Présentation de la feuille de route énergétique pour 2020

Le 04 juin 2009 par Sonia Pignet
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Le ministre en charge de l’environnement, Jean-Louis Borloo, a présenté hier la feuille de route en matière d’infrastructures énergétiques à l’horizon 2020. Elle prend la forme de trois documents prospectifs dans les secteurs de l’électricité, du gaz et de la chaleur. Au programme: réduction de la consommation, développement des énergies renouvelables et déclassement de la moitié des centrales à charbon.

Accompagné de Pierre-Franck Chevet, chef de la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), le ministre d’Etat Jean-Louis Borloo a présenté les programmations pluriannuelles des investissements (PPI) de production électrique et de chaleur, et le plan indicatif pluriannuel des investissements (PIP) dans le domaine du gaz (1). Ces plans, dont l’objectif est d’orienter les décisions économiques en fonction de la politique énergétique et de «permettre aux acteurs du marché d’avoir une vision à long terme», a précisé Pierre-Franck Chevet, ont été cette année «grenellisés»: élaborés sous le contrôle d’un comité de suivi regroupant les 5 parties (industriels, associations, syndicats, collectivités territoriales et représentants de l’Etat), ils prennent en compte l’impact qu’auront les décisions du Grenelle de l’environnement sur la situation énergétique française en 2020.

L’un des principaux effets du Grenelle sera «la décroissance inédite de la demande», a indiqué Jean-Louis Borloo. Alors que la consommation énergétique française devrait être de l’ordre de 202 mégatonnes-équivalent pétrole (Mtep) en 2020 d’après le scénario tendanciel, les mesures du Grenelle permettraient de la faire baisser à 167 Mtep (contre 177 Mtep à l’heure actuelle), soit une diminution de 17%. Autre impact majeur, l’évolution du mix énergétique vers des énergies moins carbonées, avec des énergies renouvelables pour atteindre l’objectif de 23% fixé par l’Europe. «Il faut multiplier par 400 la production du solaire photovoltaïque, par 2 celle de bois-énergie, par 6 la géothermie et par 12 les réseaux de chaleur», a poursuivi Jean-Louis Borloo. Enfin, les évolutions dues au Grenelle devraient aussi permettre de «réduire les émissions de gaz à effet de serre à hauteur de 24% en 2020, bien au-delà des 14% auxquels s’est engagée la France», a ajouté le ministre.

C’est donc sur ces objectifs que se basent les PPI. En termes d’énergies renouvelables, elles préconisent notamment de développer la biomasse tout en étant vigilant à la ressource effectivement disponible et aux risques de conflit d’usage, et de poursuivre les efforts sur le solaire photovoltaïque. «Un encadrement réglementaire des fermes au sol est nécessaire», préviennent cependant les auteurs de la PPI électricité. Concernant la sécurité d’approvisionnement énergétique, les incertitudes sur la durée de vie du parc nucléaire (l’Autorité de sûreté nucléaire étudie actuellement la possibilité de prolonger au delà de 40 ans la durée de fonctionnement du parc existant) et le rythme de concrétisation des scénarios de rupture voulus par le Grenelle de l’environnement appellent à la prudence, estiment-ils: «Il convient de disposer d’une marge de manœuvre». C’est ce qui justifie, selon le gouvernement, la construction de deux réacteurs nucléaires de nouvelle génération d’ici 2020, et le maintien d’un parc thermique, mais modernisé. «Nous prévoyons d’arrêter les centrales à charbon les plus polluantes à la fin de 2015 [soit un déclassement de 50% des centrales], et de n’autoriser que les centrales s’inscrivant dans une logique de la chaîne complète CSC (captage et stockage du CO2)», a expliqué Jean-Louis Borloo. Enfin, la PPI électricité précise que la variable d’ajustement sera l’exportation d’électricité.

Si le Syndicat des énergies renouvelables saluepositivement ces PPI pour la place donnée aux énergies renouvelables, il n’en est pas de même des associations. Dans un communiqué, Greenpeace déplore que «dès la première réunion du comité de suivi […] la construction d’un deuxième EPR ait été posé comme un acquis non discutable». «Il est impensable de se fixer comme objectif d’augmenter de manière importante la part des renouvelables et les efforts de la maîtrise de la consommation sans réfléchir à la diminution de la part du nucléaire dans le mix français», estime Frédéric Marillier, chargé de campagne Energie à Greenpeace France, qui qualifie les justifications de «grotesques et scandaleuses». La fédération France nature environnement (FNE) est également insatisfaite: «Les PPI reposent sur des solutions techniques contraires à l’environnement», estime Arnaud Gossement, son porte-parole. D’une part les moyens alloués au nucléaire n’iront pas aux énergies renouvelables, et d’autre part «l’approche carbocentriste, qui ne tient pas compte de la biodiversité par exemple, est insuffisante», indique-t-il. De plus, FNE s’étonne que la PPI prévoit de n’autoriser que les centrales à charbon avec CSC, alors même que cette technologie n’est pas encore expérimentée (2). «Le document parle d’émissions réduites, mais c’est faux. Le CO2 sera enfoui», reproche également Arnaud Gossement.
Enfin, les deux associations critiquent la base même du plan, qui raisonne en terme de maîtrise et non pas de réduction de la production énergétique. «Peut-être aurait-il fallu faire évoluer les PPI», suggère Arnaud Gossement.

(1) Les PPI seront évaluées par l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques et transmis au Parlement, avant de faire l’objet d’un arrêté publié au Journal Officiel.
(2) Dans le JDLE: «Succès pour le Fonds démonstrateur de l’Ademe»


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