faire monter en gamme la qualité des travaux réalisés. Il s’agit enfin d’impliquer les occupants dans la rénovation de leur logement, notamment en facilitant leur détection et en améliorant leur accompagnement.

La mise en œuvre de ces mesures permettrait, estiment les rapporteurs, de mobiliser 80 milliards d’euros en 8 ans, dont 44 milliards financés par le secteur privé (les propriétaires, notamment). A charge pour l’Etat d’injecter 36 milliards. Ce qui ne représente qu’un milliard de plus par an par rapport à ses engagements actuels.

En rénovant effectivement 500.000 passoires énergétiques par an, le programme permettrait d’alléger (de 512 €/an, en moyenne) le montant de la facture des plus modestes, d’éviter 666 M€ de dépenses annuelles à la sécurité sociale, de créer 126.000 emplois non délocalisables. Les investissements étant «intégralement récupérés [par l’Etat] dès 2043», grâce aux recettes fiscales et économies générées par l'activité et l'amélioration du niveau de vie des ménages.

 

 


[1] Les premiers signataires du scénario sont la fondation Abbé Pierre, le Secours catholique, le comité de liaison Energies renouvelables (CLER), le réseau Action Climat, Soliha, et la société Effy de conseil en efficacité énergétique.

 



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