Pourquoi les téléphones mobiles sont devenus possiblement cancérigènes…

Le 01 juin 2011 par Geneviève De Lacour
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L’annonce fait l’effet d’une bombe. Le groupe d'experts réunis par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), qui fait partie de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), vient de classer comme «cancérogènes possibles» les champs électromagnétiques de radiofréquence, y compris ceux de la téléphonie mobile. Les 31 chercheurs, provenant de 14 pays, sont parvenus à cette conclusion mardi 31 mai.
 
Cette classification fait suite aux travaux d’un groupe d’experts internationaux qui s’est réuni du 24 au 31 mai à Lyon. Elle fait date, alors que le téléphone mobile compte actuellement 5 milliards d'abonnés dans le monde.
 
La décision a notamment été prise sur la base des données d’études épidémiologiques suggérant des excès de risque de tumeurs cérébrales (gliomes et neurinomes de l’acoustique) chez les utilisateurs «intensifs» de téléphone mobile (au moins 30 minutes par jour sur une période de 10 ans). «Les preuves, qui continuent à s'accumuler, sont assez fortes pour justifier une telle classification», a estimé le docteur Jonathan Samet, président du groupe de travail. Il a précisé, lors d'une conférence de presse téléphonique, que la conclusion s'est appuyée «sur des études épidémiologiques montrant un risque accru de gliome», un type de cancer du cerveau associé à l'usage du téléphone mobile.
 
René de Sèze, responsable de l'unité Toxicologie expérimentale à la Direction des risques chroniques de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), interrogé sur le sujet, explique que la décision du Circ a été motivée par la prise en compte de deux nouveaux résultats, publiés dans «deux articles qui n’ont pas encore été publiés mais qui viennent d’être acceptés».
 
Ces résultats obtenus par des scientifiques du groupe Interphone ont été présentés pour la première fois en début de session de travail. Les études mettent en évidence une augmentation du risque de tumeur du nerf auditif ainsi qu’un risque accru de cancer auditif. Autre élément important, il semblerait que les expositions prolongées avaient dans un premier temps été exclues de l’étude Interphone alors qu’elles paraissent aujourd’hui tout à fait plausibles. Les «gros» utilisateurs seraient plus nombreux que prévus.
 
D’autres arguments ont ainsi pesé dans la balance. Les travaux menés chez l'animal ont permis de mettre en évidence une augmentation du risque lorsque l’exposition aux radiofréquences coexiste avec un risque relatif à des substances chimiques cancérogènes. Les ondes agiraient ainsi comme des potentialisateurs d’effets, «elles augmenteraient le pouvoir cancérigène des substances chimiques», explique René de Sèze. Cet effet contributif des radiofréquences n’est, pour l’instant, pas encore convaincant mais contribue néanmoins à la classification des radiofréquences comme possibles cancérigènes.
 
Mais si les études épidémiologiques sont favorables à la mise en évidence d’un risque, pour l’instant les mécanismes biologiques à l’origine de ces conclusions ne sont pas encore compris. «Le lien de causalité n’est pas très fort sinon les radiofréquences n’auraient pas été classés en 2B mais en 2A (cancérigène probable)», complète le chercheur de l’Ineris. 
 
L’association française Priartem qui se bat pour la mise en place d’une réglementation concernant l’implantation des antennes-relais de téléphonie mobiles se réjouit d’un tel résultat. «Pour la première fois, la reconnaissance de la cancérogénicité potentielle est reconnue et ceci au niveau le plus élevé des agences de santé puisqu’il s’agit de l’OMS. Une fois le risque reconnu, le problème devient essentiellement politique». Et d'ajouter: «A partir d’aujourd’hui, plus personne ne pourra dire que le risque n’existe pas et chacun à son niveau -politiques, opérateurs, employeurs, utilisateurs, parents…- devra en tenir compte».
 
Christopher Wild, directeur du Circ, estime, quant à lui, qu’il est essentiel que des recherches complémentaires soient menées sur l'utilisation intensive, sur le long terme, des téléphones mobiles. Dans l'attente de la disponibilité de telles informations, «il est important de prendre des mesures pragmatiques afin de réduire l'exposition (aux ondes)», a-t-il ajouté, citant l'utilisation de kits mains libres et l'usage des SMS.
 
Les experts, qui étudiaient aussi les risques posés par d'autres champs électromagnétiques, tels que radars, micro-ondes, émetteurs de radio ou télévision, ou télécommunication sans fil, ont considéré que les preuves étaient dans ce cas insuffisantes.


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