Pourquoi l’agriculture européenne doit accélérer son adaptation

Le 04 septembre 2019 par Stéphanie Senet
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Des cultures vont disparaître
Des cultures vont disparaître
VLDT

Réchauffement oblige, la production végétale et animale risque de disparaître de certaines régions méridionales et méditerranéennes du vieux continent, alerte l’Agence européenne de l’environnement (AEE) dans un rapport publié le 4 septembre. L’urgence est à l’adaptation.

Les effets du réchauffement sur l’agriculture européenne sont déjà visibles, comme en témoigne le producteur drômois de lavande Maurice Feschet. Victime d’une accélération de la fréquence des inondations, gels printaniers et sécheresses depuis la fin des années 2000, il a rejoint la première assignation climatique de l’Union européenne en mai 2018.

Nouveau paysage

Les événements climatiques extrêmes –sécheresses et inondations- influencent non seulement les rendements agricoles et la productivité de l’élevage mais aussi l’état des ressources en eau, la transformation des aliments et les conditions de transport et de stockage. Selon l’AEE, les rendements vont baisser dans plusieurs régions d’Europe du Sud mais ils pourraient augmenter dans le Nord et l’Ouest. Au total, le secteur pourrait perdre jusqu’à 16% de son chiffre d’affaires d’ici à 2050, avec de grandes disparités selon les zones.

En juin 2019, 28 Etats européens (dont 25 de l’UE) étaient dotés d’une stratégie nationale d’adaptation au changement climatique et 17 Etats (dont 15 de l’UE) disposaient d’un plan national.

Mesures trop restreintes

Alors que l’agriculture rejette à elle seule 10% des émissions européennes de gaz à effet de serre, en particulier du méthane (CH4) et du protoxyde d’azote (N2O), elle est un outil d’adaptation de l’Europe aux conséquences du réchauffement. Le rapport affirme que les mesures actuelles visent surtout la modernisation de l’irrigation, au détriment de mesures plus vastes ciblant l’adaptation des écosystèmes, Finlande et Autriche exceptées. Les auteurs se basent sur les stratégies et plans nationaux d’adaptation (cf encadré).

 

La PAC au rendez-vous ?

La nouvelle Politique agricole commune (PAC) pour la période 2021-2027 sera-t-elle à la hauteur de cet enjeu? Si la proposition de Bruxelles offre davantage de possibilités d’investissements dans l’adaptation, elle ouvre aussi la porte à des mesures contre-productives, estime l’AEE. Ainsi les soutiens versés pour la production de coton risquent d’accroître la surexploitation des eaux souterraines dans les Etats touchés par le stress hydrique, comme l’Espagne et la Grèce. Le projet de texte actuel ne prévoit pas non plus d’exigences minimales pour rendre l’irrigation plus économe en eau. Il est seulement prévu que ce type d’investissements ne soit financé que s’il n’est pas contraire au bon état des masses d’eau.

L’AEE recommande, en conclusion, de compléter la proposition de nouvelle PAC en donnant la plume à des experts de l’adaptation. Ce qui pourrait doter l’UE de mesures plus vastes et plus nombreuses pour transformer le secteur agricole.

Mode d'emploi / En annexe, le rapport liste une série de mesures d’adaptation du secteur agricole ayant des effets positifs sur l’atténuation et la biodiversité : nouvelles cultures, cultures de couverture des sols, diversification et rotation des cultures, repos du sol, agriculture de précision, dispositifs d’irrigation plus efficaces, meilleure gestion des pâturages, agriculture biologique, diversification des revenus des exploitations...

 



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