Premiers cas de fièvre Crimée-Congo en Espagne

Le 14 septembre 2016 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Hyalomma marginatum se plait dans le midi
Hyalomma marginatum se plait dans le midi

La fièvre hémorragique de Crimée-Congo a enfin posé un pied en Europe de l’ouest, avec deux premiers cas espagnols, dont un mortel, survenus en août. Rien n’exclut l’arrivée de cette maladie en France: l’un de ses principaux vecteurs, à savoir la tique Hyalomma marginatum, semble bien présent sur le littoral méditerranéen et en Corse.

Causée par un virus de la famille des Bunyaviridés, la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, mortelle dans 5% à 30% des cas selon les pays, est endémique en Afrique, dans les Balkans, au Moyen-Orient et en Asie. Elle se contracte soit par piqûre de tiques, soit par contact avec du sang ou des tissus d’animaux infectés, voire par transmission interhumaine via les sécrétions corporelles.

Le 1er septembre, le Centre européen de contrôle et de prévention des maladies (ECDC) rapportait la survenue de deux premiers cas survenus en Espagne, dont l’un, mortel, chez un homme de 62 ans probablement infecté par piqûre de tique lors d’une randonnée près d’Avila, en Castille-et-León.

Quant au deuxième, il s’agit de l’une de ses infirmières, contaminée lors des soins. Depuis, environ 200 personnes de leur entourage ont été mises sous surveillance. Le Telegraph, quotidien britannique, a par ailleurs évoqué deux autres cas, non confirmés par l’ECDC pour l’instant.

En Espagne, premiers soupçons en 2010

Il s’agit des premiers cas de fièvre de Crimée-Congo relevés en Europe occidentale. Dans la zone Europe définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), c’est la Turquie qui est le pays le plus touché, avec près de 9.800 cas survenus entre 2002 et 2015, dont 4,8% de mortels. Dans l’Union européenne, seule la Bulgarie est touchée, avec 8 cas en 2014 –la Grèce a aussi connu un cas, en 2008, près de la frontière bulgare.

En Espagne, la présence du virus avait été suggérée chez des tiques Hyalomma lusitanicum prélevées chez des cerfs, en 2010 dans la province de Cáceres à l’ouest du pays. Hypothèse la plus probable, il y serait arrivé via des tiques infectées transportées par des oiseaux migrateurs en provenance d’Afrique. Nul ne sait encore si le virus à l’origine des deux cas humains correspond à une souche africaine ou autre, par exemple balkanique.

Le vecteur présent en France

Qu’en est-il du risque pour la France? Le pays, qui n’a à ce jour connu qu’un cas importé (en 2004 à Rennes, chez une femme de 31 ans séjournant régulièrement au Sénégal), n’est théoriquement pas à l’abri, mais il s’agit d’un risque pour l’instant lointain.

«Le risque pour la France est pour l’instant minime, voire inexistant, mais on sait que la tique vecteur de CCHF est présente sur le territoire, et donc, pourrait potentiellement héberger le virus», explique Sylvain Baize, responsable du Centre national de référence (CNR) sur les fièvres hémorragiques virales à l’Institut Pasteur de Lyon, contacté par le JDLE.

La présence d’une population établie de tiques Hyalomma marginatum, principal vecteur méditerranéen, était déjà connue en Corse, surtout sur les chevaux. Or une étude lancée en 2015 par le Cirad[i] révèle que l’arthropode est aussi présent dans le sud de la France continentale, de manière permanente et parfois en abondance. Cette tique a ainsi été observée en plusieurs points de l’Hérault (Mèze, réserve naturelle de l’Estagnol au sud de Montpellier, etc.) ainsi qu’en Petite Camargue (Grau-du-Roi et Aigues-Mortes).

Pas de tique infectée pour l’instant

«On ne sait pas quand elle est arrivée: il y a encore 40 ans, on pensait que celles qu’on trouvait avaient été apportées au stade immature par les oiseaux, mais qu’elles n’étaient pas capables de trouver les conditions climatiques favorables pour s’installer durablement», explique Laurence Vial, chercheuse à l’unité «Contrôle des maladies animales exotiques et émergentes» (CMAEE, Cirad/Inra, Montpellier), contactée par le JDLE. «La distribution des tiques évolue, en fonction des modifications du climat et des paysages», ajoute-t-elle.

A ce jour, aucune des tiques H. marginatum, parmi celles analysées en Corse, n’a été trouvée porteuse du virus, mais les analyses se poursuivent. «Toutefois, la présence de tiques immatures a été observée sur des oiseaux migrateurs, signe de possibles incursions de tiques infectées provenant d’Afrique, mais aussi sur des oiseaux résidents qui permettent l’amplification de leur cycle de développement», ajoute l’unité CMAEE dans une analyse publiée le 7 septembre.

De nombreuses inconnues demeurent, notamment quant aux animaux réservoirs du virus (oiseaux, mammifères), mais aussi quant à la biologie de la tique. «Nous avons encore très peu de données qui nous permettent de déterminer quelle est la probabilité et quelles sont les étapes nécessaires, lorsqu’une tique infectée arrive via un oiseau migrateur, pour que les tiques autochtones soient à leur tour contaminées», ajoute Laurence Vial.



[i] Cirad: Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement; Inra: Institut national de la recherche agronomique.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus