PPE: le scénario pour le résidentiel et le tertiaire

Le 11 avril 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Plus facile de changer la RT pour le neuf que de financer la rénovation de 34 millions de logements.
Plus facile de changer la RT pour le neuf que de financer la rénovation de 34 millions de logements.

 

Le JDLE vous présente le scénario neutralité carbone pour le bâtiment. Des grandes masses, peu de mesures concrètes et pas de financement.

C’est à tout point de vue un poids dans les politiques énergétiques et climatiques. Le bâtiment, ou plus précisément les secteurs résidentiel et tertiaire, consomme 45% de l’énergie finale française. Mais, en partie grâce à l’importance du chauffage électrique, il n’est à l’origine ‘que’ de 19% des émissions nationales de gaz à effet de serre (GES). Impossible de ne pas prendre en compte les logements et les bureaux lorsque l’on élabore une stratégie visant à la neutralité carbone. Et le ministère de la transition écologique le fait.

34 millions de logements

Dans une note présentée mardi 10 avril, les services de Nicolas Hulot détaillent la contribution du secteur aval de la construction au projet national de neutralité carbone. L’objectif est simple: réduire de 46% la consommation d’énergie finale de 34 millions de logements et de plus de 900 millions de mètres carrés de bureaux chauffés. Le tout en trois décennies. Une paille.

Comment faire? Simple, nous dit la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC): «Il faudra jouer sur l’ensemble des trois leviers à disposition, à savoir l’efficacité énergétique, la décarbonation du mix énergétique ainsi que le niveau de demande.» Il suffisait d’y penser. Mais encore?

Le plus facile : le neuf

L’effort le plus facile à produire portera sur le neuf. Notamment en durcissant la réglementation thermique (RT). «L’hypothèse d’un plafond de consommation en énergie finale sur les 5 usages de la RT (chauffage, eau chaude sanitaire, éclairage, climatisation, ventilation) en complément du seuil en énergie primaire et du critère GES est envisagée à partir de 2025. L’objectif est d’inciter à une bonne isolation des logements. Cet objectif pourrait être aussi atteint via le critère ‘besoin bioclimatique’ (Bbio). Vers 2050, des niveaux d’environ 20 kWhEF/m2[1] et 0 kgCO2/m2 pour la phase d’utilisation des bâtiments pourraient par exemple être visés dans cette réglementation environnementale (RE)», annonce le ministère.

 

Pour réduire l’empreinte carbone de la construction des futurs bâtiments, le scénario ministériel vise une diminution de moitié par rapport au seuil défini dans le référentiel Energie-Carbone de juillet 2017.

 

Qui consommera quoi?

 

RT 2012

RT future

 

Maison

Appartement

Maison

Appartement

Gaz/biogaz

35%

70%

5%

5%

Electricité

6%

20%

5%

10%

Pompe à chaleur

45%

0%

65%

5%

Fioul

2%

0%

0%

0%

Bois

10%

1%

10%

25%

Chauffage urbain collectif

0%

9%

10%

50%

Solaire appoint et géothermie

1%

0%

5%

5%

Voilà pour le plus facile. Si l’on excepte, bien sûr, la capacité à trouver suffisamment de bois pour alimenter près de 4 millions de logements, de biomasse pour produire suffisamment de biogaz.

 

Quelles énergies pour le résidentiel en 2050? (en TWh/an)

 

Electricité

PAC

Réseau chaleur

Biomasse

Biogaz

ENR thermique

Total

Chauffage

5

45

38

25

13

2

128

ECS

4

11

6

0

1

6

28

Cuisson

22

0

0

0

5

0

27

Autres

71

0

0

0

0

0

71

Total (avec ventilation PAC)

106

56

44

25

35

45

254

% du bouquet

42%

 

17%

10%

14%

18%

 

 

 

 

Car le plus difficile sera de rénover le parc immobilier existant: un casse-tête pour les gouvernements depuis le Grenelle de l’environnement. La rénovation du parc d’ici 2050 impose de réaliser 700.000 chantiers par an: le triple du rythme actuel! Sans argent, le gouvernement propose plusieurs dispositifs: bonus-malus lié à l’atteinte des objectifs de performances énergétiques, taxation de la plus-value de la vente d’un bien immobilier inversement proportionnelle à la performance énergétique du bâtiment. Ces dispositifs devant s’appliquer lors du changement de locataire ou de la vente du logement.

mesures, plus ou moins coercitives

Si l’administration d’Edouard Philippe parvient à mettre en œuvre ces mesures, plus ou moins coercitives, il faudra faire en sorte que les travaux réalisés mènent le logement vers le niveau «basse consommation, tout en optimisant les coûts de la rénovation». Cela pourrait passer par le conditionnement des aides publiques à la réalisation d’un audit énergétique et à l’inscription des travaux à réaliser dans ledit audit.

 

Quelles énergies pour le tertiaire en 2050? (en TWh/an)

 

Electricité

PAC

Réseau chaleur

Biomasse

Biogaz

ENR thermique

Total

Chauffage

2,2

6,5

21,6

8,6

2,2

2,2

43

ECS

3,3

5

3,3

0

0,8

4,2

17

Cuisson

13,3

0

0

0

3,3

0

17

Autres

90

0

0

0

0

0

90

Total (avec ventilation PAC)

110

11

25

9

8

14

166

% du bouquet

66%

 

15%

5%

5%

8%

 

 

 

Mais l’amélioration de la performance énergétique n’est pas tout. Aussi réduite soit-elle, l’énergie qui sera consommée devra être la moins carbonée possible. D’où l’idée d’orienter les aides vers les systèmes de chauffage et d’eau chaude sanitaire vers les pompes à chaleur, le solaire thermique et, dans le logement collectif, vers le raccordement aux réseaux de chaleur urbains.

En attendant ELAN

Pour le tertiaire, l’équipe de Nicolas Hulot botte en touche. Et attend la publication d’un nouveau décret tertiaire, dont la première mouture avait été retoquée par le Conseil d’Etat en juin dernier. Sa nouvelle version devrait être publiée dans la foulée de l’adoption du projet de loi pour l’évolution du logement, l’aménagement et le numérique (ELAN), présenté la semaine passée en conseil des ministres. Le texte pourrait cibler les secteurs les plus gourmands et fixer des objectifs moins contraignants aux petits bâtiments.  



[1] Un niveau de 20 kWhEF/m2 correspond aux critères actuels pour les bâtiments recourant au vecteur électrique.

 



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