PPE: l’avenir est à l’électrification de l’industrie

Le 11 avril 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'industrie devra réduire de 38% sa consommation d’énergie entre 2010 et 2050.
L'industrie devra réduire de 38% sa consommation d’énergie entre 2010 et 2050.

Électrification à outrance et renforcement des contraintes carbone sont les deux mamelles de l’industrie française du futur.

L’industrie a déjà beaucoup donné à la décarbonation. Entre 1990 et 2013, les émissions de gaz à effet de serre du secteur manufacturier ont chuté de 40%. Avec moins de 90 millions de tonnes équivalent CO2 (MtéqCO2) par an, ses rejets se situent loin de ceux du transport (135 MtéqCO2), du bâtiment (100 MtéqCO2) et de … l’agriculture (92 MtéqCO2).

Atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 impose un effort de tous les secteurs, dont l’industrie. Celle-ci était d’ailleurs plutôt bien lotie. Hormis l’industrie lourde, qui doit participer au système communautaire d’échanges de quotas d’émission de gaz à effet de serre (ETS), le secteur secondaire n’est pas très contraint. En matière climatique, c’est tout juste si la loi sur la transition énergétique l’oblige à publier les risques que les effets du réchauffement font peser sur son activité (article 173).

240 TWh/an

Il va falloir mieux faire. C’est prévu. Le scénario concocté par la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) propose de réduire de 38% la consommation d’énergies de l’industrie entre 2010 et 2050. Elle s’établira alors (si toutes les usines sont encore là[1]) à 240 térawattheures (TWh) par an. Et devra, bien sûr, être quasiment décarbonée.

80% d’électricité

Pour le plus grand bonheur d’EDF et de ses concurrents, la décarbonation sera essentiellement le résultat d’une électrification massive de l’industrie: «Le mix énergétique envisagé dans l’industrie à l’horizon 2050 est à 80% électrique», écrivent les experts du ministère de la transition écologique. A moins d’utiliser un peu plus de biogaz. Mais les ressources en biomasse (massivement valorisées dans le domaine de la production d’énergie) sont limitées.

Décarboner le reste

Mais certains industriels peuvent difficilement se passer d’hydrocarbures: naphta pour la production de plastique, gaz naturel pour les engrais, charbon pour l’acier. Au total, ces usages proprement industriels représentent 140 TWh/an (ou 13 Mtep/an). Comment faire pour les réduire?

Prix plancher

D’abord en accroissant, régulièrement mais sûrement, les coûts de production. Par exemple, en introduisant un prix plancher aux quotas de l’ETS. L’argent ainsi capté pouvant aider les entreprises à moderniser leurs installations. Plusieurs pilotes de fours métallurgiques utilisent de l’hydrogène plutôt que du charbon. Cette technologie pourrait être généralisée. En revanche, le recours au captage-stockage de carbone, envisagé un temps pour les hauts fourneaux de Florange, semble définitivement abandonné. Du moins pour l’industrie. Les experts préconisent aussi un développement du recyclage, voire de l'économie circulaire, moins consommateurs de ressources naturelles et d'énergie que la production à partir de matières vierges.

 

Non sans malice, les rédacteurs du scénario anticipent une baisse progressive du rythme de construction de bâtiments, ce qui devrait faciliter l’atteinte de ses objectifs par le secteur du ciment.

Gaz fluorés

Comme souvent, la fiscalité pourrait avoir son mot à dire. Lors de la présentation de son plan Climat, Nicolas Hulot avait ainsi annoncé une taxation des gaz (à effet de serre) fluorés. Validée, cette mesure devrait être assortie d’une obligation d’entretien des pompes à chaleur. Ce couple de mesures va conduire «à l’utilisation de solutions moins émettrices via le remplacement des outils de façon progressive».

Bien sûr, certains secteurs d’activité (souvent aidés par ailleurs) referont surgir le spectre de la ‘fuite de carbone’: trop de nouvelles contraintes réduiront la compétitivité des entreprises françaises qui iraient donc se réfugier à l’étranger où le droit à polluer est plus laxiste.

Le retour de la fuite de carbone

Né avec l’instauration de l’ETS, en 2005, ce fantasme ne s’est jamais concrétisé. Il reste toutefois un argument de négociation pour les entreprises pouvant facilement relocaliser leur production, les cimentiers, par exemple. Qu’à cela ne tienne: la DGEC sort ses arguments traditionnels: projet de taxe carbone aux frontières (née sous la mandature de Nicolas Sarkozy), outils réglementaires interdisant les produits ayant un contenu carbone trop élevé ou un mauvais bilan environnemental.



[1] Les rédacteurs du scénario font le pari que la France ne connaîtra pas de ré-industrialisation importante d’ici à 2050.

 



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