Prenons garde aux cadavres radioactifs

Le 09 mai 2011 par Geneviève De Lacour
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Non, il ne s’agit pas d’un mauvais polar mais bien d’une réalité. Les corps des personnes décédées des suites d’un cancer sont radioactifs en raison des traitements subis et peuvent poser problème une fois incinérés. Le niveau de radioactivité dépend du type de traitement subi et du temps écoulé entre le traitement et le décès. Pour cette raison, selon un article paru aujourd’hui 9 mai dans le journal belge Le Soir, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire belge (AFCN) a envoyé une lettre à tous les hôpitaux et crématoriums du pays pour leur rappeler les précautions à prendre.

Si un patient vient à décèder peu de temps après avoir reçu le traitement médical nucléaire, son corps est considéré comme une dépouille radioactive. Il émet de faibles doses de rayonnement, et doit faire l’objet d’une surveillance particulière, tant dans la manipulation que dans la crémation. «Les substances présentes dans le corps sont en effet libérées par le processus de crémation», rappelle l’agence, qui recommande de respecter un certain «délai de précaution», jusqu’à 632 jours dans le cas d’un cancer de la prostate et 303 jours pour le traitement de métastases osseuses.

«L’utilisation des substances radioactives à des fins médicales ne cesse de croître. Et le nombre annuel de crémations augmente continuellement. Le patient devient lui-même une source permanente de rayonnement jusqu’à la décroissance radioactive de la substance ou son élimination par voie naturelle», signale l’agence belge. En 2010, 50.809 personnes ont été incinérées en Belgique. Soit 1.500 de plus que l’année précédente. Le pourcentage de Belges incinérés varie entre 28 et 66% en fonction des régions. En France, la moyenne nationale est de 30% et c’est l’Autorité de sûreté nucléaire qui réglemente ce genre d’activité.

Le personnel médical doit aussi prendre des mesures de précaution. Il est possible, indique l’agence, que le personnel des hôpitaux ou des crématoriums entre en contact direct avec de la matière contaminée et subisse une contamination externe à la radioactivité. L’inhalation ou l’ingestion de matières contaminées peuvent entraîner une contamination interne. «Si le décès survient avant le terme du délai de précaution, il est préférable d’inhumer», dit l’AFCN. Mais si les proches insistent pour procéder à une incinération, des mesures s’imposent. Dans certains cas, un report de la crémation peut être exigé, «sauf s’il est procédé à l’ablation de l’organe radioactif».

Pour y voir plus clair, l’AFCN a procédé à des contrôles auprès de certaines installations. «Des valeurs de césium 137 supérieures au fond de rayonnement naturel ont bien été constatées dans certains crématoriums à hauteur de l’installation de lavage des fumées et à proximité des récipients contenant des résidus de pellets de charbon actifs utilisés», confirme l’organisme. Ces résultats peuvent s’expliquer par la présence de radioactivité dans les dépouilles de défunts, et aussi par l’utilisation, pour la confection du cercueil, de bois bon marché présentant une radioactivité trop élevée. Mais selon l’autorité belge, si ces résultats ne nécessitent pas de mesures particulières, la prudence s’impose. «Car à force d’habitude, le personnel risque de perdre les bons réflexes», justifie un expert.

Les dépouilles posent-elles problème? Selon une enquête menée sur un crématorium, seule 1 dépouille sur 500 présente un niveau de radioactivité supérieure au bruit de fond. Le spécialiste en radioprotection qui surveille la crémation peut interdire la dispersion des cendres, interdire aux proches de les emporter ou imposer une urne incassable ou en matériaux spéciaux. Il est possible de «délimiter un espace autour du cercueil, par exemple avec des gerbes de fleurs, ou limiter le temps de présence des femmes enceintes et des enfants autour du cercueil». Par ailleurs, une autre tendance préoccupe l’agence, celle des urnes funéraires emportées à domicile et celle des bijoux contenant des cendres de personnes incinérées: «Là aussi, des restrictions supplémentaires pourraient être imposées», dit l’AFCN.



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