Pourquoi la Russie brûle

Le 04 août 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Plus de 23.000 foyers dévastent 700.000 hectares de forêts.
Plus de 23.000 foyers dévastent 700.000 hectares de forêts.

Les incendies qui dévastent la « nature » russe ont des causes climatiques, techniques et historiques. Explications.

 

La Russie d’Europe est en feu. Jamais, sans doute, depuis la fin de la « grande guerre patriotique », les pompiers russes n’avaient été à ce point mobilisés. Dix-sept des 83 entités de la Fédération de Russie sont touchées par les incendies de forêt, confirme le ministère russe de la santé publique et du développement social.

C’est la semaine dernière que la vague d’incendies a commencé à dévaster tourbières, puis forêts de la Russie d’Europe. Au total, les services de secours ont recensé 23.656 foyers d’incendie qui dévastent près de 700.000 hectares d’espaces naturels. Certains feux sont même visibles depuis l’espace. Ces derniers jours, les caméras infrarouge des satellites américains de télédétection Terra et Aqua ont repéré 600 foyers principaux.

 

Encore incomplet, le bilan de cet été meurtrier ne cesse de s’alourdir. Mercredi 4 août, 48 morts et 323 blessés étaient dénombrés par le ministère des situations d’urgence. Plus de 3.000 personnes ont été évacuées par les secours. Dans la région de Nijni Novgorod, les flammes menacent l’Institut panslave de recherche en physique expérimentale où sont assemblées et démantelées des armes nucléaires. A quelques kilomètres, la fumée encercle les trois réacteurs de la centrale nucléaire de Novovoronej. Lundi, alors que les flammes ravageaient la base aérienne de Shchurov, le président Dmitri Medvedev a fini par décréter l’état d’urgence dans 7 régions.

 

Ces dernières semaines, le climat n’a pas été du côté des sauveteurs. La canicule régnant sur le plus vaste pays du monde explique, en partie, l’explosion d’incendies. La semaine passée, la température a dépassé les 38°C à Moscou. Les services de la météo russes estiment que la Russie n’a pas connu de telles températures depuis 130 ans. Un été torride que de nombreux Russes attribuent d’ailleurs à des causes inédites : suite de la guerre froide avec les Etats-Unis ou multiplication d’éruptions solaires. Le changement climatique n’est évoqué que par Greenpeace, dont l’audience en Russie est presqu’égale à zéro.

 

Une telle catastrophe pouvait-elle être évitée ? Pas sûr car, à y regarder de près, tout semble avoir été écrit depuis des années pour que le scénario du pire se produise.

 

Les pompiers russes ne disposent pas, c’est un euphémisme, du matériel idoine pour lutter contre un tel front d’incendies. Le ministre des situations d’urgence l’a d’ailleurs reconnu. Et lundi, Sergueï Choïgou a annoncé l’acquisition imminente de 8 bombardiers d’eau Beriev BE-200 ainsi que de plusieurs hélicoptères Mi-8, Mi-26 et Ka-32. Au total, Moscou pourrait débloquer, en urgence, un milliard de roubles (25 millions d’euros) pour renforcer ses moyens d’intervention aériens.

 

Mais, comme le rappelait, mercredi matin sur France Culture, Marie-Hélène Mandrillon, la genèse du problème est ancienne. « En 2007, la réforme du code forestier a transféré ces forêts, qui ne sont plus considérées comme des ressources naturelles exploitables, aux gouvernements régionaux », rappelle la spécialiste de l’histoire de l’environnement russe. Démunis, les gouvernements régionaux ont délaissé ces vastes espaces. Pas exploités ni entretenus, ces massifs sont, au fil des ans, devenus des bombes incendiaires à retardement.

 

La politique soviétique a aussi une part de responsabilité dans l’allumage des feux d’aujourd’hui. Des décennies durant, les agronomes soviétiques ont asséché les marais pour accroître les surfaces agraires ou forestières. Pas toujours plantées par la suite, ces zones sont devenues des tourbières sèches, facilement inflammables et très difficilement extinguibles.

 

Le gouvernement de Vladimir Poutine est d’ailleurs conscient de cette situation. Et entend bien la retourner à son profit. Pour éviter toute critique de sa politique passée, le Premier ministre russe a commencé une « purge écologique » dans les régions. En début de semaine, le Parquet général de Russie a ouvert une enquête criminelle à l'encontre de 7 fonctionnaires municipaux de la région Vyksa , pour négligence ayant entraîné la mort de 19 personnes et la destruction de 650 maisons. Gageons que ce ne sera pas la seule action judiciaire.



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