La fin du pétrole fera trembler la planète

Le 05 juin 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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USA, Canada et Arabie souffriront particulièrement.
USA, Canada et Arabie souffriront particulièrement.
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Irrépressible, la diffusion des technologies propres et sobres annonce le déclin rapide des énergies fossiles. Avec des conséquences économiques diverses, selon les régions du monde.

 

There will be blood. Il y a 10 ans, Paul Thomas Anderson titrait ainsi son long métrage consacré à la ruée vers l’or noir californien à la fin du XIXe siècle. Il y aura peut-être aussi du sang lorsque prendra fin l’ère du pétrole. C’est du moins ce qu’annoncent 10 économistes, dans un article publié en début de semaine par Nature Climate Change.

Dirigée par le Canadien Jean-François Mercure (universités de Nimègue et de Cambridge), l’équipe internationale a évalué l’impact macro-économique de la décarbonation exigée par l’Accord de Paris. Et ses résultats font froid dans le dos.

Peak oil vers 2030

Contrairement aux prospectivistes des compagnies pétrolières ou de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les chercheurs voient rapidement arriver une stabilisation de la consommation mondiale d’hydrocarbures et de charbon. «Nous sommes partis de la diffusion des technologies propres et sobres. En traitant nos données, bien plus fines que celles de l’AIE, nous nous sommes rendus compte que le pic de consommation arriverait au plus tard vers 2030 et qu’ensuite la demande ne cesserait de baisser», résume Jean-François Mercure.

Les pays du G7, qui se réunissent ce week-end au Canada, consacrent encore une centaine de milliards de dollars par an (7 Md$ pour la France) pour subventionner production et consommation d’énergies fossiles, indique un recensement de l’ODI. Les pays du G7 se sont engagés à cesser toute aide publique aux énergies fossiles d’ici à 2025.

Tout dépend, en fait, des sources d’énergie. Si le constat du Québécois vaut pour le pétrole, il doit être affiné pour les autres. Le modèle utilisé par les scientifiques annonce une baisse des deux tiers de la consommation de charbon d’ici à 2035, suivie d’une stabilisation de la demande. Energie fossile de transition, le gaz naturel voit, au contraire, sa demande légèrement progresser jusqu’au milieu du siècle.

gain global

Les conséquences de cette transition énergétique seront impressionnantes. «D’ici à 2050, nous estimons que le produit national brut mondial progressera de 1% environ, les pertes occasionnées à certaines régions ou certains secteurs étant plus que  compensées par des gains enregistrés ailleurs», poursuit Jean-François Mercure.

Les économies des Etats-Unis et du Canada, où le coût de production des huiles de roche et des sables bitumineux est cher, seront les premiers concernés. Le pays à la feuille d’érable pourrait voir sa production de richesses s’écrouler de 20% d’ici à 2030; bien moins que les secousses subies par l’économie US fortement carbonée (-4 à -5%). L’Arabie saoudite sera, elle aussi, sévèrement touchée: dès 2030, sa production de biens et de services ne cessera de baisser.

Menaces sur les USA, le Canada et l'Arabie

Ces évolutions annoncées ne sont pas de bon augure pour l’emploi. Entre 2015 et 2030, le Canada et l’Arabie pourrait perdre jusqu’à 10% d’emplois. Un coup très dur pour le royaume wahhabite, dont le tiers des jeunes gens de moins de 30 ans est déjà au chômage.

Globalement, la rétractation du marché des énergies fossiles coûterait de 1.000 à 4.000 milliards de dollars à l’économie mondiale. Pour commencer. «Il ne faut pas perdre de vue que la seule crise des subprimes a directement coûté 250 Md$, mais si l’on prend en compte ses conséquences directes et indirectes, le montant des dommages est plutôt de l’ordre de 25.000 Md$», poursuit le chercheur canadien.

Deux grands gagnants tireront toutefois leur épingle du jeu: l’Union européenne et la Chine. La réduction des importations de pétrole, de charbon et de gaz permettront à l’empire du Milieu et au Vieux Monde de développer l’investissement. Avec pour effet annoncé une hausse du PNB de 3 à 4% pour la Chine et de plus de 1,5% pour l’UE. Si, en plus, c’est rentable…



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