PPE : Nicolas Hulot abat quelques cartes

Le 10 avril 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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PPE : un scénario est sur la table. Comment le mettre en oeuvre?
PPE : un scénario est sur la table. Comment le mettre en oeuvre?
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Le ministère de la transition écologique a présenté, ce mardi 10 avril, une esquisse de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Reste à savoir comment atteindre ses ambitieux objectifs.

 

Les Français ont désormais une base de discussion. Quelques jours après le lancement officiel du débat public sur la PPE (qui reste à écrire), la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) présentait, ce mardi 10 avril, «un exercice de scénarisation». Baptisé «scénario avec mesures supplémentaires», il est la concrétisation du plan Climat publié en juillet dernier par Nicolas Hulot.

Les mesures proposées, indique le ministère de la transition écologique, «n’ont pas vocation à être immédiatement inscrites dans la loi». Toutefois, elles servent de «briques de base à la révision de la stratégie nationale bas carbone et de la PPE». Dit autrement, c’est bien d’une trame de la prochaine programmation qu’il s’agit.

Nombreux objectifs

Quels objectifs se fixe l’équipe de Nicolas Hulot? Le scénario reprend à son compte ceux de la loi sur la transition énergétique: réduction de moitié de la consommation d’énergie finale entre 2012 et 2050, diminution d’un tiers de la demande d’énergies fossiles entre 2012 et 2030, consommation de 32% d’énergie renouvelable en 2030, limitation à 50% de la part du nucléaire dans la production d’électricité, multiplication par 5 de la production de chaleur et de froid renouvelables d’ici à 2030. Sans oublier d’aider les DOM-COM à devenir indépendants au plan énergétique. Enfin, l’esquisse de PPE doit aussi conduire le pays à la neutralité carbone.

Atteindre cette tripotée d’objectifs oblige, estime le département de l’effet de serre de la DGEC, oblige à asseoir la future politique Energie-Climat sur deux jambes: «des efforts très ambitieux d’efficacité énergétique» et un «recours réaliste» aux technologies.

Comment faire?

A l’horizon 2050, la France ne devra plus consommer qu'un millier de térawattheures par an d’énergies, contre 1.798 TWh/an en 2015 (hors usage non énergétiques). Comment faire? D’abord, en diffusant le plus largement possible les technologies propres et sobres disponibles, histoire de faire baisser au maximum la demande d’énergies.

 

 

Consommation énergie finale
en 2015 (TWh/an)

Consommation énergie finale
en 2050 (TWh/an)

Agriculture

54

30

Industrie

340

240

Tertiaire et résidentiel

804

420

Transports

600

360

Total

1798

1050

 

La baisse de la consommation étant actée, le gouvernement prévoit ensuite de décarboner la production d’énergie. La valorisation de la biomasse fait figure de grande gagnante. En 2050, la France consommera ainsi de 400 à 450 TWh/an d’énergie issue de la forêt et de l’agriculture, contre 185 TWh/an en 2015. Le tout en accroissant le puits forestier de carbone. Celui pourrait stocker une cinquantaine de millions de tonnes de CO2 par an: de quoi compenser les émissions incompressibles du secteur agricole.

Grande oubliée des débats médiatiques sur l’énergie, la chaleur produite par les calories du sol, de l’air, de l’eau et du soleil pourrait atteindre un seuil considérable: de 100 à 150 TWh/an. «Les contraintes techniques associées à ces énergies ne permettraient pas d’aller au-delà de ce potentiel.»

Forte accélération

Plus médiatique: l’électricité. Cette fois, il ne s’agit plus de décarbonation, l’électron français étant déjà décarboné à plus de 90%. L’exercice doit permettre de se doter d’un bouquet énergétique capable de produire plus, avec moins de nucléaire, et à bilan carbone comparable. Les énergies renouvelables sont à l’honneur: «Le niveau de production de 500 à 650 TWh/an est compatible avec le gisement technique identifié pour les énergies renouvelables mais nécessiterait pour la période au-delà de 2028 une forte accélération des rythmes de déploiement par rapport à ceux envisagés dans le cadre de la PPE ainsi que la disponibilité de nouveaux moyens de stockage et de flexibilité.» Ce qui n’est pas gagné.

Gros potentiel solaire

Fort heureusement, les potentiels sont considérables: 510 gigawatts crête (GWc) pour le solaire (au sol et en toiture), 50 GW pour l’éolien. De quoi produire, en théorie, 1.275 TWh. L’administration de Nicolas Hulot préfère s’en tenir (notamment pour réduire la consommation de surfaces par les centrales photovoltaïques) à un productible potentiel de l’ordre de 500 TWh/an. A cela, on peut ajouter 250 à 325 TWh/an de production nucléaire, d’ores et déjà disponibles. «Il apparaît donc qu’un besoin de 500 à 650 TWh/an de production électrique décarbonée peut être couvert avec plusieurs hypothèses de mix énergétique», confirment les services de la DGEC. Les écharpements entre pro et anti-nucléaire vont pouvoir se poursuivre.

Où mettre le CO2?

Bien évidemment, certaines industries (acier, ciment), certains secteurs (transports aériens et routiers) ne pourront totalement se passer d’énergies fossiles. Pour les premières, la DGEC préconise de recourir au captage-stockage géologique de gaz carbonique (15 à 20 Mt CO2/an), technologie que l’on croyait enterrée depuis l’abandon du projet Ulcos. De plus, rien ne dit que l’Hexagone dispose des structures géologiques capables d’accepter de tels volumes de gaz carbonique sur de longues périodes.

Le scénario ne souffle non plus mot sur les politiques à mettre en œuvre pour atteindre ces objectifs: 700.000 rénovations de logements par an, stabilisation des émissions du transport aérien en plein boom, valorisation de la biomasse, etc. «Il est clair que ni les politiques, ni les moyens à mettre en œuvre n’y sont pour parvenir à la neutralité carbone», confirme Alain Grandjean, ancien expert en chef du débat national sur la transition énergétique.

Avec quel argent?

Autre impasse: les sous. Chaque année, rappelle l’Institut pour l’économie du carbone (I4CE), il manque une trentaine de milliards d’euros pour réaliser les investissements nécessaires pour mettre la France sur la voie tracée par la loi sur la transition énergétique. Or la réalisation du scénario de PPE nécessitera des investissements autrement plus importants. Où trouver les fonds?

La fiscalité à la rescousse

Les experts proposent l’instauration de l’ineffable taxe carbone aux frontières, le durcissement de la fiscalité du carbone (au-delà de ce qu’envisageait le rapport Quinet de 2008), l’instauration d’un prix plancher aux quotas d’émissions de GES et surtout de «remonter significativement la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques [TICPE]»: quadruplement d’ici 2030, jusqu’à être multipliée par 8 en 2050. En 2014, la TICPE a rapporté 24 milliards d’euros. Le simple quadruplement, tel qu’envisagé par la DGEC, lèverait sans doute bien des freins au financement de politiques d’économie d’énergie, notamment. A condition, bien sûr, de mettre en œuvre des «politiques de redistribution ou de réflexion élargie sur la fiscalité».



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