Près de 3 millions de Français exposés à une eau contaminée

Le 26 janvier 2017 par Stéphanie Senet
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Forte contamination dans les régions agricoles
Forte contamination dans les régions agricoles

2,8 millions de Français boivent une eau du robinet polluée par les pesticides, nitrates et bactéries, selon l’étude publiée ce 26 janvier par l’UFC-Que Choisir. Un nouveau signe de l’échec des politiques nationales de réduction des intrants agricoles.

 

Mieux vaut éviter la campagne et la montagne pour avoir une eau de qualité au robinet. Dans ces zones, les habitants des petites communes de 500 habitants sont les plus exposés aux pesticides, nitrates et bactéries. Telles sont les conclusions de la nouvelle étude de l’association de consommateurs, dont le champ d’investigation s’est élargi à 50 critères[1] de qualité, appliqués aux données des agences régionales de santé[2] des 35.000 communes françaises.

Herbicides en tête

Sans surprise, les pesticides représentent, et de loin, la première pollution des réseaux d’eau potable. Détectés sur 5% du linéaire total, ils appartiennent surtout à la famille des herbicides (19 molécules sur les 20 les plus répandues), comme l’atrazine (interdit mais rémanent dans l’environnement) ou le glyphosate. Une exposition à ces substances est liée à des risques de cancer et de troubles des systèmes nerveux et hormonal.

Les habitants des régions agricoles sont bien sûr les plus touchés, en particulier dans les villages du bassin parisien (cf. carte), Hauts-de-France, Nord de la Loire, Sud-Ouest et Languedoc-Roussillon. «De petites villes sont également contaminées, comme Tremblay-en-France, Sens, Lens, Tarbes ou Auch», observe Olivier Andrault, chargé de mission à l’UFC-Que Choisir.

Nitrates et bactéries

Dans une moindre mesure, 0,8% des réseaux de distribution (qui alimentent 226.000 personnes) affichent des taux inquiétants de nitrates. On les retrouve surtout dans les zones d’agriculture intensive, et en particulier le bassin parisien et les Hauts-de-France. Avec des risques de méthémoglobinémie chez les nourrissons (maladie du ‘bébé bleu’).

Dans une proportion équivalente, la pollution bactériologique touche 0,7% des réseaux. Soit 215.000 personnes, des Pyrénées, Massif central et Alpes, potentiellement exposées à Escherichia Coli et aux entérocoques, à cause de surveillances défaillantes ou d’installations vétustes.

Arsenic et sélénium

Naturellement présents dans la nature, l’arsenic et le sélénium touchent respectivement 0,4% et 0,3% des réseaux d’eau potable. Si la toxicité du sélénium reste à préciser, l’exposition à l’arsenic implique notamment des risques de cancer de la peau.

La carte interactive diffusée par l’UFC-Que Choisir sur son site permet en un clic de connaître la qualité de l’eau du robinet de sa commune.

Par ailleurs, le mauvais état des canalisations est encore responsable de pollutions au plomb, notamment à Nice, Toulon, Dijon, Avignon, Créteil, La Rochelle, Albi, ou Saint-Brieuc… Les canalisations des logements de 1.200 communes sont touchées, mais il est pour l’heure impossible d’évaluer précisément la population exposée. Ce qui pousse l’UFC-Que Choisir à demander un audit national des contaminations provenant des canalisations, en vue de soutenir les rénovations effectuées par les particuliers. Même chose pour le nickel, le cuivre, ou le chlorure de vinyle monomère, celui-ci relargué par des canalisations en PVC de mauvaise qualité, installées avant les années 1980.

Echec politique

«Ce bilan signe l’échec des politiques de réduction des produits phytosanitaires, basées uniquement sur le volontariat, comme Ecophyto 1 et 2», commente Alain Bazot. Alors que 92% des cours d’eau restent pollués par des pesticides et que les nitrates s’infiltrent de façon croissante dans les nappes souterraines, l’association appelle à «une nouvelle politique agricole de l’eau, qui réduise réellement les intrants et engage la responsabilité des agriculteurs».

Aujourd’hui, la dépollution des eaux coûte entre 640 millions et 1,2 milliards d’euros par an en France, selon la Cour des comptes. Un coût pris en charge par les consommateurs à hauteur de 87% dans le cadre des redevances payées aux agences de l’eau, contre 6% seulement par les agriculteurs, selon le principe inéquitable du «pollué-payeur».



[1] Soit 8 fois plus que la précédente étude. Ces critères regroupent les seuils réglementaires et des référentiels de qualité.

[2] Ont été passées en revue les données comprises entre février 2014 et août 2016.

 

 

 

 


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