Pourquoi les lézards sont pro-éoliennes

Le 05 novembre 2018 par Romain Loury
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Le lézard Sarada superba
Le lézard Sarada superba
Krishna Khan

Si leurs bienfaits pour le climat ne sont plus à démontrer, les éoliennes constituent un danger pour les oiseaux et les chauves-souris qui croisent leurs pales. Pour la première fois, une étude, publiée lundi 5 novembre dans Nature Ecology & Evolution, révèle des effets plus en aval, sur les lézards qui vivent à leurs pieds.

Lors d’un bilan publié en juin 2017, la Ligue de protection des oiseaux (LPO) estimait que la mortalité des oiseaux était deux fois plus élevée au voisinage des éoliennes. En moyenne, une éolienne française tuerait sept oiseaux par an, du moins en n’analysant que les corps retrouvés.

Un «apex prédateur»

Or selon l’équipe de Harshal Bhosale, écologue à l’Institut indien des sciences de Bangalore, les éoliennes se comportent même, d’un point de vue écologique, comme un «apex prédateur», celui qui n’est la proie d’aucun autre animal. Pour la première fois, leur étude révèle des effets plus en aval, en l’occurrence sur les lézards Sarada superba qui, en tant que vertébrés terrestres le plus abondants, entrent souvent au menu des rapaces.

Les chercheurs ont comparé des trois sites avec éoliennes et trois sites sans, dans les Ghats occidentaux, chaîne montagneuse du sud-ouest de l’Inde. Premier constat: la densité de rapaces, et donc la prédation qu’ils font peser sur le milieu, est quatre fois plus faible dans les zones à éoliennes. Résultat: Sarada superba y est trois fois plus présent que dans les zones sans éolienne.

Un lézard moins stressé

Au-delà des effectifs, les chercheurs montrent des changements de comportement: le lézard est moins farouche lorsqu’il vit à côté d’une éolienne, avec une distance d’approche par l’homme cinq fois moindre que dans une zone sans éolienne. Les chercheurs ont même retrouvé chez eux moins de corticostérone, hormone du stress.

Moins stressés, moins peureux, les lézards avoisinant les éoliennes y sont aussi plus maigres, du fait d’une plus forte compétition entre individus. Probablement du fait d’une moindre sélection, les couleurs des mâles sont moins chatoyantes, ce qui, selon les chercheurs, pourrait avoir des conséquences sur la sélection sexuelle.

«L’emplacement des fermes éoliennes est déterminé plutôt par des motifs économiques qu’environnementaux, et nous pensons que leurs conséquences sont grandement sous-estimées. Les éoliennes constituent un conflit inattendu entre les objectifs [climatiques] de l’Accord de Paris et ceux d’Aichi de la Convention sur la diversité biologique», concluent les chercheurs, qui appellent à une approche plus écosystémique lors de projets éoliens.



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