Pourquoi l’industrie pétrolière va toujours plus aggraver l’effet de serre

Le 17 juillet 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Sleipner fur la première plateforme à stocker sous terre son CO2.
Sleipner fur la première plateforme à stocker sous terre son CO2.
Statoil

Plus l’exploitation des puits de pétrole est longue, plus elle est émettrice de gaz à effet de serre.

 

Si elles ne nient (plus) leur responsabilité dans les désordres climatiques, les compagnies pétrolières ont souvent tendance à les minorer. Pour extraire,  traiter, transporter et distribuer leurs produits raffinés, ExxonMobil, Shell, Total, Aramco et leurs concurrents consomment 3 à 4% de l’énergie mondiale. Et émettent à peu près autant de gaz à effet de serre (GES).

La faute aux automobilistes

Ce bilan carbone est important, mais il est dix fois moins lourd que celui de la consommation du gazole, de l’essence ou du gaz qu’ils ont mis sur le marché. D’où l’argumentaire: ce n’est pas aux pétrogaziers de faire les efforts mais aux constructeurs automobiles et aux fabricants de chaudières. Refrain connu, mais en partie fallacieux.

Le vieux puits est plus émetteur

Car, la production d’hydrocarbures est plus émettrice de GES qu’on ne le croyait jusqu’alors. Publiée, ce lundi 17 juillet par Nature Climate Change, une étude de deux chercheurs de l’université Stanford rappelle un fait tu par les pétroliers: plus on allonge l’exploitation d’un gisement d’or noir, plus son empreinte carbone s’alourdit.

Maintenir la pression

La raison en est simple. Au début de sa vie, le puits de pétrole recrache (presque) tout seul l’huile vers la surface, sous l’effet des pressions internes régnant au sein de la roche-réservoir. A mesure que cette pression interne diminue, le volume de pétrole extrait diminue. Pour éviter la panne sèche, les pétroliers injectent des fluides, qui maintiennent la pression au sein du réservoir.

De l’eau, du CO2

Cette injection d’eau, voire  de gaz carbonique, nécessite des pompes, des systèmes de transport (pipeline, camions), gros consommateurs d’énergie. En modélisant l’évolution des productions de brut et la consommation d’énergie de 25 grands champs pétroliers, entre 1949 et 2015, Mohammad Masnadi et Adam Brandt montrent un alourdissement des émissions indirectes de GES imputables à ces techniques de récupération assistée de pétrole (EOR).

Record norvégien

En moyenne, un champ en fin de vie émettra 2 à 3,5 fois plus de CO2 par mégajoule produits. Une estimation qui souffre de nombreuses exceptions. En mer du nord norvégienne, le champ de Gullfaks émettait 12 fois plus de CO2 après 25 ans d’exploitation qu’au début de son exploitation.

Inédite, cette étude a plusieurs intérêts. Elle est la première à montrer l’évolution du bilan carbone de l’extraction de brut. Ce qui permet, par exemple, aux investisseurs de comparer d’affiner l’estimation de l’empreinte carbone de leur portefeuille. Ce genre de calcul sera aussi apprécié des ministères des finances qui distribueront ainsi avec justesse les quotas d’émissions de GES des pays qui ouvriront les prochains marchés du carbone (Chine, Corée du sud, Japon). Les travaux de Masnadi et Brandt pourraient aussi contribuer aussi à rentabiliser des techniques de réduction d’émission, tel le captage-stockage de carbone.



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