Prématurité et grossesse écourtée pour les femmes exposées au chlordécone

Le 15 janvier 2014 par Marine Jobert
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Les bananeraies, pulvérisées pendant plus de 30 ans avec du chlordécone.
Les bananeraies, pulvérisées pendant plus de 30 ans avec du chlordécone.
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Luc Multigner de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) de Pointe-à-Pitre, poursuit sa traque des effets du chlordécone sur l’organisme humain. Après avoir mis en évidence un risque accru de cancer de la prostate chez les hommes ayant été fortement exposés à cet organochloré interdit aux Antilles depuis 1993, après avoir établi que les nourrissons exposés in utero souffraient de développement moteur et cognitif[1], le chercheur vient de publier[2] dans la revue American Journal of Epidemiology des conclusions sur l’impact de l’exposition maternelle au chlordécone sur la durée de la grossesse et le risque de prématurité[3].

60% de prématurité

Près de 800 femmes[4] ont été incluses au cours de leur troisième trimestre de grossesse, principalement au CHU de Pointe-à-Pitre/Abymes et au CH de Basse-Terre. Leur exposition au pesticide a été estimée par un dosage dans le sang maternel, prélevé lors de l’accouchement. Parmi les paramètres pris en compte, les chercheurs ont étudié l’âge des parturientes, leur indice de masse corporelle avant le début de la grossesse, leur lieu de naissance, leur statut marital, leur niveau de scolarité, l’hypertension gestationnelle, le diabète gestationnel, et ont collecté des données sur d’autres polluants, comme les PCB.

Conclusions: l’exposition maternelle au chlordécone a été retrouvée associée «de manière significative» à une durée raccourcie de la grossesse, ainsi qu’à un risque augmenté de 60% de prématurité. «Ces associations pourraient être expliquées par les propriétés hormonales, oestrogéniques et progestagéniques, du chlordécone», indique l’Inserm.

Perturbation endocrinienne

Le chlordécone est en effet considéré comme un perturbateur endocrinien et a été classé cancérogène possible pour l’homme par l’OMS. Ce pesticide a été massivement utilisé contre le charançon du bananier. Très persistant, on en retrouve dans 64% des mesures réalisées dans les cours d’eau en Guadeloupe et dans 74% en Martinique. Selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), la pollution due aux 1.250 tonnes de chlordécone déversées jusqu’à l’interdiction du pesticide ne disparaîtra pas avant 7.000 ans. La principale source de contamination des populations, plus de 20 ans après son interdiction, passe donc par l’alimentation.

Mieux sélectionner ses aliments

Dès maintenant, les chercheurs plaident pour que «toute mesure adaptée et permettant la réduction des expositions des femmes au cours de leurs grossesses» soit engagée. Ils incitent à la mise en place de moyens d’information destinés aux femmes enceintes portant sur les types d’aliments (en lien avec les circuits d’approvisionnement à risque) à éviter pendant leurs grossesses.

En septembre 2011, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) publiait une étude sur l’exposition alimentaire des jeunes enfants guadeloupéens. Une enquête, intitulée Kannari, portant sur les adultes a été lancée en septembre dernier dans les Antilles, pour évaluer l’exposition au chlordécone par la voie alimentaire des populations générales guadeloupéenne et martiniquaise, en associant les données de consommation recueillies dans l’étude aux niveaux de contamination des denrées connus par ailleurs. Les premiers résultats devraient être communiqués en 2015.

 



[1] Une moindre préférence visuelle pour la nouveauté se définit comme «la tendance du jeune enfant à regarder plus longuement un nouvel objet qu’un objet vu précédemment et devenu familier» et une motricité fine diminuée comme la capacité à saisir un objet entre les doigts et la paume.

[2] En collaboration avec l’Inserm de Rennes, le service de gynécologie-obstétrique du CHU de Pointe-à-Pitre/Abymes et le Center for Analytical Research and Technology de l’université de Liège.

[3] Accouchement avant la 37e semaine d’aménorrhée.

[4] Issues de la cohorte intitulée Timoun-enfant en créole menée par l'Inserm. Elle a pour objectif d’estimer l’impact sur le développement des jeunes enfants d’une exposition au chlordécone via l’alimentation.

 

 



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