Préserver la diversité génétique des plantes pour ne pas mourir de faim

Le 27 octobre 2010 par Célia Fontaine
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Le riz Nerica peut-il sauver l'Afrique?
Le riz Nerica peut-il sauver l'Afrique?

La terre pourra-t-elle continuer à nourrir l’homme demain ? L’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) semble pessimiste. Son rapport sur « l’Etat des ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture dans le monde », publié le 26 octobre, montre que la perte de biodiversité végétale menace la sécurité alimentaire du globe.

Depuis la publication du premier rapport de la FAO sur ce thème en 1998, la situation s’est dégradée. Si la faim a reculé dans certains pays, elle a gagné du terrain dans d'autres.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Il y a eu peu d’investissements dans l'agriculture depuis 1980. Résultat, on se trouve face à une pénurie d'experts agronomes qualifiés, surtout dans les pays en développement. Les jeunes, faute d'incitations, se tournent vers des activités plus lucratives à court terme.

D’autre part, « les prix des carburants et des denrées alimentaires ont considérablement augmenté. La mondialisation a progressé et, dans certains pays, les importations alimentaires à bas coût ont menacé la richesse de la diversité locale », précise le document. Entre 1900 et 2000, 75 % de la diversité des cultures a été perdue.

Les effets du changement climatique sur la diversité végétale se font de plus en plus ressentir. « Le changement climatique et l'insécurité alimentaire croissante sont des défis de taille pour les systèmes agricoles du monde », expliquent les experts. « La perte de biodiversité aura un impact majeur sur l'habileté du genre humain à se nourrir demain, lorsque l'humanité comptera 9 milliards de personnes en 2050 et que les plus pauvres du monde seront les plus touchés », poursuivent-ils.

Que faut-il faire pour inverser la tendance ? Il faudra déployer des efforts « extraordinaires » pour préserver la biodiversité. Pour la FAO, il faut commencer par accroître l'utilisation durable de la diversité végétale. Un défi qui passe par la recherche. « Il existe des milliers d'espèces sauvages apparentées aux plantes cultivées qui doivent encore être collectées, étudiées et documentées, car elles recèlent des secrets génétiques qui leur permettent de résister à la chaleur, aux sécheresses, à la salinité, aux inondations et aux ravageurs », précise Jacques Diouf, le directeur général de la FAO.

Doit-on comprendre qu’il faut passer par les organismes génétiquement modifiés (OGM)? Pas exactement. La FAO reprend l’exemple du riz « Nerica », le riz à maturation rapide qui a « transformé l’économie locale de certains pays d’Afrique », selon les termes du communiqué. Il est obtenu par le croisement des deux espèces de riz cultivé, Oryza sativa (l’espèce asiatique) et Oryza glaberrima (l’espèce africaine), dû aux chercheurs du Centre du riz pour l’Afrique.

Le Nerica est considéré comme un hybride interspécifique, mais pas du type normalement désigné par l’expression « semence hybride ». Il ne s’agit pas non plus d’un OGM dans la mesure où « il ne procède d’aucune modification génétique, même si des techniques biotechnologiques, comme le sauvetage d’embryon, ont été utilisées au cours du processus », peut-on lire sur le site Robin-woodward, un espace éditorial collectif multilingue.

Cependant, ce riz miracle inquiète : quelles vont être les conséquences d’un déploiement rapide et massif pour les paysans ? Ne menace-t-il pas la survie des variétés locales de riz et des autres cultures vivrières traditionnelles ?

Selon le rapport de la FAO, 50 % de l'augmentation des rendements des cultures au cours des dernières années résulte de l'introduction de nouvelles variétés de semences. L'irrigation et les engrais comptent pour l'autre moitié.

« Une utilisation plus large et meilleure des ressources génétiques et de la biodiversité des cultures vivrières stimulera la conservation. Des systèmes adéquats doivent être mis en place pour rendre de nouvelles variétés accessibles aux agriculteurs par le truchement du secteur public et d'autres acteurs », indique le rapport.

Un point positif est souligné, l’augmentation du nombre et de la taille des banques de gènes. Elles seraient actuellement quelque 1.750 à travers le monde, dont environ 130 détiennent chacune plus de 10.000 entrées (échantillons). Par exemple, la Svalbald Global Seed Vault, établie en 2008 en Norvège, possède la collection de sauvegarde de sécurité ultime de la diversité végétale mondiale. « Sur les 7,4 millions d’échantillons conservés dans le monde, les banques de gènes nationales en conservent environ 6,6 millions, dont 45 % dans seulement 7 pays, contre 12 en 1996 ». On doit ce résultat au Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture. Ratifié par 125 pays, il met notamment en place un système mondial permettant de fournir un accès aux matériels phytogénétiques aux agriculteurs, aux sélectionneurs de végétaux et aux scientifiques.



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