Pourquoi (presque) personne ne règle le thermostat à 19°C

Le 26 avril 2013 par Marine Jobert
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Régler le thermostat sur 19°? Très peu d'entre eux respectent cette préconisation.
Régler le thermostat sur 19°? Très peu d'entre eux respectent cette préconisation.
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Quels sont les déterminants de la température de chauffage adoptée par les ménages? C’est l’objet de l’étude publiée cette semaine par le Commissariat général au développement durable. Parce qu’une baisse de 1°C induit une baisse de 7% de la consommation d’énergie, le CGDD s’est attelé à analyser –selon des critères économétriques- les facteurs qui déterminent les températures adoptées dans les logements. Car en dépit des appels à maintenir la température à 19°C –formalisés par un décret du 22 octobre 1979, qui ne prévoit toutefois aucune sanction dans le cas où la température adoptée serait supérieure!- la grande majorité des foyers fait grimper le thermomètre au-delà. Or le chauffage représente les deux tiers des consommations énergétiques du parc résidentiel[1]. Les auteurs ont passé en revue quantité de critères, comme l’impact de la date de construction du logement et la structure du bâti, le type de logement (individuel ou collectif) et sa superficie. Ils ont également examiné l’impact du type de chauffage, du cycle de vie de l’habitant, son âge et son revenu, ainsi que la structure du ménage, qui apparaît comme particulièrement significative. Objectifs de l’étude: trouver la norme de la température adoptée par les ménages pour  mieux comprendre leur comportement, afin de leur proposer des solutions techniques pour la rénovation du bâti ou mener des actions de communication auprès des ménages sur la consommation énergétique de leur logement.

 

L’étude menée sur la base d’une enquête réalisée par l’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur s’appuie sur un échantillon de 373 logements, dans lesquels la température des trois pièces à vivre du logement -la chambre, la cuisine et le séjour- a été relevée toutes les 10 minutes pendant la semaine d’enquête. En moyenne, si la température moyenne est légèrement supérieure à 19°C dans la chambre et la cuisine (dans 50% des cas), c’est dans le séjour qu’elle est supérieure de plus de 1,5°C à la «norme»: près de 30 % des ménages atteignent les 21°C. «Le fait que les ménages passent habituellement plus de temps dans le séjour que dans la chambre ou la cuisine peut expliquer ces écarts».

 

«Plus le ménage est aisé, plus la température de son logement a tendance à être élevée», note l’étude, quoique cet effet semble très vite plafonné. L’âge des occupants du logement joue également un rôle sur la détermination de la température, mais celui-ci est complexe à caractériser. «Chaque tranche d’âge peut avoir des raisons différentes de se chauffer à plus de 19°C. Les jeunes parce qu’ils passent beaucoup de temps dans leurs chambres, les personnes âgées car elles sont plus sensibles au froid, et les tranches d’âge restantes peuvent se chauffer plus si des enfants sont présents au sein du ménage.» Les personnes de plus de 77 ans ont une très forte tendance à chauffer au-delà de 19°C. L’âge du logement joue également un rôle, puisque «pour chaque pièce, la température moyenne des logements construits après 1948 est supérieure à celle des logements construits antérieurement.»

 

Chauffés par un équipement collectif -le coût de la consommation énergétique est alors supporté par l’ensemble de la copropriété- les occupants ne sont enclins à limiter la température: «dans chaque pièce, plus de 90 % des ménages possédant un chauffage collectif chauffent à plus de 19°C». Un pourcentage qui oscille entre 30 % et 70 % avec un système de chauffage individuel, pendant que parmi ceux qui ne possèdent pas de chauffage central, 70% ne dépassent pas la barre des 19°C dans leur chambre. Les températures extérieures –autrement dit, les latitudes sous lesquelles se trouve les occupants- peuvent aussi influer sur le thermostat. «La température dans les chambres est plus élevée dans les régions à climat doux. En revanche, les coefficients ne sont pas du même signe dans la cuisine.»

 

Autant d’éléments qu’il faut lire à la lumière d’une tendance générale très signifiante: entre 1986 et 2003, la température moyenne des logements est passée de 19°C à 21°C. Pas très étonnant que la recherche du confort, selon plusieurs enquêtes, prime sur les économies d’énergie quand on sait que sur la même période, la facture de chauffage a diminué de l’ordre de 30 %[2]. Les ‘écolos’ sont-ils moins frileux? «La sensibilité écologique n’a d’impact ni sur les arbitrages concernant la température idéale (en supposant qu’une plus grande sensibilité serait corrélée négativement avec le niveau de température), ni sur le nombre d’appareils équipant le ménage», répond l’étude du CGDD.

 

Ceux qui sacrifient à des travaux pour améliorer leur diagnostic de performance énergétique (DPE) sont un très bon témoin de ce refus catégorique et général de ne pas céder un pouce de confort: «après l’isolation d’un logement, moins d’énergie est utilisée pour le même niveau de confort, ce qui permet aux ménages de réduire leurs factures énergétiques. Cependant, les ménages vont en général consommer plus d’énergie pour avoir un meilleur confort.» Conclusion: les économies d’énergie initialement prévues sont en partie obérées par une plus grande consommation[3]. Le CGEDD appelle cela ‘l’effet rebond’ du DPE… A tous les niveaux de l’échelle sociale, on campe sur son confort énergétique, puisque même parmi les 14 % des ménages français se déclarant en situation de précarité énergétique en 2006, on préfère «continuer à se chauffer en prenant le risque de ne pouvoir payer toutes leurs factures énergétiques plutôt que ne plus se chauffer et subir les conséquences du froid et les problèmes de santé que cela peut engendrer.»

 



[1] Le bâtiment est le secteur le plus énergivore en France, avec 42,5% de l’énergie finale totale, ce qui représente 23% des émissions de gaz à effet de serre [JDLE].

[2] Baisse du prix du chauffage et de la consommation de chauffage respectivement de l’ordre de 10 % et 20 %.

[3] Dans la chambre et le séjour, la température diminue légèrement lorsque des travaux d’isolation sont réalisés: -0,2°C dans la chambre et -0,6°C dans le séjour, soit une moyenne respective de 19,4°C et 20,1°C. Dans la cuisine, la tendance est inversée: la température augmente légèrement lorsque des travaux d’isolation ont été réalisés: +0,4°C (pour une moyenne de 19,9°C).

 

 



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