Pourquoi on ne peut plus croire les statistiques chinoises

Le 12 juin 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En Chine, les émissions de CO2 progressent de 9% par an.
En Chine, les émissions de CO2 progressent de 9% par an.

Les économistes le savent depuis belle lurette, sans trop oser le dire ouvertement. Mais désormais, la messe est dite: les statistiques chinoises sont bel et bien… fausses. Et notamment pour ce qui concerne les émissions de gaz carbonique.

Cinq chercheurs ont comparé les chiffres diffusés, entre 1997 et 2010, par le Bureau national des statistiques de Beijing aux inventaires d’émissions, établis par les 30 provinces. Sans réelle surprise, les chiffres ne concordent pas.

Publiés dans Nature Climate Change (NCC), les résultats de l’analyse montrent une différence de 1,4 milliard de tonnes de CO2, pour 2010: l’équivalent de trois années d’émissions (officielles) françaises! Dit autrement, la caisse carbonique de l’Empire du milieu est fausse de 18%. On comprend mieux, dans ces conditions, les réticences de Beijing à voir progresser les négociations internationales portant sur le contrôle des rejets de gaz à effet de serre.

Cette anomalie ne doit pas surprendre. Incapable de faire remonter tous les chiffres des gouvernements régionaux, le pouvoir central «bidouille» les statistiques nationales. Certains symptômes sont d’ailleurs parfois rendus publics. Régulièrement, la presse chinoise se fait l’écho de la «découverte» par les autorités de nouvelles centrales électriques, pourtant raccordées au réseau de transport.

La piètre qualité des statistiques chinoises induit en erreur les observateurs. En 2007, la Chine était devenue le premier émetteur mondial de GES, avec deux ans d’avance sur les prévisions des institutions internationales.

Mais le plus grave est sans doute que l’impact climatique des activités humaines est pire qu’annoncé. Les autorités chinoises affirment, en effet, que les émissions nationales ont progressé d’un peu plus de 7% par an entre 1997 et 2010. En réalité, soulignent les auteurs de l’article publié par NCC, ce taux de progression serait plus proche de 9% l’an.

Et encore. La Chine prévoit d’abaisser son intensité carbone de plus de 40% d’ici 2020. De fortes pressions s’exercent donc sur les responsables provinciaux pour que les chiffres des rejets carbonés des industries locales soient à la hauteur des espérances des patrons de la commission nationale pour le développement et la réforme.

Interrogé ce matin 12 juin, un porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères a, bien sûr, balayé d’un revers de la main les conclusions de l’étude. Reprenant l’antienne habituelle des négociateurs climatiques chinois, Liu Weimin a rappelé que les changements climatiques actuels sont la conséquence des émissions des pays les plus industrialisés. Et que les pays émergents devaient pouvoir émettre du carbone, le temps que durera leur sortie du sous-développement.



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