PPE : quel bilan environnemental ?

Le 01 mars 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les futures centrales photovoltaïques vont consommer jusqu’à 34.000 hectares.
Les futures centrales photovoltaïques vont consommer jusqu’à 34.000 hectares.
VLDT

Le gouvernement publie son évaluation environnementale de la mise en œuvre de la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). De quoi relancer la recherche et de nouvelles activités industrielles.

 

Il ne manquait plus qu’elle. Quelques semaines après la publication du projet de programmation pluriannuelle de l’énergie 2028 (PPE), le ministère de la transition écologique a publié l’évaluation environnementale de sa (future) mise en œuvre. Cette estimation n’a pas été faite à la va-vite: le rapport pèse ses 178 pages. Et il évoque aussi bien les effets sur la biosphère que les problèmes de voisinage avec des éoliennes ou la délicate gestion de la biomasse.

Pour ceux qui l’auraient oublié, la PPE a pour but ultime de réduire les émissions françaises (hexagonales, en l’occurrence) de gaz à effet de serre. Ce qui aurait, réduction des consommations d’énergies fossiles oblige, des effets sanitaires positifs. Moins de combustion de carburants routiers, c’est l’assurance de voir baisser les émissions d’oxydes d’azote, notamment en milieu urbain.

réduire les impacts

«L’impact global de la PPE est donc positif pour le climat et l’environnement mais il convient de réduire au minimum les impacts localisés résultant de la mise en œuvre des projets d’équipements et d’infrastructures», soulignent les rapporteurs. Mais ces impacts, quels sont-ils?

De tous ordres, à l’évidence. L’installation des 7 millions de bornes de recharges de véhicules électriques et d’une trentaine de gigawatts crête (GWc) de centrales photovoltaïques d’ici à 2030 sera consommatrice d’espace, et contribuera donc à l’artificialisation du territoire. Plus de 9% de l’Hexagone sont déjà noyés sous le bitume et le béton. Et chaque année, ce sont 60.000 hectares supplémentaires qui sont ainsi sacrifiés aux aménagements. Si aucune solution ne retient l’attention des experts pour réduire l’emprise au sol des bornes, ces derniers préconisent d’installer préférentiellement les futures centrales solaires sur des terrains dégradés (anciennes décharges, friches industrielles).

Le solaire a rendez-vous avec la terre. Il faut, en moyenne, entre 1 et 3 hectares de terrain pour installer 1 MWc de puissance photovoltaïque. Selon les auditeurs de la PPE, les énergéticiens devraient geler jusqu’à 34.000 ha à l’horizon 2023: 8 fois plus qu’aujourd’hui.

La production de chaleur renouvelable est l’un des sujets les plus problématiques. La multiplication annoncée du nombre de chaudières à bois et à biomasse va considérablement accroître la pression qui s’exerce sur la forêt. Avec des conséquences que l’on peut imaginer sur la biodiversité, la stabilité des sols, ou les paysages. A ce dernier égard, le rapport alerte sur la possible survenue «des conflits relatifs à l’usage de la biomasse [qui] peuvent émerger sur le territoire». Conflits que certains seraient susceptibles d’éviter en important massivement du bois d’Amérique du Nord, comme cela se pratique déjà.

Les experts du ministère de la transition rappellent aussi que rien ne sert de développer la production de chaleur (ou de froid) avec du bois brûlé dans des installations peu performantes et donc particulièrement émettrices de particules fines, notamment.

 

Les promoteurs de la géothermie sont aussi sous surveillance. Une trop grande densité de sondes géothermiques verticales pourrait sensiblement faire baisser la température du sous-sol. Or cette altération du gradient thermique «peut avoir un impact sur la biodiversité».

L’électrification du parc automobile ne sera pas sans conséquences sur notre demande de métaux précieux et de terres rares. «La politique publique doit rester vigilante sur ce point et inciter à poursuivre la recherche pour baisser la consommation de ressources[1] et inciter à des solutions plus économes avec des matériaux moins rares et recyclables.» Problème: la Chine est à la fois le premier exportateur mondial de terres rares et de… batteries de voitures électriques.

La question des matériaux stratégiques concerne aussi les industries photovoltaïque[2] et éolienne, notamment marine, cette dernière étant grande consommatrice de dysprosium et de néodyne. La construction des milliers d’aérogénérateurs prévus par le projet de PPE 2028 nécessitera de grande quantité d’autres matériaux: acier, béton, cuivre, fibres de verre. L’étude suggère la constitution de filières de recyclage. Elle préconise aussi la réutilisation des fondations d’éoliennes lorsque c’est possible.

préserver l'avifaune

Réalisé sans précautions, le triplement de la capacité éolienne installée ne sera pas sans conséquences non plus sur l’avifaune. A terre comme au large, les rédacteurs préconisent l’aménagement de couloirs de migration entre les parcs éoliens pour réduire le tronçonnage d’oiseaux et de chiroptères. En mer, des précautions devront être prises par les exploitants de turbines posées ou flottantes pour éviter le relargage des produits utilisés pour protéger les structures immergées: anodes sacrificielles, peintures anti-fouling.

appels d'offres

A plus long terme, l’évaluation rappelle la première des conséquences d’une réduction de la production d’électricité nucléaire: un fort accroissement de la production de déchets. Or, pour le moment, tous ces résidus n’ont pas d’exutoires prévus.

Les impacts de notre mutation énergétique sont donc importants. Mais il est possible, soulignent les rédacteurs, d’en minorer les effets. Par exemple, en adoptant des méthodes durables de sylviculture et en aidant les particuliers à s’équiper de foyers efficaces, pour ce qui est de la biomasse. En mettant en œuvre les principes de l’économie circulaire lors de la construction et de la déconstruction de grandes infrastructures (routes) ou d’installations énergétiques (parcs éoliens).

Les prochains appels d’offres éoliens et photovoltaïques devraient exclure les sites trop sensibles écologiquement et inciter (c’est déjà le cas) les promoteurs à utiliser les terrains dégradés.

 



[1] lithium, cobalt, manganèse

[2] sélénium, indium, tellure

 



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