Pourquoi la pêche n'est pas durable en Europe

Le 13 décembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La taille de la flotte européenne: éternel écueil sur lequel buttent les pilotes de la politique communautaire de la pêche. Voilà plus de 20 ans que Bruxelles s’échine à mettre en adéquation le nombre de chalutiers et le stock de poisson des eaux européennes. Sans succès, jusqu’à présent, comme le constate le dernier rapport de la Cour des comptes européenne, mis en ligne lundi 12 décembre.
 
Conséquence: la surpêche menace la survie même de certaines espèces. «Dans son Livre vert d’avril 2009, la Commission estimait que, pour 88% des stocks halieutiques, le degré d’exploitation était supérieur au rendement durable et que, parmi ces stocks, 30% se trouvaient en dehors des limites biologiques de sécurité. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Commission et des sources gouvernementales et scientifiques ont fréquemment fait état du risque inhérent à la surpêche; en outre, la législation internationale impose aux Etats membres de gérer la pêche de manière durable et de réduire la surcapacité de pêche», rappellent les rapporteurs.
Bref, malgré la diminution des tonnages remontés (7 millions de tonnes en 1995 mais 5 Mt en 2009), 22 stocks restent en dehors des «limites biologiques raisonnables», 28 sont «sujets à la surpêche». Pour 14 d’entre eux, les scientifiques recommandent purement et simplement un arrêt total des prélèvements.
 
Bien sûr, les autorités européennes et nationales agissent pour réduire la taille des flottes de pêche. Problème, les critères établis pour surveiller la «taille» desdites flottes sont principalement la jauge des navires (GT, qui indique leur capacité d’emport de poisson) et la puissance de leur moteur (évaluée en kilowatt -kW).
 
En revanche, les statistiques ne prennent aucunement en compte l’évolution du progrès technique, par exemple des moyens de détection. «Ces avancées augmentaient la capacité de capture des navires de pêche de quelque 3% par an. Selon les estimations de la Cour, cela correspond à un accroissement global de 60% sur 16 ans pour la période 1992-2008. Bien que la capacité de la flotte de pêche de l’EU-12 en termes de GT et de kW ait diminué de 29% au cours de cette période, il est estimé que, compte tenu des progrès techniques, sa capacité réelle a augmenté de 14%», indiquent les magistrats.
 
Conséquence: «les Etats membres n’ont pas réussi à mettre en place des mesures efficaces pour adapter la capacité de leurs flottes de pêche aux possibilités de pêche, comme cela est exigé par la politique commune de la pêche (PCP)». La faute au retard dans le versement des aides publiques au Fonds européen pour la pêche (FEP). Or c’est précisément ce fonds qui doit financer l’adaptation de la flotte communautaire au stock halieutique. Faute d’accompagnement financier, les patrons de pêche refusent de déclasser leurs navires. La France doit ainsi mettre à la casse 21% de sa flotte entre 2007 et 2013, contre 16% pour l’Espagne, 15% pour le Danemark et 14% pour la Pologne.
 
Pour finalement permettre à la flotte européenne de s’adapter au stock durablement exploitable de poisson, la Cour recommande à la Commission de réviser ses critères de capacité de la flotte. Bruxelles devrait aussi préciser si la cession des droits de pêche peut participer au financement de la restructuration de la flotte. Les Etats membres devront abonder, comme prévu, le FEP, tenir à jour le fichier de la flotte et, surtout, respecter la législation européenne.


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