PPE: l’Ademe entre dans le débat

Le 22 mai 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Arnaud Leroy, nouveau président de l'Ademe, estime qu'il faut investir dans la durée dans les ENR.
Arnaud Leroy, nouveau président de l'Ademe, estime qu'il faut investir dans la durée dans les ENR.
VLDT

 

L’agence présidée par Arnaud Leroy présente un ambitieux scénario couplant maîtrise de la demande et développement des énergies renouvelables. Hélas, faute de financement et de plan national de rénovation des bâtiments, ce programme pourrait rester lettre morte.

 

Deux mois après son lancement officiel, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) fait son entrée dans le très confidentiel débat sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Ce mardi 22 mai, Arnaud Leroy a présenté à quelques journalistes le cahier d’acteur de l’agence qu’il préside.

«Il a deux entrées, souligne l’ancien député socialiste[1], d’une part la baisse de la consommation d’énergie, sujet rarement mis en avant et qui est essentiel; d’autre part, un fort développement des énergies renouvelables et pas seulement électriques.»

MDE et ENR

Reprenant les fondamentaux de ses trois scénarios Visions 2035-2050, électricité et gaz renouvelables, le bras séculier du ministère de la transition écologique préconise de baisser d’un tiers les consommations d’énergie et d’accroître de 70% la production d’énergies d’origine renouvelable. Le premier objectif devant être atteint en 2035, contre 2028 pour le second.

«C’est la seule façon pour assurer le découplage entre l’économie et les émissions de gaz à effet de serre. La neutralité carbone [objectif fixé pour 2050 par le gouvernement, ndlr], il faut y aller de façon construite et sérieuse», poursuit l’ancien écologiste.

Les 5 filières de la sagesse

Peu à l’aise, sans doute, sur sa capacité à «accompagner la baisse de la demande énergétique à 2035», l’Ademe se fait relativement discrète sur le sujet. Sans surprise, le cahier d’acteur annonce que la baisse d’un tiers de la demande de kilowattheures (kWh) sera le fruit conjugué de la rénovation du parc de bâtiments et d’une évolution des habitudes de déplacement des Français. Il n’y a plus qu’à!

L’arsenal ‘Renouvelables’ est plus consistant. Cinq filières font l’objet de toutes les attentions: bois-énergie, pompes à chaleur, éolien, photovoltaïque et méthanisation. Dans des conditions idéales, cette dream team pourrait accroître de 182 térawattheures par an[2] la production d’énergies vertes d’ici 2028, estime l’Ademe. «A elles 5, ces filières remplissent 90% de l’objectif renouvelable de la PPE», complète David Marchal, directeur adjoint du service Productions et énergies durables.

 

Filières électriques

Production fin 2016 (TWh/an)

Prévision PPE 2023 (TWh/an)

Proposition Ademe 2028 (TWh/an)

Hydraulique

51,4

52

50,8

Eolien terrestre

20,7

46,7

55,1

Eolien marin

0

10

37,2

Photovoltaïque

8,3

24,4

40,8

Cogénération

9,7

13,9

16,4

Energies marines

0

0,43

0,64

Géothermie

0,012

0,4

0,4

 

Cette vision de la PPE ne sera pas un long fleuve tranquille. Si l’on prend l’exemple du bois énergie (de loin la plus importante des énergies renouvelables françaises!), faute de soutien suffisant, le rythme d’installation des chaudières à bois reste insuffisant pour atteindre les objectifs (même minimal) de la PPE. Il faudrait doubler, voire tripler, le nombre d’inaugurations pour être dans les clous.

Du nouveau pour le Fonds Chaleur?

Autre écueil: la gestion de la forêt. Malgré des tombereaux de discours gouvernementaux en faveur d’une meilleure gouvernance de la forêt française, il reste impossible (en partie du fait de son morcellement) d’extraire des massifs tricolores les volumes de bois nécessaires pour décarboner la production d’énergie thermique. Pour accélérer le tempo, Arnaud Leroy ne désespère pas d’obtenir de ses tutelles une revalorisation du fonds Chaleur: «Nous allons demander plusieurs dizaines de pourcents d’augmentation, lors de notre conseil d’administration de juillet», confirme-t-il. Il n’est pas certain d’avoir gain de cause.

 

Filières chaleur

Production fin 2016 (TWh/an)

Prévision PPE 2023 (TWh/an)

Proposition Ademe 2028 (TWh/an)

Biomasse solide

130

151

157

Biogaz

2,8

13,8

18,8

Pompes à chaleur

19,8

34,9

41

Géothermie profonde

2,4

5,5

5

Solaire thermique

1,2

3,9

2,9

UIOM

8,5

11,4

12,5

Chaleur fatale industrielle

0,52

1

2,7

 

Les conditions ne sont pas réunies non plus pour quadrupler la production d’électricité d’éolienne le temps de deux quinquennats. Solutions préconisées par l’Ademe: suivre les recommandations du groupe de travail présidé par Serge Lecornu, élaborer une nouvelle méthodologie d’appel d’offres pour l’éolien en mer et convaincre les territoires de soutenir les projets de parcs. «Les collectivités locales doivent s’impliquer au plus tôt dans ces projets, notamment dans le cadre de la planification énergétique régionale et paysagère», indique David Marchal, responsables des énergies renouvelables à l’Ademe.

 

Biocarburants

Production fin 2016 (TWh/an)

Prévision PPE 2023 (TWh/an)

Proposition Ademe 2028 (TWh/an)

Biodiesel (1 G)

30,7

27,5

30,2

Biocarburants Essence (1 G)

5,3

4,2

5,5

Biodiesel (2 G)

0

6,4

5,1

Biocarburants Essence (2 G)

0,23

2,7

2,3

Biogaz restant de l’injection

0,09

3,2

8,4

 

De la planification, il en faudra aussi pour assurer le quintuplement de la puissance photovoltaïque installée. Une dizaine de gigawatts crête (GWc) pourraient être installés sur les toitures (grandes, de préférence). D’un autre côté, une quinzaine de GWc seraient posés au sol. «Ce qui ne manquera pas de poser quelques problèmes de foncier», reconnaît Arnaud Leroy. Parmi les pistes explorées: les terrains dégradés (camps militaires, anciennes décharges, sites pollués, parcelles forestières dévastées par les tempêtes, voire terrains appartenant à EDF).

 

Filières réseaux

Production fin 2016 (TWh/an)

Prévision PPE 2023 (TWh/an)

Proposition Ademe 2028 (TWh/an)

Total injection biogaz

0,2

8

20-22

Energies de récupération livrées par les réseaux de climatisation

13

24

36

 

L’Ademe n’en démord pas: pour atteindre les objectifs fixés, il faudra investir plus d’argent qu’aujourd’hui et maintenir l’effort dans la durée. «On ne peut déconnecter la PPE de la stratégie nationale bas carbone [dont l’horizon se situe au milieu du siècle]», souligne Arnaud Leroy. La conjoncture ne s’y prête guère. Le gouvernement est prêt à sacrifier les premiers parcs éoliens marins sur l’autel d’une Contribution au service public de l'électricité (CSPE) maîtrisée. Une évaluation qui ne tient pas compte des bénéfices collatéraux des renouvelables. «Si l’on prend l’exemple de l’éolien: le soutien par la CSPE coûte 3 milliards d’euros. Mais si l’on prend en compte les bénéfices climatiques et de qualité de l’air, nous enregistrons un gain de 3 à 6 Md€. En outre, cette filière a créé 130.000 emplois, directs et indirects», comptabilise Fabrice Boissier, directeur général délégué de l’institution basée à Angers. Une nouvelle pierre au débat.



[1] Arnaud Leroy a, par la suite, rallié le mouvement En marche.

[2] 38 % de cette nouvelle production sera le fait d’installations thermiques (chaudières bois, pompes à chaleur), 62 % de sources de production d’électricité (éolien, photovoltaïque).

 



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