Près d’un poisson sur deux est pêché durablement

Le 03 février 2020 par Stéphanie Senet
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Les sardines rapetissent sous l'effet du réchauffement
Les sardines rapetissent sous l'effet du réchauffement
Ifremer

49% des stocks pêchés en France sont dans un bon état écologique, selon le bilan annuel publié le 31 janvier par l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). Par ailleurs, les sardines et les anchois rapetissent sous l’effet du réchauffement climatique.

«Le verre est à moitié plein. Mais s’il se remplit depuis les dernières années, il tend à se remplir moins vite», résume le président de l’Ifremer François Houllier, en référence à l’état des stocks de poissons en 2019.

Selon le bilan annuel de l’Institut, 49% des volumes pêchés sont issus d’espèces exploitées durablement, contre 15% seulement il y a 20 ans. Des progrès mis sur le compte de «l’adoption de quotas qui accélèrent le renouvellement des populations, et à l’utilisation d’outils de pêche plus intelligents et plus sélectifs», estime l’Institut.

6% des populations en cours de reconstitution

Dans le détail, le résultat est toutefois un peu moins bon. 43% seulement des populations affichent un bon état complet, c’est-à-dire un effort de pêche et une biomasse compatibles avec l’objectif de rendement maximal durable (RMD). C’est le cas de l’anchois et du merlu du Golfe de Gascogne, et de la coquille Saint-Jacques de la Manche.

Les 6% restants sont plus mal en point, avec une pression de pêche dans les clous mais une biomasse encore insuffisante. Leur population est donc en train de reconstituer. Comme le thon rouge en Méditerranée et le bar en Manche et Mer du Nord. A condition que les pêcheurs les laissent tranquilles.

51% de surpêche dont 5% en état très critique

Côté surpêche, 51% des captures sont concernées. Là encore avec des nuances. 23% d’entre elles affichent en effet une biomasse compatible avec le RMD mais un effort de pêche trop important. Comme l’églefin de mer Celtique, le maquereau d’Atlantique, et la sardine du Golfe de Gascogne.

3% sont dans un état critique, avec une pression largement supérieure au RMD et une biomasse de reproducteurs ne permettant pas le renouvellement des populations. C’est la situation du chinchard d’Atlantique et du merlan en Mer du Nord et Manche-Est.

Enfin 2% des populations sont dans un état d’effondrement avancé, comme le cabillaud de Mer du Nord et Mer celtique et le merlan de Mer celtique.

23% hors des radars

Enfin, 6% des populations s’avèrent non classifiées et 17% d’entre elles non évaluées. Ce qui montre le manque de connaissances dans l’Hexagone, même si l’étendue des données progresse chaque année.

Sardines et anchois rapetissent

Une nouveauté actée cette année: les sardines rapetissent. Leur poids est divisé par 2, et leur taille réduite de 3 à 4 centimètres depuis 2009 dans le Golfe de Gascogne. Même chose dans le Golfe du Lion avec un poids divisé par 3 et une taille inférieure de 3 cm. «Nous avons étudié plusieurs hypothèses et avons rapidement écarté la surpêche, les maladies et le nombre de prédateurs, qui n’évoluaient pas. Cette tendance s’explique en revanche par la combinaison de deux facteurs, la hausse des températures de l’eau et la baisse de la taille du plancton au cours des vingt dernières années», explique Martin Huret, chercheur halieute à l’Ifremer, qui observe la même tendance pour l’anchois, mais sans incidences sur l’abondance de la population d’ici à 2050. Résultat : «les poissons sont trop petits pour être commercialisés et les captures de sardine ont régressé, en Méditerranée, de 20.000 tonnes en 2008 à 2.000 t en 2019», conclut-il.