Pré-accord de Paris: le coup de gueule des scientifiques

Le 11 décembre 2015 par Stéphanie Senet
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Pour Kevin Anderson le compte n'y est pas
Pour Kevin Anderson le compte n'y est pas

Plusieurs scientifiques européens ont tiré, ce 10 décembre, un bilan pessimiste du pré-accord de Paris.

 

Kevin Anderson n’a pas caché sa colère. «En l’état actuel, le texte proposé hier soir est aussi faible que l’accord de Copenhague, pour deux raisons principales. Il ne contient aucune référence à la fin des énergies fossiles et il exempte de toute obligation les transports maritime et aérien», explique le directeur du centre Tyndall de recherche sur le changement climatique de Manchester.

En clair, l’objectif avoué de limiter le réchauffement «très en dessous de 2°C d’ici la fin du siècle par rapport à l’ère pré-industrielle», comme le stipule le pré-accord, est irréalisable. «Si nous continuons sur un scénario business as usual jusqu’en 2020, le réchauffement dépassera de toutes façons 1,5°C», a assuré Joeri Rogelj, chercheur à l’Institut international d’analyse des systèmes appliqués.

 

Zéro énergie fossile en 2030

 

En clair, les scientifiques tirent le signal d’alarme. Si rien dans le texte actuel ne permet de limiter le réchauffement très en dessous de 2°C, tout reste ouvert et peut évoluer d’ici la fin des négociations.

Parmi les pistes attendues par les scientifiques, citons le pic des émissions en 2020, la décarbonation de l’économie, la fin programmée des énergies fossiles, ou encore la limitation des émissions du transport maritime et aérien. «L’Europe, l’Amérique du Nord et l’Australie doivent parvenir à atteindre l’objectif de zéro énergie fossile en 2030», estime Johan Rockström. Autre idée: que les prochaines COP aient le pouvoir d’évaluer et de réviser les engagements des Etats (INDC), afin d’éviter le grand débordement. En l’état actuel des INDC, le réchauffement attendu oscille entre 2,7°C et 3,7°C selon Steffen Kalbekken, directeur du Centre pour le climat et la politique énergétique (Cicero).

 

Quelle neutralité d’ici 2100?
Selon la version du projet de texte, remise dans la soirée du 10 décembre, l’article 3 vise «la neutralité des émissions de gaz à effet de serre dans la seconde moitié du siècle». Un nouveau concept qui vise à stabiliser la concentration des GES[1] visés par la convention dans l’atmosphère.
Si l’objectif est plus ambitieux que la «neutralité carbone» (zéro ajout de CO2) ou pire que la «neutralité climat», il reste «obscur» pour Joeri Rogelj, chercheur à l’Institut international d’analyse des systèmes appliqués. Pour son confrère Kevin Anderson, du centre Tyndall, «l’objectif masque même une volonté réelle de réduire sérieusement les émissions de GES». En clair, il ouvre la porte à la «compensation» des émissions issues des énergies fossiles.
Pour mémoire, la neutralité carbone a été évoquée par le Giec[2] tandis que la neutralité climat a été citée dans un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) en 2014 comme un objectif à atteindre entre 2080 et 2100.

 



[1] dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d’azote, hydrocarbures perfluorés, hydrofluorocarbures, hexafluorure de soufre

[2] Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



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